''L’enfant voulait répondre. Mais sa gorge lui fit comprendre que ses mots ne seraient jamais à la hauteur du silence.''
               
Eto Hachiro
 
''La mort, c’est elle qui vous fait tenir debout. C’est elle qui dicte les actes. C’est elle qui peint le monde. Et elle vous emportera tous.''
               
Querel Sentencia
 
''Je ne ressens que soif et tristesse, la mort est futilité. Je la cherche, peut-être suis-je elle.''
               
Nagate Zetsubō
 
''Udyr, quand tu seras mort, on se souviendra de ton nom. Moi je n'en ai pas, car je ne mourrai pas aujourd'hui. Mais le tien restera gravé dans ma mémoire, et dans celle de tous ceux qui t'ont connu, comme celui d'un homme fort, et digne. Alors va, et éteins-toi avec grandeur, devant tous ces vautours.''
               
Darn Butcher
 
''La nature revivait là où les hommes mourraient, le cycle reprenait son cours normal grâce à l’albinos.''
               
Aikanaro Myrrhyn
 
''Ils ne se battaient pour rien qui n’en vaille la peine. Ils étaient incapables de distinguer ce qui avait de la valeur de ce qui n’en avait pas. Alors pourquoi tant de vigueur à la tâche ? Pourquoi risquer sa vie aussi vainement ?''
               
Alcofrybas Grincebrume
 
''Son regard, depuis toutes ces années, avait appris à parler.''
               
Etan Ystal
 
''Un monde de chaos, de destruction et de malheur, un monde impartial et magnifique, le seul en tout cas, où faire l’expérience de la vie prendrait un sens véritable.''
               
Edwin Gwendur
 
''L’enfer, ce doit être l’enfer : courir pour l’éternité dans un paysage sans fin, sans début. Sans possibilité de repos ou de mort.''
               
Tyrias Marchemonde
 
''Mais sans risque on n'obtient rien, voici ma devise mes amis. Il ne faut pas avoir peur de se salir les mains, il ne faut pas avoir peur de la mort…''
               
Dimitri Morteury
 
''Tomber... Ceci est si abstrait. L'on pourrait se relever plus grand que l'on était.''
               
Yozora Adragnis
 
''Il passa des semaines dans le cachot ayant décidé de s'y enfermer lui-même. Puis, au terme de trois semaines, vous êtes venu le voir et vous lui avez dit : «Les larmes ne sont qu'une faiblesse qu'il te faudra masquer... Si tu veux t'apitoyer, libre à toi, mais, si tu souhaites voir les choses changer, tu le peux toujours. Suis-moi... Mon ami.»''
               
Haar Wilder
 
''Le brin d'herbe ne se soucie guère de ce que font les feuilles des arbres. Mais à l'automne venu, les feuilles ne se suffisent plus entre elles. Elles s'assombrissent, se nourrissant des nuages noirs d'orage. Et alors, elles se laissent tomber sur nous.''
               
Le Peintre
 
''S'il y a bien quelque chose que l'on oublie, lorsqu'une personne est immobile, allongée, rigide, puante à en faire vomir, en décomposition, transportant des milliers de maladies, la peau arrachée et les os jaunes. S'il y a bien quelque chose que l'on oublie, lorsqu'une personne est à six pieds sous terre, devenue la proie des corbeaux, et ses yeux mangés par des fourmis... C'est qu'elle a un jour été orgueilleuse et avide. C'est qu'elle a un jour voulu devenir riche et grande, ou bien qu'elle l'est devenue. Cela ne change rien.''
               
Le Violoniste
 
''La pensée est la liberté, la liberté... Alors, le corps est la prison, le corps est la prison... Il faut casser les barreaux.''
               
Sill
 
''Nous croyons conduire le destin, mais c'est toujours lui qui nous mène.''
               
Setsuna Hendenmark
 
''Fais ce que tu veux avec ces villageois, sauf les laisser en vie.''
               
Kaull Hendenmark
 
''La fuite vers la religion peut être une réponse pour certains. Pour d'autres elle n'est que la simple évidence que l'homme est faible et instable.''
               
Astryl Panasdür
 
''La mort ne cherche pas à s’expliquer, elle ne fait qu’agir, monsieur. Les cadavres ne racontent pas grand-chose, mais vivant, un homme peut en avoir long à dire.''
               
Sanaki Hearthlight
 
''Alors, telle une marionnette cassée que l’on tente en vain d’animer, il se releva, restant digne malgré ses blessures.''
               
Dolven Melrak
 
''Quand le sang coule, il faut le boire. La mort ne frappera pas à votre porte mais s'invitera par vos fenêtres !''
               
Andreï Loknar
 
''Personne ne peut capturer une ombre, personne ne peut la dresser ni se l’approprier.''
               
Jazminsaa Alsan
 
''De la même façon, à l'idée qu'un abruti de scribe puisse teinter ses parchemins de calomnies religieuses, ou pire, me faire porter le titre de héros, je vais préférer m’occuper de l'écriture de ma propre histoire.''
               
Alexandre Ranald
 
''La mort... Si belle et terrible à la fois, elle l'appelait, et l'appelle toujours.''
               
Adam Moriharty
 
''Par nature, j’aime tout. Par conséquence, je me hais…''
               
Samaël Apelpisia
 
''C'est sordide et cruel, mais c'est hélas la réalité de ce monde.''
               
Liam Gil' Sayan
 
''Aujourd’hui sur les terres de Feleth les pensées ne sont plus les bienvenues. Le temps de la renaissance spirituelle est terminé. Le temps où les grands penseurs avaient aidé le monde est révolu.''
               
Héra Calliope
 
''La mort était séductrice ; elle ne montrait que ses bons côtés. La sérénité et le calme absolu : pour toujours et sans violence.''
               
Eurybie Pourrie
 
''J’ai atteint cette espèce de vanité qu’apporte l’ancienneté. Je ne crois plus qu’on puisse m’apprendre quelque chose, et si jamais quelqu’un essaye ou y arrive seulement, je me bloquerais et deviendrais hermétique à tout contact.''
               
Dante Waanig
 
''Je devrais t'attacher, tu deviens dangereux pour toi même !''
               
Jeyra Frozeñ
 
''La beauté des êtres n'était rien. La beauté des choses oui. Mais pas forcement celle que l'on voit avec une paire de rétines.''
               
Akira Satetsu
 
''Le noir. Une étendue sombre en perpétuel mouvement.''
               
Melpomène d'Ambre
 
''Il est des oreilles invisibles qui peuvent entendre jusqu'à nos moindres soupirs et des secrets aux allures anodines peuvent se révéler instruments de destruction et de tourments sans fin...''
               
Cassandre Ombrelune
 
''Le "rien" est tellement plus unique que la peur ou n'importe quel autre sentiment...''
               
