''L’enfant voulait répondre. Mais sa gorge lui fit comprendre que ses mots ne seraient jamais à la hauteur du silence.''
               
Eto Hachiro
 
''La mort, c’est elle qui vous fait tenir debout. C’est elle qui dicte les actes. C’est elle qui peint le monde. Et elle vous emportera tous.''
               
Querel Sentencia
 
''Je ne ressens que soif et tristesse, la mort est futilité. Je la cherche, peut-être suis-je elle.''
               
Nagate Zetsubō
 
''Udyr, quand tu seras mort, on se souviendra de ton nom. Moi je n'en ai pas, car je ne mourrai pas aujourd'hui. Mais le tien restera gravé dans ma mémoire, et dans celle de tous ceux qui t'ont connu, comme celui d'un homme fort, et digne. Alors va, et éteins-toi avec grandeur, devant tous ces vautours.''
               
Darn Butcher
 
''La nature revivait là où les hommes mourraient, le cycle reprenait son cours normal grâce à l’albinos.''
               
Aikanaro Myrrhyn
 
''Ils ne se battaient pour rien qui n’en vaille la peine. Ils étaient incapables de distinguer ce qui avait de la valeur de ce qui n’en avait pas. Alors pourquoi tant de vigueur à la tâche ? Pourquoi risquer sa vie aussi vainement ?''
               
Alcofrybas Grincebrume
 
''Son regard, depuis toutes ces années, avait appris à parler.''
               
Etan Ystal
 
''Un monde de chaos, de destruction et de malheur, un monde impartial et magnifique, le seul en tout cas, où faire l’expérience de la vie prendrait un sens véritable.''
               
Edwin Gwendur
 
''L’enfer, ce doit être l’enfer : courir pour l’éternité dans un paysage sans fin, sans début. Sans possibilité de repos ou de mort.''
               
Tyrias Marchemonde
 
''Mais sans risque on n'obtient rien, voici ma devise mes amis. Il ne faut pas avoir peur de se salir les mains, il ne faut pas avoir peur de la mort…''
               
Dimitri Morteury
 
''Tomber... Ceci est si abstrait. L'on pourrait se relever plus grand que l'on était.''
               
Yozora Adragnis
 
''Il passa des semaines dans le cachot ayant décidé de s'y enfermer lui-même. Puis, au terme de trois semaines, vous êtes venu le voir et vous lui avez dit : «Les larmes ne sont qu'une faiblesse qu'il te faudra masquer... Si tu veux t'apitoyer, libre à toi, mais, si tu souhaites voir les choses changer, tu le peux toujours. Suis-moi... Mon ami.»''
               
Haar Wilder
 
''Le brin d'herbe ne se soucie guère de ce que font les feuilles des arbres. Mais à l'automne venu, les feuilles ne se suffisent plus entre elles. Elles s'assombrissent, se nourrissant des nuages noirs d'orage. Et alors, elles se laissent tomber sur nous.''
               
Le Peintre
 
''S'il y a bien quelque chose que l'on oublie, lorsqu'une personne est immobile, allongée, rigide, puante à en faire vomir, en décomposition, transportant des milliers de maladies, la peau arrachée et les os jaunes. S'il y a bien quelque chose que l'on oublie, lorsqu'une personne est à six pieds sous terre, devenue la proie des corbeaux, et ses yeux mangés par des fourmis... C'est qu'elle a un jour été orgueilleuse et avide. C'est qu'elle a un jour voulu devenir riche et grande, ou bien qu'elle l'est devenue. Cela ne change rien.''
               
Le Violoniste
 
''La pensée est la liberté, la liberté... Alors, le corps est la prison, le corps est la prison... Il faut casser les barreaux.''
               
Sill
 
''Nous croyons conduire le destin, mais c'est toujours lui qui nous mène.''
               
Setsuna Hendenmark
 
''Fais ce que tu veux avec ces villageois, sauf les laisser en vie.''
               
Kaull Hendenmark
 
''La fuite vers la religion peut être une réponse pour certains. Pour d'autres elle n'est que la simple évidence que l'homme est faible et instable.''
               