Meryle Nightlander
 
''Ce n'est pas le nombre ni la force qui compte, c'est l'envie, la cause.''
               
Luyak Salamya
 
''L'innocence d'un enfant est la plus grande peur de l'homme.''
               
Clause Vaneslander
 
''Quand il lui manque une marionnette pour ses spectacles. Il verrait en vous la chose qu'il cherche.''
               
Jack D'enfer
 
''Il n'a pas de notion réelle du bien et du mal, personne ne lui ayant jamais défini ces mots.''
               
Jim Stocker
 
''Je n'ai vu aucune lumière, aucun goulet, pour sortir du boyau infini et obscur que nous empruntons tous, jusqu'à la promesse d'une nouvelle vie, de la transcendance et de la connaissance. Alors, mes yeux se sont adaptés aux ténèbres.''
               
Shaquîlah Dresdeïorth
 
''Le pouvoir ronge l'homme.''
               
Balthazar Bel
 
''Visiblement, la sérénité n'avait de valeur que si on connaissait également, en comparaison, des moments de troubles.''
               
Dranek Barth
 
''Le faible se faisait tuer, le fort vivait un jour de plus.''
               
Rodany Bleinzen
 
''Le soleil se couchait sur le monde du milieu. Les ténèbres se paraient de leurs plus somptueux apparats pour enfin faire leur entrée.''
               
Rin Mephisto
 
''Et alors il vit le chaos, la désolation, la souffrance le désespoir ambiant. Il rit.''
               
Elrog Aniec
 
''Perdu quelque part, marche vers nulle part.''
               
Kyle Wate
 
''La rose n'a d'épines que pour qui veut la cueillir.''
               
Karin Yzomel
 
''- Je peux vous prédire le genre d'homme qui vous convient !
- Je connais déjà mon genre d'homme.
- Vraiment... Et quel est-il ?
- Les hommes morts.''
               
Naladrial Delindel
 
''Utilise tes pouvoirs seulement quand le noir deviendra invivable.''
               
Zedd McTwist
 
''Tes cauchemars m'ont déjà donné l'encre... À présent, ta peau me donnera les pages !''
               
Conrart Crowlore
 
''Bien des gens se font enfermer dans un cercueil une fois mort, mais rares sont ceux qui naissent dedans.''
               
Dassyldroth Arphoss
 
''Le corbeau frénétique qui vous nargue de sa voix perchée, agite ses ailes damnées, où le reflet d'un mort se penche sur votre âme.''
               
Lust Aseliwin
 
''La vie est un mensonge, la destruction une délivrance.
Passent les marées, soufflent les vents, en vain...''
               
Le Passant
 
''Fauche, tranche et avale, gouffre des âmes. Que se dresse devant toi mille fléaux, et que l’enfer se glace devant ta noirceur.''
               
Lloyd Vilehearth
 
''Des charognards pour la plupart, comme ces corbeaux à deux têtes, venant dévorer le valeureux mort.''
               
Meneldil Tristelune
 
''Nous sommes les bourreaux de la justice et de la paix. Même si ce rôle n'est pas agréable à endosser, nous nous devons de le faire, pour le bien du peuple.''
               
Ezekiel Le Sage
 
''Il me tarde de retourner au combat pour finir empalé sur une pique.''
               
Karl Von Morlag
 
''Montre-moi le chemin de la victoire. Ou guide-moi alors dans les tréfonds de la mort...''
               
Aznan Lauréano
 
''Comment peux-tu supporter ça ? C'est assourdissant ! Tue-le ! Qu'est-ce que ça te coûte ? Tu ne l'entendras plus. Tu seras en paix... Tue-le !''
               
Aïden Sochlane
 
''- Faites taire votre cabot !
- Je ne suis pas votre servante !
- Alors je le ferai taire moi-même !''
               
Rosaly Von Gregorius
 
''Le seul présent que la justice a à vous offrir, est votre mort.''
               
Mirage Morteury
 
''Laissez-moi vous conduire aux carnages.... Tant d'âmes ne demandent qu'à succomber.''
               
Idryss Leeverwen
 
''Le soleil est un bourreau. D'une simple caresse, sa langue enflammée peut calciner n'importe quel être.''
               
Seïren Nepthys
 
''C'est une nuit sans lune. Ou bien était-ce un jour sans soleil ?''
               
ShuiLong Zhang
 
''La vie est un rouage lent et grinçant. Il ne tourne que dans un sens. Celui où tu tombes.''
               
Camelle Elwhang
 
''Et un jour, sur vos lits de mort, bien des années auront passé et peut-être regretterez-vous de ne pouvoir échanger toutes vos tristes vies épargnées à Feleth pour une chance, une petite chance de revenir ici et tuer nos ennemis, car ils peuvent nous ôter la vie mais ils ne nous ôteront jamais notre liberté !''
               
Edouard Neuman
 
''Le temps est la gangrène de l'homme, elle apparait puis vous ronge à petit feu. Pour finir il ne vous reste plus que le présent pour vivre ; le passé s'évapore peu à peu et le futur ne vous intéresse guère.''
               
Asgeïr Aslak
 
''Cueillir la fleur de la déchéance et croquer dans la pomme de la faucheuse, nos vies se résument à cela car après tout, nous finissons à une moment où un autre, tous sous terre.''
               
Violette Dellylas
 
''Le pire n'est pas de mourir, mais de se faire oublier.''
               
Erwan Daermon Do'Layde
 
''Tenter d'oublier, même si c'était impossible. Il aurait aimé se jeter à la mer avec la preuve de son acte immonde. Laver tout ce sang qu'il sentait sur lui. Peut-être même s'y noyer, simplement. Sombrer dans les abysses et les ténèbres, pour toujours.''
               
Mio Raeth
 
''La lumière montre l'ombre et la vérité le mystère.''
               
Aeli Seoriria
 
''Si la vie n'a qu'un temps, le souvenir n'a qu'une mesure. Le reste est silence.''
               
Valt Horn
 
''Dans le noir le plus complet, l'aveugle est la meilleure personne à suivre. Dans un monde de folie, qui mieux qu'un fou pour nous guider ?''
               
Ledha Borolev
 
''Je ne crois pas en la force d'un absent. Celle qui ferait de vos dieux ce que vous pensez qu'ils sont.''
               
Gigantus Corne
 
''Une limite qui n'a été créée que pour être dépassée ? C'est simple, imaginez !''
               
Goudwin Didrago
 
''Voir grouiller tous ces gens, connaître leurs désirs et leurs rêves, voir comment évoluent les sociétés, leurs aspirations et leurs défauts. Comprendre que donc rien n'est éternel, et que tous ces rêves et toutes ces folies disparaîtront de la surface du monde. Se laisser aller, indolent, parce que tout cela ne servira à rien, et qu'au bout du compte le monde reste le monde, seule éternité immuable.''
               
Uridan Sangried
 
''L'Inquisition vous remettra sur le droit chemin. Même s'il faut vous briser les jambes pour ça.''
               
Leevo Shellhorn
 
''N'oublie pas d'avoir peur des morts. Ils sont toujours plus nombreux que les vivants, et un jour, tu les rejoindras.''
               
Moira Brawl
 
''J'avais l'habitude avec ce genre d'individus... Moins vous bougerez, moins vous leur parlerez... et moins ils vous cogneront dessus.''
               
Aoi Haandar
 
''Je souhaite voir votre sang se répandre mollement à la surface d'une eau rendue trouble par les masses de cadavres vidés de leur substance, marcher dans les champs de vos ossements éparpillés, me remémorant à chaque pas votre mort absurde et pathétique, que vos noms ne soient pas contés, que votre souvenir s'éteigne comme s'éteint votre vie fade et misérable, qu'à travers les années, seuls subsistent vos ossements tels de tristes traces blanchâtres dans un paysage noir de guerre, de sang et de folie.
Et que telles cette phrase, vos morts n'aient aucune importance, aucune signification pour quiconque.''
               
Nargheil Eoss
 
''Bénie soit la haine que tu porteras à ton prochain, lave l'Homme des péchés qu'il a commis.
Sois l'épée du jugement qui s'abattra sur cette race impure, souillée par la vengeance et la corruption.''
               
Meiro Fuuchiuse
 
''Notre futur exprime nos actes passés.''
               
Terence Ripper
 
''Rencontre les ténèbres et tu admireras la lumière, dit le voyant.
Contemple la lumière et tu provoqueras les ténèbres, dit l'aveugle.''
               
Tekian Varis
 
''Un général courageux et fier, est celui qui exécute en premier l'ordre qu'il donne à ses hommes.''
               
Danarius Kyrarion
 
''L'art est le sentiment obscur de l'appropriation de l'étrange.''
               
Leroi-Gourhan
 
''La mort nous sourit à tous, et tout ce que nous pouvons faire, c'est lui sourire en retour.''
               
Marc-Aurèle
 
''L'art est la mystérieuse présence en nous, de ce qui devrait appartenir à la mort.''
               
Malraux
 
''L'art est une profondeur creusée dans le visage du monde.''
               
Weischedel
 
''Le néant après la mort ? N'est-ce pas l'état auquel nous étions habitués avant la vie ?''
               
Schopenhauer
 
''Les avocats d'un malfaiteur sont rarement assez artistes pour tourner à l'avantage de leur client la belle horreur de son acte.''
               
Nietzsche
 
''Ôte-toi de mon soleil.''
               
Diogène le cynique
 
''Il y a pas d’œuvre d'art sans collaboration du démon.''
               
André Gide
 
''Ce n'est pas le lieu mais son cœur qu'on habite.''
               
John Milton
 
''Nous sommes les histoires que nous vivons.''
               
Auteur inconnu
 
''La mort est terrible pour n'importe qui. Bons ou mauvais, anges ou démons, c'est la même chose. La mort est impartiale. Il n'y a pas de mort particulièrement horrible. C'est pourquoi la mort est effrayante. Les actes, l'âge, la personnalité, la richesse, la beauté... Tout ça n'a aucun sens face à la mort.''
               
Fuyumi Ono
 
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 Faire ses preuves [seul]

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Yall Irvil



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Yall Irvil
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Faire ses preuves [seul] _
MessageSujet: Faire ses preuves [seul]   Faire ses preuves [seul] EmptyMar 20 Déc 2011 - 1:51

.

.....On y est, j'ai dormi toute l'après-midi et je me sens tout à fait mou à présent, parfait pour entamer ce qui m'attend... J'ai quitté l'auberge en échange de quasiment tout mon argent et c'est un peu plus léger que je franchis la porte de l'établissement, le soleil a bien décliné et on dirait qu'une bonne demie-heure de marche me sépare de l'église. Je n'ai pas vraiment de plan d'action, j'aurai peut-être le temps d'en trouver un en chemin, peut-être même que je n'aurais pas besoin de me battre ? On peut toujours rêver...
Le vieux disait vrai c'est la troisième Cape blanche que je vois passer, le premier était seul, les suivants couraient après un jeune homme effrayé avec une miche de pain sous le coude droit. Surtout, ne pas trop attirer l'attention pour le moment... J'ai bien quelques bribes, quelques parcelles de stratégie qui me trottent dans la tête, mais ça ne ressemble en rien à un plan. Ca y est, une petite dizaine de minutes et je serai arrivé à l'église. Je crois distinguer un cimetière, voilà qui me mettra sûrement un peu de cœur à l'ouvrage! Arrivé à une vingtaine de mètres de l'entrée, je lève la tête, j'aime cette impression d'écrasement. En revanche, ce qui est un peu moins plaisant, c'est la hauteur du clocher ; j'ai même du mal à visualiser un moyen de l'atteindre.

* Je vais finir par croire qu'il m'a fait marcher... *


Je décide d'entrer dans l'église, qui sait, l'inspiration me viendra peut-être. Il me faut pousser un lourd portillon en fer forgé pour accéder à la cour. D'où je suis, je vois les sépultures les plus hautes dépasser du mur qui sépare la cour et le cimetière. Je suis le chemin de terre jusqu'aux battants entr'ouverts, je ne suis pas encore rentré que je crois sentir de l'encens, ça me fait penser qu'il ne m'en reste plus beaucoup pour mes futures concoctions, je pourrais leur en emprunter discrètement je pense. Tiens... Etrange, l'église est étonnamment sobre. Un autel se dresse sur une grosse partie de l'aile droite et en m'approchant un peu je peux voir des restes de récolte négligemment oubliés.