Astryl Panasdür
 
''La mort ne cherche pas à s’expliquer, elle ne fait qu’agir, monsieur. Les cadavres ne racontent pas grand-chose, mais vivant, un homme peut en avoir long à dire.''
               
Sanaki Hearthlight
 
''Alors, telle une marionnette cassée que l’on tente en vain d’animer, il se releva, restant digne malgré ses blessures.''
               
Dolven Melrak
 
''Quand le sang coule, il faut le boire. La mort ne frappera pas à votre porte mais s'invitera par vos fenêtres !''
               
Andreï Loknar
 
''Personne ne peut capturer une ombre, personne ne peut la dresser ni se l’approprier.''
               
Jazminsaa Alsan
 
''De la même façon, à l'idée qu'un abruti de scribe puisse teinter ses parchemins de calomnies religieuses, ou pire, me faire porter le titre de héros, je vais préférer m’occuper de l'écriture de ma propre histoire.''
               
Alexandre Ranald
 
''La mort... Si belle et terrible à la fois, elle l'appelait, et l'appelle toujours.''
               
Adam Moriharty
 
''Par nature, j’aime tout. Par conséquence, je me hais…''
               
Samaël Apelpisia
 
''C'est sordide et cruel, mais c'est hélas la réalité de ce monde.''
               
Liam Gil' Sayan
 
''Aujourd’hui sur les terres de Feleth les pensées ne sont plus les bienvenues. Le temps de la renaissance spirituelle est terminé. Le temps où les grands penseurs avaient aidé le monde est révolu.''
               
Héra Calliope
 
''La mort était séductrice ; elle ne montrait que ses bons côtés. La sérénité et le calme absolu : pour toujours et sans violence.''
               
Eurybie Pourrie
 
''J’ai atteint cette espèce de vanité qu’apporte l’ancienneté. Je ne crois plus qu’on puisse m’apprendre quelque chose, et si jamais quelqu’un essaye ou y arrive seulement, je me bloquerais et deviendrais hermétique à tout contact.''
               
Dante Waanig
 
''Je devrais t'attacher, tu deviens dangereux pour toi même !''
               
Jeyra Frozeñ
 
''La beauté des êtres n'était rien. La beauté des choses oui. Mais pas forcement celle que l'on voit avec une paire de rétines.''
               
Akira Satetsu
 
''Le noir. Une étendue sombre en perpétuel mouvement.''
               
Melpomène d'Ambre
 
''Il est des oreilles invisibles qui peuvent entendre jusqu'à nos moindres soupirs et des secrets aux allures anodines peuvent se révéler instruments de destruction et de tourments sans fin...''
               
Cassandre Ombrelune
 
''Le "rien" est tellement plus unique que la peur ou n'importe quel autre sentiment...''
               
Meryle Nightlander
 
''Ce n'est pas le nombre ni la force qui compte, c'est l'envie, la cause.''
               
Luyak Salamya
 
''L'innocence d'un enfant est la plus grande peur de l'homme.''
               
Clause Vaneslander
 
''Quand il lui manque une marionnette pour ses spectacles. Il verrait en vous la chose qu'il cherche.''
               
Jack D'enfer
 
''Il n'a pas de notion réelle du bien et du mal, personne ne lui ayant jamais défini ces mots.''
               
Jim Stocker
 
''Je n'ai vu aucune lumière, aucun goulet, pour sortir du boyau infini et obscur que nous empruntons tous, jusqu'à la promesse d'une nouvelle vie, de la transcendance et de la connaissance. Alors, mes yeux se sont adaptés aux ténèbres.''
               
Shaquîlah Dresdeïorth
 
''Le pouvoir ronge l'homme.''
               
Balthazar Bel
 
''Visiblement, la sérénité n'avait de valeur que si on connaissait également, en comparaison, des moments de troubles.''
               
Dranek Barth
 
''Le faible se faisait tuer, le fort vivait un jour de plus.''
               
Rodany Bleinzen
 
''Le soleil se couchait sur le monde du milieu. Les ténèbres se paraient de leurs plus somptueux apparats pour enfin faire leur entrée.''
               