* Tu m'étonnes que toutes les prières soient pas exaucées... *

Je peux pas m'empêcher d'éprouver un peu d'ironie vis à vis des cultes, mes parents se rendaient assidûment à toutes les cérémonies et rituels en lien avec le Dieu de la Pluie, ils m'y traînaient jusqu'à ce que je parte, d'ailleurs en y repensant ça faisait une paye que je n'avais pas mis les pieds dans une église. J'entends quelqu'un s'affairer, il s'agit d'un prêtre apparemment, sa soutane me rappelle... Ah mais c'est ça, ce bleu profond, ce doit être un prêtre du dieu de la pluie. Amusant. Je continue mon exploration. Là-bas une sorte de petite bassine en pierre, oui, elle m'arrive à la taille, j'approche mon visage, ça sent rien de spécial, c'est juste de l'eau ? Une petite gerbe d'eau m'éclabousse, je lève les yeux et remarque qu'un fin filet d'eau commence à goûter d'une rigole que je n'avais pas remarquée, le coulis de l'eau semble avoir fait s'agiter du monde, j'entends des pas précipités. Trois déboulent d'une arrière salle dont celui que j'ai déjà vu quelques instants plus tôt. Mais oui! C'est vrai que la pluie les rendait euphoriques, ils considèrent qu'elle est porteuse d'imagination ou quelque chose dans les genre, on avait dû me raconter quelque chose comme ça. Tiens, il me prend l'envie de jouer un peu de musique. Remarquez, c'est pas sûr que je sois autorisé à jouer ici, tant pis. Je sifflote en jetant un coup d'œil au plafond, ça vaut le détour, de nombreuses chaînes très fines et argentées sont fixées, de longueur variable, assez beau. Ca doit sûrement représenter la pluie.
Les prêtres sont dehors et je peux voir l'un d'eux revenir trempé, il sourit en répétant ce qui doit ressembler à des bénédictions, il trotte jusqu'à une grande armoire et se saisit d'une vingtaine, je suis pas sûr, de petites écuelles en métal empilées, ils récoltent si je me rappelle bien, à ce qu'il paraît il y a des jours comme ça où la pluie est différente, ma mère m'avait confié que certaines pluies avait un effet étrange, elle m'avait expliqué que ces drôles de pluies ne faisait pas rouiller les métaux, et d'autres choses que j'ai oubliées. Charmant. Je m'approche de la sortir, les trois compères semblent vraiment heureux, ils remplissent les écuelles en lançant de grands signes au ciel nuageux. Je vais rester ici le temps que l'averse s'arrête, et puis j'avais dit qu'il fallait que je prenne de l'encens, ça tombe bien ils sont dehors. Je balaie la salle du regard mais pas d'encens. Je l'ai pourtant bien senti! A y regarder de plus près, je remarque sur les murs des fentes et une très fine fumée qui s'en échappe. Voilà! Par contre, je ne vois pas vraiment où peut être la source de la fumée. Bon, il n'y a que cette petite porte qui mène à la salle d'où ces mecs sont sortis tout à l'heure, je jette un coup d'œil discret au dehors pour voir si les prêtres continuent leur petite affaire, très bien. Je fonce entre les rangées de bancs et m'engouffre dans la pièce, plusieurs autres portes s'offrent à moi et des escaliers qui montent approximativement dans la direction où j'ai pu observer les fentes fumantes. Je gravis les marches quatre à quatre et en effet, un petit rideau que je pousse dévoile une petite cavité où fume une longue tige d'encens, à côté traîne un petit panier rempli d'autres tiges, j'en prends une pleine poignée et l'engouffre rapidement dans ma sacoche, il s'agit de déguerpir maintenant! Je dévale les escaliers et fonce vers la porte que j'ai empruntée il y a quelques secondes. Seulement, à peine sorti, je tombe nez à nez avec ceux-là même dont j'essayais de défier la vigilance. Drôle de situation. D'abord surpris, l'un d'eux tente de me prendre par le bras.

" - Sortez immédiatement, jeune homme!"

J'essaie de me dégager de l'étreinte de l'homme, je sens ses mains osseuses agripper mon coude et tenter de m'attirer vers la sortie avec toute la fermeté dont un vieillard arthrosé, peu habitué à l'effort est capable. Je proteste un peu, lui assurant que je peux sortir tout seul mais celui-ci ne veut rien entendre et agite la tête. Le petit cortège me raccompagne donc au seuil de l'église et me pousse au dehors, je fais quelques pas dans la boue du sentier et frappe négligemment du pied dans un des petits seaux métalliques presque rempli d'eau de pluie. J'entends alors un cri et une sorte de pseudo-malédiction proférés dans mon dos... En me retournant, je vois un des prêtres sur le seuil de pierre de l'église, il doit s'assurer que je franchisse bien le portail. Tiens, pourquoi gesticule-t-il à présent ? Ce n'est pas moi qu'il regarde pourtant. J'essaie de suivre son regard et l'obscurité qui a déjà illuminé quelques croisées ne m'empêche pas de constater que deux formes blanches vont bientôt gravir le lourd portillon sur les injonctions du prêtre. Nous y voilà, mon cœur s'emballe un peu, on dirait qu'il va falloir improviser. Je recule de quelques pas en jaugeant du mieux que je puisse le terrain. Bon il va s'agir de temporiser : je glisse la main droite dans mon sac pour me saisir d'une boule de métal légèrement bosselée reliée à un cordon de cuir dans lequel je passe ma main. Puis, je fais une boucle dans le cordon et y repasse la main, ainsi la boule est quasiment en contact avec la paume de ma main droite. Je ferme les yeux quelques instants, les deux capes blanches ne sont pas encore alarmés et marchent calmement vers moi, ils pensent molester un jeune homme en deux temps trois mouvements et reprendre leur ronde comme si de rien était. Ca y est, je sens que je peux y aller. Mes doigts se referment sur l'objet sphérique.

* Ca faisait un moment, Talik. *

Je me concentre quelques instants sur la démarche d'une première cape blanche, c'est bon. Ils doivent être à cinq-six mètres à présent. Je secoue doucement la boule pour faire résonner les petits perles métalliques à l'intérieur. Je pars alors très brusquement du côté droit, comme pour les déborder, mais je m'arrête aussitôt : trop tard, avec un mouvement sec du poignet, je fais claquer Talik dans ma main et au même moment, j'ai légèrement perturbé la trajectoire du pas de la première cape blanche de façon à ce que l'homme dérape sur une flaque de boue, il s'étale alors sur le côté tandis que son collègue l'enjambe rapidement pour arriver à ma portée. Il dégaine alors une sorte de cimeterre, et à en juger ses mouvements, il a quand même l'air plus vif et plus entraîné que moi, c'est ce qu'on va voir, je cale Talik dans le creux de ma main droite et y répète un motif rythmique pesant qui accélère rapidement, à base de groupes de deux pulsations rapprochées. Décidément, ce soir je suis plutôt chanceux, du moins jusqu'ici ; l'homme sent son cœur battre beaucoup plus vite normalement, ses battements cardiaques se calquent à la rythmique de Talik, j'augmente la cadence avec toute la rapidité dont ma main gauche peut se targuer. La cape blanche s'arrête brutalement à un peu plus d'un mètre de moi, sa main gauche se crispe sur son cœur, juste le temps pour moi d'éviter sans trop de mal la frappe oblique amoindrie qui m'était destinée. Je lui envoie mon tibia dans le mollet pour le déséquilibrer mais on dirait qu'il a une foutue protection de sorte que s'il vacille un peu, je pense avoir eu plus mal que lui au final. L'autre s'est relevé et me voilà en bien mauvaise posture, je me rue vers les portes de l'église que vient de refermer le prêtre qui admirait le combat, tant pis pour lui s'il est derrière. Je fonce épaule la première dans le bois du battant gauche de la porte et à en juger le cri de douleur, l'homme était bien derrière. L'entrebâillement passé, je referme tant bien que mal la porte sous le regard de l'ecclésiaste, au sol, les mains rougies par le sang du nez que je viens de lui fracasser. Mieux vaut peut-être laisser tomber le verrouillage de cette porte, ils l'auront défoncé avant que je l'aie fermée et je risque de me retrouver comme ce vieux qui se tortille là. Je me tourne vers le centre de la salle et bondit à travers les rangées de bancs, ça y est, j'ai une idée! Ce gros orgue là-bas! Je vais faire un malheur.

" Attrapez-le..."

Le prêtre blessé n'a pas l'air de mon côté, les deux capes blanches envoient valser les bancs, marchant calmement car il est vrai que j'ai tout l'air d'être pris au piège. Je m'assieds sur le petit banc réservé à l'organiste et scrute quelques instants les rangées de claviers pour comprendre un peu mieux l'instrument. Je range Talik et pose mes doigts sur les touches.

" - Mourir en musique! Que de cérémonie!
- C'est la fosse publique qui t'attend, comme tous les vauriens de ton espèce."

* Attendez voir bande de rustres *

C'est bien la première fois que je joue d'un instrument aussi puissant, en me concentrant un peu, j'arrive à distinguer quelle série de touches utiliser et j'imagine l'effet que cela peut avoir. Je souris et ferme alors les yeux, oubliant presque la présence de mes opposants. Je ne sais pas tellement comment décrire ce que je joue : une sorte de mélodie lente et lancinante où les accords majeurs que je plaque résonnent comme, exagérons un peu, oh je ne sais pas, mais quelque chose d'imposant et d'effrayant. Je jette un coup d'œil en direction des deux capes blanches, ils sont à présent immobiles, et chaque accord semble agir comme un coup de fouet qui leur arrache des grognements de douleur. Celui dont je n'avais pas encore pu remarquer les talents de combattant, écarte en tremblant un pan de sa cape recouverte de boue et je découvre alors un peu moins d'une dizaine de coutelas fixés par de petites boucles de cuir en rangée. Un nouvel accord le fait se cabrer mais il déloge tout de même un des lames de son attache et commence à me viser sans assurance, peut-être bien qu'il va réussir! Je fais alors glisser un doigt sur toute la longueur d'un des claviers en partant des graves, le tout dans un mouvement fluide. L'homme lâche alors son arme et tombe à genou dans un grand cri de douleur, il plaque ses mains contre sa tête et son collège, toujours dompté par quelques accords pose le regard sur lui sans vraiment comprendre ce qui se passe et pourquoi il vient de s'évanouir, je sens la frayeur dans ses yeux et l'idée de torturer ces hommes, quels qu'ils soient me fait perdre ma concentration quelques instants, je laisse alors échapper une fausse note... Aïe. Le charme s'estompe et si l'homme aux coutelas est toujours au sol, l'autre secoue un peu la tête et réduit la distance qui nous sépare en peu de temps. J'ai juste le temps de grimper sur les claviers et de sauter vers une tenture pour m'éloigner de la cape blanche qui enfonce sa lame dans l'instrument, faisant voler en éclat toute une série de touches. Il s'acharne un moment sur l'orgue pour éviter que je puisse m'y installer à nouveau, tant pis. J'en profite pour me saisir de l'extrémité d'un banc à proximité de la cape blanche évanouie et le soulève au-dessus de lui. je ferme les yeux et grimace au moment où le pied du banc traverse sa tempe. Dégoûté, je me saisis de quelques uns de ses coutelas ; même si je ne sais absolument pas m'en servir, je peux toujours y trouver un intérêt.

" Allez, mainten... "


Voilà que je reçois un violent de pied dans le flanc droit, je me tords un peu et m'abrite sous le banc qui vient d'achever le compagnon de celui qui s'apprête à me découper. Mauvaise posture, son cimeterre traverse le banc et par chance uniquement le banc... Sa lame est donc prise dans le bois pour un moment, dans ma chute, j'ai perdu deux des trois coutelas dont j'avais dépouillé le cadavre. Le troisième vient de trouver son utilité : je l'enfonce dans le pied qu'avait posé l'homme sur le banc pour extraire son épée, la courte lame rencontre tout de même le bois sans s'y ficher pour autant. Après ce juron qu'il profère mêlé à ce cri de douleur, une chose est sûre : les sentiments qu'il doit éprouver à mon égard, amplifiés par le balayage de son autre jambe afin qu'il s'écroule aux côtés de son camarade ne sont en rien amicaux. Je me relève complètement et m'éloigne un peu de l'homme. Il faudrait l'achever lui aussi, mais je ne m'en pas capable, ou du moins je n'ai pas le temps de me préparer à le faire, l'homme arrache la lame de son pied et roule sur le ventre pour ensuite se redresser. Il jette le coutelas au sol et avance en boitant vers moi. Je n'aurais pas dû me poser de question! Il a bien sûr récupéré son cimeterre et le brandit. Je pense pouvoir rivaliser, pour peu que je ne reste pas trop près de lui. Il charge alors, assez maladroitement, le tout va être d'éviter son arme, je recule à chaque assaut le temps de trouver une idée, soudain, je sens quelque chose derrière moi, c'est la bassine en pierre remplie d'eau de pluie de tout à l'heure. Je me positionne exactement entre la cape blanche et l'espèce de bénitier et attend son attaque, feignant d'avoir été acculé et de paniquer, j'espère lui faire prendre une trop grande confiance en lui. Il ouvre son torse en rejetant son bras droit en arrière, prêt à frapper et l'abat en hurlant, je me décale au moment opportun et sa lame vient percuter la pierre de la bassine. A ce moment, profitant qu'il soit un peu penché, je me rue sur son dos et pousse à deux mains sa tête vers la bassine en empoignant ses cheveux. J'avais imaginé qu'il se fracasserait le crâne contre le bord mais non, je n'ai réussi qu'à immerger sa tête, remarquez je peux accomplir mon forfait ainsi. J'appuie alors de toutes mes forces pour qu'il se noie mais sa main droite mouline dans le vide avec son cimeterre et devant l'imprévisibilité des coups et la difficulté à le maintenir calme, je suis vite contraint d'abandonner. Il me repousse vivement du pied gauche et je roule un peu sur les dalles, mon banjo me percute le dos, je n'ai pas encore eu l'occasion d'y jeter un coup d'œil depuis le début de l'affrontement mais je crains qu'il ne soit en sale état. Je ne vois plus vraiment de solution là, il m'a déjà presque rejoint. Je me rue vers l'arrière-salle et découvre deux des prêtres de tout à l'heure blottis dans un coin, poussant des cris quand la porte s'ouvre à la volée, j'emprunte une des portes que j'ai vues tout à l'heure, ça y est, l'autre m'a rejoint. Je ne sais vraiment pas dans quoi je m'embarque. Pas de lumière et on dirait qu'une série de marches commence, l'escalier m'entraîne vers le haut de l'église. Je ne peux pas faire demi-tour de toute façon. Une course-poursuite dans un escalier en colimaçon est sûrement un événement stressant et palpitant, en revanche, ici, l'homme peine avec son pied et monte en grommelant, j'ai entendu que les prêtres lui avaient confié que je me dirigeais vers le clocher et que j'étais par conséquent bloqué. C'est ce qu'on va voir... J'arrive donc au sommet, c'est une pièce ronde percée d'une ouverture qui me permet de constater qu'il pleut encore à torrent. Je lève la tête et distingue une paire de cloches assemblées à des mécanismes qui se mêlent à la charpente du clocher. Sans demander mon reste, je grimpe à l'une des cordes, en faisant retentir la cloche au passage, et la remonte avec moi, l'enroulant autour de la poutre où j'ai pu me hisser. Dans un mouvement presque acrobatique, je m'empare de la deuxième corde et attends l'arrivée de la cape blanche. Il ne se fait guère attendre et déboule comme un forcené, hors d'haleine, dans la pièce.