Rin Mephisto
 
''Et alors il vit le chaos, la désolation, la souffrance le désespoir ambiant. Il rit.''
               
Elrog Aniec
 
''Perdu quelque part, marche vers nulle part.''
               
Kyle Wate
 
''La rose n'a d'épines que pour qui veut la cueillir.''
               
Karin Yzomel
 
''- Je peux vous prédire le genre d'homme qui vous convient !
- Je connais déjà mon genre d'homme.
- Vraiment... Et quel est-il ?
- Les hommes morts.''
               
Naladrial Delindel
 
''Utilise tes pouvoirs seulement quand le noir deviendra invivable.''
               
Zedd McTwist
 
''Tes cauchemars m'ont déjà donné l'encre... À présent, ta peau me donnera les pages !''
               
Conrart Crowlore
 
''Bien des gens se font enfermer dans un cercueil une fois mort, mais rares sont ceux qui naissent dedans.''
               
Dassyldroth Arphoss
 
''Le corbeau frénétique qui vous nargue de sa voix perchée, agite ses ailes damnées, où le reflet d'un mort se penche sur votre âme.''
               
Lust Aseliwin
 
''La vie est un mensonge, la destruction une délivrance.
Passent les marées, soufflent les vents, en vain...''
               
Le Passant
 
''Fauche, tranche et avale, gouffre des âmes. Que se dresse devant toi mille fléaux, et que l’enfer se glace devant ta noirceur.''
               
Lloyd Vilehearth
 
''Des charognards pour la plupart, comme ces corbeaux à deux têtes, venant dévorer le valeureux mort.''
               
Meneldil Tristelune
 
''Nous sommes les bourreaux de la justice et de la paix. Même si ce rôle n'est pas agréable à endosser, nous nous devons de le faire, pour le bien du peuple.''
               
Ezekiel Le Sage
 
''Il me tarde de retourner au combat pour finir empalé sur une pique.''
               
Karl Von Morlag
 
''Montre-moi le chemin de la victoire. Ou guide-moi alors dans les tréfonds de la mort...''
               
Aznan Lauréano
 
''Comment peux-tu supporter ça ? C'est assourdissant ! Tue-le ! Qu'est-ce que ça te coûte ? Tu ne l'entendras plus. Tu seras en paix... Tue-le !''
               
Aïden Sochlane
 
''- Faites taire votre cabot !
- Je ne suis pas votre servante !
- Alors je le ferai taire moi-même !''
               
Rosaly Von Gregorius
 
''Le seul présent que la justice a à vous offrir, est votre mort.''
               
Mirage Morteury
 
''Laissez-moi vous conduire aux carnages.... Tant d'âmes ne demandent qu'à succomber.''
               
Idryss Leeverwen
 
''Le soleil est un bourreau. D'une simple caresse, sa langue enflammée peut calciner n'importe quel être.''
               
Seïren Nepthys
 
''C'est une nuit sans lune. Ou bien était-ce un jour sans soleil ?''
               
ShuiLong Zhang
 
''La vie est un rouage lent et grinçant. Il ne tourne que dans un sens. Celui où tu tombes.''
               
Camelle Elwhang
 
''Et un jour, sur vos lits de mort, bien des années auront passé et peut-être regretterez-vous de ne pouvoir échanger toutes vos tristes vies épargnées à Feleth pour une chance, une petite chance de revenir ici et tuer nos ennemis, car ils peuvent nous ôter la vie mais ils ne nous ôteront jamais notre liberté !''
               
Edouard Neuman
 
''Le temps est la gangrène de l'homme, elle apparait puis vous ronge à petit feu. Pour finir il ne vous reste plus que le présent pour vivre ; le passé s'évapore peu à peu et le futur ne vous intéresse guère.''
               
Asgeïr Aslak
 
''Cueillir la fleur de la déchéance et croquer dans la pomme de la faucheuse, nos vies se résument à cela car après tout, nous finissons à une moment où un autre, tous sous terre.''
               
Violette Dellylas
 
''Le pire n'est pas de mourir, mais de se faire oublier.''
               