" - J'sais que t'es là gamin, montre-toi! "

Il jette un coup d'œil dans ma direction mais semble ne pas me voir, l'obscurité est de mon côté et j'essaie pour ma part de suivre ses mouvements sans trop faire de bruit et sans me dévoiler de trop. C'est bon signe, je le vois s'approcher de l'ouverture du mur et presque s'y pencher pour regarder si je n'ai pas pu trouver un moyen de m'enfuir par là.

* C'est le moment ou jamais! *

En m'agrippant fermement à la corde, je me recule un peu et me jette dans le vide dans le sens opposé de la cape blanche, ainsi le mouvement décrira une sorte d'arc de cercle. C'est bien ce qui se passe seulement dans mon mouvement, le marteau accroché à la corde fait retentir la cloche une nouvelle fois et au moment de l'impact avec l'ennemi, celui-ci a le temps de m'attraper vigoureusement les jambes avant de basculer par la fente du mur. Là, je suis mal, je suis encore attaché à la corde mais lui pend à mes jambes, tandis que le rebord du mur me lacère le torse, La bonne nouvelle si on peut qualifier quelque chose de tel dans pareil situation, c'est que le choc et la surprise lui ont fait perdre son arme. Je ne vais pas tenir longtemps, c'est certain. J'essaie de regarder si le grand plongeon est si terrible que ça. Vite, quelque chose je ne peux plus tenir, par chance mes mains sont protégées de la pluie, en revanche le poids de l'homme qui s'agite me fait progressivement glisser et je l'entends crier de peur par moments, je jette à nouveau un regard en contrebas, avec beaucoup de chance, on peut retomber sur cette petite corniche, mais après ? Les secondes passent, je n'arrive pas à me décider à relâcher la corde, quand soudain, je sens les ongles de mon adversaires me griffer les mollets, il lâche prise on dirait. Ca y est il n'est plus agrippé qu'à une seule de mes jambes, j'en profite pour écraser son autre main. Très vite, la pluie aidant, il dégringole dans le vide dans un long appel à l'aide et va finir sa chute dans le boue, dans un craquement macabre que je ne perçois pas vraiment d'où je suis. Je me sens plus léger mais j'ai encore du mal à me hisser jusqu'à l'ouverture, un peu de concentration, le plus dur est fait. Finalement, j'arrive à passer le haut de mon corps en prenant appui avec mes pieds sur les pierres taillées, je reste un moment comme cela, les jambes dans le vide et le reste du corps à l'intérieur, soulagé et épuisé. Après une ou deux minutes, je me laisse retomber vers l'avant et roule sur la pierre, là encore je reste un moment allongé, mes yeux se posent sur le cimeterre de l'homme, c'est la troisième fois que je tue quelqu'un et toujours pas, toujours cette sale sensation, je suis pris d'un haut le cœur et attends quelques secondes avant de me relever. C'est alors de ce que m'a dit le vieux rebelle. De hisser une cape au sommet du clocher. Je soupire, si j'étais plus jeune, je pense que j'aurais pu pleurer.

" Comment j'ai pu accepter quelque chose d'aussi stupide ? "

C'est vrai, je ne vois pas vraiment comme accéder au sommet du clocher et disons que prendre de la hauteur après cet épisode de haute voltige, non merci. Je reprends les escaliers, il faut bien que j'aille chercher ces capes de malheur... Arrivé en bas, je pousse à nouveau la porte et les deux prêtres de tout à l'heure sont en train de soigner le nez de leur comparse, ils crient à mon arrivée et s'accroupissent en me priant de leur laisser la vie sauve. Je soupire et me dirige vers la première cape blanche, qui n'a bien entendu pas bouger. Le problème est que la cape a baigné dans le sang de l'homme et une partie est couverte de boue, et j'imagine que la situation est pire pour celui de dehors. Je dépouille l'homme de sa cape après avoir enlevé tant bien que mal le pied métallique couvert de sang et d'une matière plus grumeleuse que je devine avec dégoût. Une fois la cape prise, je vais la tremper dans la petite bassine d'eau de pluie, elle est suffisamment froide, à défaut de gros sel, je pourrais la rendre un petit plus propre. Je laisse tremper et traîne le corps de l'homme à l'extérieure de l'église, la pluie est toujours aussi vive et je mets quelques instants à apercevoir le corps désarticulé de ma dernière "victime", je traîne le premier corps jusqu'au cimetière, je vais creuser un trou vite fait et les enterrer histoire de ne pas faire trop désordre... Voilà qui est bien ironique après tout ça. une bonne demie-heure après, je suis bien entendu ruisselant et mes mains saignent un peu à cause du manche de la pelle que j'ai utilisée pour enfouir les deux capes blanches. Je reviens à l'intérieur, grelotant et m'approche de quelques bougies allumées dans un coin. Je me réchauffe quelques instants et retourne auprès de la cape qui trempe. Bon, ce n'est pas concluant mais il va bien falloir que je me serve de celle-là. En observant l'architecture du bâtiment tout à l'heure, j'ai pu remarquer que deux grandes tours carrées dominaient le clocher de tout à l'heure, je ne sais pas trop comment mais peut-être qu'il est possible de passer par là. Je monte à nouveau en passant devant les prêtres qui me supplient de les laisser en paix, j'ai encore le choix entre plusieurs portes, je me tourne vers eux.

" - Euh, désolé pour tout ça, mais comment puis-je me rendre dans l'une des grandes tours de l'église là ?
- Ne...Ne nous tuez pas! Pr...Prenez cette porte.
- Merci! "


J'emprunte la porte indiquée en lançant la cape sur mon épaule, les escaliers à gravir sont bien plus hauts cette fois mais j'ai tout mon temps, à moins que d'autres ne rappliquent, c'est vrai que j'ai fait sonner la cloche, peut-être que des gens trouveront cela anormal. Dans le doute, un peu anxieux, j'accélère la cadence. J'arrive à une sorte de plateforme avec de hautes ouvertures assez étroites qui donnent sur la ville et un autre escalier qui me donne la possibilité de continuer mon ascension. Pourtant, je vais m'arrêter là, je crois que je vois le sommet du clocher, ça ne va pas être évident... Je m'approche du vide, on dirait bien que je suis à trois ou quatre mètres du point que je cherche à atteindre. Peut-être que... Mais enfin pourquoi je n'y ai pas pensé plus tôt... Je soupèse la cape et réfléchit quelques instants, gorgée d'eau, elle est assez pesante. Je décide finalement de reprendre les escaliers pour retourner chercher un des coutelas de l'homme à qui appartient la cape, le coutelas que l'autre avait jeté après l'avoir enlevé de son pied. Je redescends en trombe, les prêtres finiront sûrement par penser que je fais exprès... Je trouve l'arme après quelques secondes de recherche et remonte jusqu'au clocher, par les escaliers. Là je me hisse à l'une des cordes pendant des cloches, elle mesure bien trois mètres, voire plus, oui plus. Je me perche sur une des poutres et entreprend de cisailler la corde pour en avoir le plus possible. Le tronçon tombe au sol et je me jette sur la deuxième corde, m'accroche à une autre poutre et en coupe une même longueur. Je me laisse ensuite tomber par terre en me pendant d'abord à la poutre pour réduire au maximum la chute. Au final, l'atterrissage est assez douloureux pour mes pieds. Je ramasse les extrémités de chaque corde et entreprend alors de les nouer solidement, j'ai à présent un peu plus de sept mètres de corde. Je troue la cape et l'enfile alors dans la corde pour qu'elle arrive au niveau du nœud. Une fois chose faite, je redescend avec la corde autour enroulée autour d'un de mes bras et resalue les prêtres en prenant également avec moi une petite table de bois, alors qu'ils me prient des les piller mais pas de les tuer, je soupire puis prends le chemin d'une des hautes tours carrées de tout à l'heure. J'arrive au sommet assez fatigué par tous ces efforts et creuse avec le coutelas deux trous au beau milieu de la table, je passe un bout de la double corde dans l'un d'eux et noue en une sorte de grosse boule ce même bout pour bloquer la corde. Je m'approche alors de l'ouverture et fouille dans ma sacoche pour en sortir un petit objet sculpté de ma poche, oui, c'est bien cet appeau. Je me concentre quelques instants pour atteindre cette sensation agréable en moi et porte alors l'objet à mes lèvres. Un bruit strident déchire alors la nuit, je réitère, puis j'attends un moment. Là, un beau rapace aux plumes sombres se pose sur le rebord de l'ouverture, je lui caresse lentement la tête et sors une sorte de musaraigne d'une petite pochette de cuir épaisse à l'intérieur de mon sac, je la lance à l'oiseau qui l'attrape au vol et s'en régale.

" J'ai besoin de toi. "

Je tends l'extrémité libre de la corde à l'oiseau qui la prend entre ses serres, je siffle un bref coup dans l'appeau en désignant le clocher du doigt. Le rapace s'envole alors et vole autour du pic du clocher pour ensuite revenir à mes côtés, je reprends la corde en main et tire un peu dessus pour que la cape soit au niveau du clocher, à ce moment, la table est au niveau de l'ouverture et sa largeur l'empêche de passer au travers, je passe la corde que m'a repassé l'oiseau dans le second trou que j'ai creusé dans la table et tire pour que la corde soit tendue. Pour finir, j'effectue de la même façon un nœud pour la bloquer et je peux admirer mon travail quelques instants : la cape blanche tâchée flotte au vent, contre le pic du clocher et la table. Je lance un nouveau petit rongeur au rapace et il s'envole dans un cri strident. Je redescend alors les escaliers, passe devant les prêtres une dernière fois en m'excusant et quitte l'église. La pluie a faibli mais je n'ai plus un sou pour retourner à l'auberge de tout à l'heure, il va falloir trouver un endroit chaud et sec, je sors alors mon banjo dont une corde a été cassée dans la bataille et commence à improviser quelques mélodies sans la corde manquante de do. Je m'attarde particulièrement où les bougies sont encore allumées, finalement une porte s'ouvre après mon passage et un homme assez jeune m'ouvre, il me présente à sa femme, jeune elle aussi. Au milieu de la pièce, dans un petit berceau, un nouveau né est en train de pleurer, non, il s'égosille et rien ne semble pouvoir le calmer. Je comprends ce qui a bien pu les pousser à ouvrir leur porte à un inconnu, je leur adresse un sourire et m'installe à côté de l'enfant, je fais appel alors à mes talents et me concentre pour lui jouer une berceuse, il cesse rapidement de pleurer, gazouille un peu et finit par s'endormir. L'homme me dit à voix basse.

" - Merci beaucoup.
- Oh vous savez, c'est juste mon métier. Bon, je vais y aller à présent. "Je me lève et les deux se regardent, la femme prend alors la parole, elle a une voix douce et j'y sens comme de la compassion.

- Vous semblez éreinté, nous n'avons pas grand chose mais nous pouvons au moins vous arranger un petit coin pour dormir cette nuit.
- C'est que, je ne voudrais pas...
- Restez.
- Très bien, merci... vraiment. "


Je leur serre la main chaleureusement, puis l'homme s'affaire pour m'aménager une couche. La femme le suit du regard et me sourit. Quand mon lit de fortune est installé, je leur souhaite une bonne nuit, je ferme alors les yeux et j'ai à ce moment presque oublié les capes blanches. Est-ce que je ne veux pas plutôt aider les gens, comme je l'ai fait à l'instant plutôt que de tuer ceux qui les oppressent ? Toujours est-il qu'il faut que j'entre en contact avec ces rebelles, je veux servir à quelque chose. Très vite, je m'endors.



***


Hmm ? J'émerge lentement, le corps douloureux, une femme est entrain de nourrir son enfant, ah oui, c'est vrai. L'homme n'est pas là en revanche. Je manifeste mon réveil et après les formalités de bonjour et de remerciements, je me prépare en vitesse et quitte la maison. Il fait jour et la rue est fort animée, la faim m'assaille, mon estomac est comme un linge qu'on essorerait. Je repère rapidement l'étal d'un marchand de fruits de saison. Je m'installe à côté de ses marchandises et commence à jouer de Malik, il y manque une corde mais en faisant confiance à cette petite voix intérieure qui dicte à mes doigts comment se positionner, je tire quelques mélodies qui charment les passants et les font s'arrêter quelques secondes devant l'étal, suffisamment pour qu'ils achètent. Après une bonne demie-heure, le vendeur me regarde.