Erwan Daermon Do'Layde
 
''Tenter d'oublier, même si c'était impossible. Il aurait aimé se jeter à la mer avec la preuve de son acte immonde. Laver tout ce sang qu'il sentait sur lui. Peut-être même s'y noyer, simplement. Sombrer dans les abysses et les ténèbres, pour toujours.''
               
Mio Raeth
 
''La lumière montre l'ombre et la vérité le mystère.''
               
Aeli Seoriria
 
''Si la vie n'a qu'un temps, le souvenir n'a qu'une mesure. Le reste est silence.''
               
Valt Horn
 
''Dans le noir le plus complet, l'aveugle est la meilleure personne à suivre. Dans un monde de folie, qui mieux qu'un fou pour nous guider ?''
               
Ledha Borolev
 
''Je ne crois pas en la force d'un absent. Celle qui ferait de vos dieux ce que vous pensez qu'ils sont.''
               
Gigantus Corne
 
''Une limite qui n'a été créée que pour être dépassée ? C'est simple, imaginez !''
               
Goudwin Didrago
 
''Voir grouiller tous ces gens, connaître leurs désirs et leurs rêves, voir comment évoluent les sociétés, leurs aspirations et leurs défauts. Comprendre que donc rien n'est éternel, et que tous ces rêves et toutes ces folies disparaîtront de la surface du monde. Se laisser aller, indolent, parce que tout cela ne servira à rien, et qu'au bout du compte le monde reste le monde, seule éternité immuable.''
               
Uridan Sangried
 
''L'Inquisition vous remettra sur le droit chemin. Même s'il faut vous briser les jambes pour ça.''
               
Leevo Shellhorn
 
''N'oublie pas d'avoir peur des morts. Ils sont toujours plus nombreux que les vivants, et un jour, tu les rejoindras.''
               
Moira Brawl
 
''J'avais l'habitude avec ce genre d'individus... Moins vous bougerez, moins vous leur parlerez... et moins ils vous cogneront dessus.''
               
Aoi Haandar
 
''Je souhaite voir votre sang se répandre mollement à la surface d'une eau rendue trouble par les masses de cadavres vidés de leur substance, marcher dans les champs de vos ossements éparpillés, me remémorant à chaque pas votre mort absurde et pathétique, que vos noms ne soient pas contés, que votre souvenir s'éteigne comme s'éteint votre vie fade et misérable, qu'à travers les années, seuls subsistent vos ossements tels de tristes traces blanchâtres dans un paysage noir de guerre, de sang et de folie.
Et que telles cette phrase, vos morts n'aient aucune importance, aucune signification pour quiconque.''
               
Nargheil Eoss
 
''Bénie soit la haine que tu porteras à ton prochain, lave l'Homme des péchés qu'il a commis.
Sois l'épée du jugement qui s'abattra sur cette race impure, souillée par la vengeance et la corruption.''
               
Meiro Fuuchiuse
 
''Notre futur exprime nos actes passés.''
               
Terence Ripper
 
''Rencontre les ténèbres et tu admireras la lumière, dit le voyant.
Contemple la lumière et tu provoqueras les ténèbres, dit l'aveugle.''
               
Tekian Varis
 
''Un général courageux et fier, est celui qui exécute en premier l'ordre qu'il donne à ses hommes.''
               
Danarius Kyrarion
 
''L'art est le sentiment obscur de l'appropriation de l'étrange.''
               
Leroi-Gourhan
 
''La mort nous sourit à tous, et tout ce que nous pouvons faire, c'est lui sourire en retour.''
               
Marc-Aurèle
 
''L'art est la mystérieuse présence en nous, de ce qui devrait appartenir à la mort.''
               
Malraux
 
''L'art est une profondeur creusée dans le visage du monde.''
               
Weischedel
 
''Le néant après la mort ? N'est-ce pas l'état auquel nous étions habitués avant la vie ?''
               
Schopenhauer
 
''Les avocats d'un malfaiteur sont rarement assez artistes pour tourner à l'avantage de leur client la belle horreur de son acte.''
               
Nietzsche
 
''Ôte-toi de mon soleil.''
               