" Tiens gamin! "

Le voilà qui me tend une pomme et une orange, je l'en remercie et lui fausse compagnie pour me diriger vers l'église, je ne sais pas vraiment qui chercher, dans tous les cas, la cape flotte toujours et les quelques conversations que j'entends séparent les gens en deux groupes : ceux qui ont compris à qui appartenait la cape et ceux qui l'ignorent. Je laisse traîner mon oreille à droite et à gauche, rien de bien concluant, certains se plaignent même que les prêtres ne sachent plus sonner les cloches... S'ils savaient! Je marche encore quelques instants quand je sens quelqu'un parvenir à ma hauteur, l'homme marche à mes côtés un court instant, je reconnais au bout d'un moment le jeune homme qui accompagnait le plus vieux, hier ; je vais le suivre. Il tourne rapidement dans une ruelle, puis dans une autre, et encore une autre, si bien que sans aide, je serais sûrement incapable de sortir d'ici. Finalement, je distingue petit à petit l'homme que je cherche, adossé à un mur. Le jeune homme marche jusqu'à lui et tous deux me saluent. Pour autant, l'air de défi et de moquerie du vieux n'a pas complètement disparu.

" - On dirait que tu ne t'es pas dégonflé, pas trop mal.
- Ouais. Alors ? "

Et pourquoi pas, beau travail ? Enflure. Je reste ferme, ce qui accroit encore le sourire de l'homme. Il me tape sur l'épaule, ce à quoi je ne réagis pas ; il me prie de bien vouloir l'attendre quelques instants et disparaît derrière une porte de bois abîmée mais dotée d'un système de cadenas et de serrure assez déstabilisants. Je n'attends qu'une petite minute avant que la porte ne soit à nouveau poussée. Mon très cher collègue ouvre le chemin à un homme qui impose le respect. Je me sens d'abord comme écrasé par sa présence, comme si j'avais idolâtré cette personne et que je la rencontrais enfin. Pourtant, il n'en est rien : le charisme ne s'explique pas, c'est de là qu'il tire sa force. Aussi âgé que moi, peut-être un tout petit plus, glabre, le teint mat, un air narquois et fier. En fait ce visage est assez androgyne, j'en viens même à me demander si c'est un homme qui se tient devant moi à en juger ce qui pend à ses oreilles, l'extrême finesse de ses traits et les tresses colorées garnies de perles dans ses cheveux, peut-être est-ce cela qui lui donne tant de prestance. Ses yeux se posent sur l'homme qui l'a conduit ici alors qu'il lui explique brièvement mon exploit, ou plutôt "la petite course dont il m'a chargé", enfin, son regard se plante dans le mien et je le soutiens dignement, après tout ils ont de quoi me respecter après l'assassinat des deux autres là. L'inconnu prend finalement la parole, d'une voix grave et posée, plus trop de doutes à présent.

- Si Buck dit vrai, vous avez fait vos preuves.
- On dirait bien... "


Il semble amusé par ma réaction, c'est que je pourrais bien finir par devenir une forte tête à force d'être mis en doute par tout le monde. Mais bon, peut-être que je suis un peu trop susceptible. Remarquez, qui ne le serait pas après son premier double assassinat ? Je reste le regarder en attendant qu'il se décide à parler à nouveau ; il doit être en train de me sonder et de décortiquer les moindres mécanismes psychiques que j'ai le malheur de lui laisser en pâture. Il adopte une voix sérieuse et le semblant de sourire amusé de tout à l'heure s'estompe.

" - Quel intérêt auriez-vous à rejoindre la Rébellion ? "

Il fallait bien qu'il en vienne à cette question. Je ne sais vraiment pas quoi répondre, si je disais la vérité on me prendrait instantanément pour un quidam résolu à mettre un peu de piment dans sa vie. A vrai dire, la situation actuelle me répugne mais je n'en tire pas pour autant une haine pour Hendenmark et ses sbires, j'aime juste venir en aide aux gens et effacer pour un temps les maux de qui les rongent, le grand Kaull en est le responsable, c'est vrai. Peut-être qu'il vaudrait mieux pour le moment exagérer un peu mes ambitions, je ne suis pas arrivé jusqu'ici pour faire demi-tour. D'ailleurs, me laisseraient-ils repartir comme si de rien était si jamais je leur avouais que je changeais d'avis ? En même temps, l'autre a l'air de pouvoir déceler le moindre mensonge, j'aurais l'air encore plus malin s'il ne me croyait pas... C'est décidé.

" - Pour moi, aucun intérêt...

Tous les yeux s'écarquillent, le plus âgé s'agite jusqu'à ce que mon véritable interlocuteur pose sa main sur son épaule sans me quitter des yeux.

... Hendenmark, vous haïssez tous cet homme, je le sais. C'est un enfoiré de première, soit, mais je ne rêve pas pour autant de voir sa tête sur une pique. La seule chose importante à mes yeux est de redonner un peu d'espoir aux gens. Je... Ouais. J'ai pensé qu'en vous rejoignant je progresserais sur ce chemin. Au lieu de ça, on m'envoie refroidir ces mecs. J'ai peut-être sauvé des vies en me débarrassant d'eux mais... "

Je m'arrête et je baisse le regard, chacun garde le silence, j'imagine que j'aurais pas pu faire pire, ils doivent déjà se demander comment me faire disparaître, j'en sais déjà trop sur eux.

" - Mais quoi ? C'est justement de gens comme vous dont nous manquons. Si vous saviez le nombre de brutes obsédées par la vengeance qui garnissent nos rangs. Le but des rebelles n'est pas simplement d'anéantir les forces d'Hendenmark, loin de là : nous sommes aussi là pour venir en aide à ceux qui pâtissent des caprices malsains de ce roi illégitime. Je suis certain que vous trouverez bien vite votre place... Comment vous nomme-t-on au fait ?

J'avoue être assez surpris et ne peux m'empêcher d'afficher un léger sourire.

- Yallamine Irvil, Yall suffira.


L'homme me tend la main en souriant, je la serre à mon tour, poigne franche.

- Yall ? Appelle-moi Fela. Voici Barth, et celui qui t'as amené jusqu'ici se nomme Silth. Excuse-moi mais j'ai à faire. Je vous le laisse les gars, répondez à ses questions. "

Fela disparaît et me voilà avec mes deux camarades fraîchement nommés. Barth me tape à nouveau dans l'épaule, s'excusant en invoquant la procédure, il se tourne vers Silth et on convient tous les trois de discuter un peu à l'endroit de notre première rencontre, assez romantique... Disons que ça s'est mieux passé que je le pensais, attendons de voir.
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Faire ses preuves [seul]

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