Diogène le cynique
 
''Il y a pas d’œuvre d'art sans collaboration du démon.''
               
André Gide
 
''Ce n'est pas le lieu mais son cœur qu'on habite.''
               
John Milton
 
''Nous sommes les histoires que nous vivons.''
               
Auteur inconnu
 
''La mort est terrible pour n'importe qui. Bons ou mauvais, anges ou démons, c'est la même chose. La mort est impartiale. Il n'y a pas de mort particulièrement horrible. C'est pourquoi la mort est effrayante. Les actes, l'âge, la personnalité, la richesse, la beauté... Tout ça n'a aucun sens face à la mort.''
               
Fuyumi Ono
 
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 Récit des rêveries d'une courte vie. Histoire de Gabriel Denroth, ou Eto Hachiro.

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Eto Hachiro



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MessageSujet: Récit des rêveries d'une courte vie. Histoire de Gabriel Denroth, ou Eto Hachiro.   Mar 24 Aoû 2010 - 14:28

* * *



Là-haut, où le soleil illumine inlassablement de ses pâles rayons les landes froides jusqu’aux premiers jours d’automne, là-haut aussi, où la nuit dure tout l’hiver, naquit un être. Que ses parents nommèrent Gabriel, dans leur bonté. Gabriel Denroth, chargé de porter l’héritage de cette famille à son tour. Mais qui leur disait qu’il en aurait envie ? Et voulait-il seulement un nom ? Il était d’usage de faire ainsi… Parfois il n’y a pas à chercher plus loin. C’est comme ce rituel de salvation, proclamé par ces fanatiques du Solstice, avant même que le petit homme soit en possession de sa faculté de choisir. Enfin de toute façon les superstitions irrationnelles n’engagent que ceux qui y croient. Et un nom est vite oublié, quand tous ceux qui le connaissaient ne sont plus là pour vous le rappeler.

Toujours est-il que ce petit Gabriel grandit dans un village au Nord de Madorass, peuplé par des rebelles autoproclamés. C’était comme une grande famille, tous se connaissaient, tous partageaient les mêmes idées politiques. Ils comptaient un corps armé entraîné, en fait, tous les hommes en âge de se battre, et les femmes volontaires, qui perpétuait toutes sortes d’actes à l’encontre du Royaume, et particulièrement de la capitale à portée de bras. Du sabotage, du détournement de convoi, jusqu’aux meurtrières embuscades et aux froids assassinats. C’était une ambiance fraternelle qui régnait au sein de la communauté, la menace pesante de cette tyrannie à leurs portes et la volonté de ramener les jours heureux les soudait jusque dans la mort.
Ces jours heureux, Gabriel ne les avait pas connus, ou presque. Kaull prit le pouvoir quand le petit garçon avait environ six ans, ces temps furent sombres et emplis de panique, mais quand on est si jeune on ne se rend pas compte des choses. Même quand vos parents sont là à vous expliquer, à vous bourrer le crâne de leurs idées, qu’ils croient être les seules légitimes. Ses parents, des rebelles convaincus. Le père était un combattant de valeur et en quelque sorte le dirigeant en second des actions militaires du village. La mère, elle, ne faisait que soutenir son mari et élever son enfant, le berçant de futilités politiques, caractéristique inhérente aux humains.

"Vouer son existence à devenir meilleur est louable, quelle qu’en soit la façon. Le tout est de trouver le mal à combattre."

Phrase qui lui avait souvent été répétée. Phrase qu’ils auraient du plus amplement méditer, ces hommes et femmes, qui ne voyaient pas plus loin que la pointe de leurs pieds.

Et avec ça c’était un nombre infini d’autres contradictions par jour. Une éducation formatée, par des gens qui n’avaient même pas conscience de ce qu’au fond ils étaient. En enfant docile, Gabriel demeurait simplement heureux, anxieux quand son père mettait du temps à revenir au village, triste et énervé quand il se faisait réprimander ou même amusé et excité quand il jouait dans la neige. Les étés l’ennuyaient, le soleil et l’air chaud le privaient de ses rêveries, et il se languissait à chaque fois du retour de la poudre glacée. C’était pour ainsi dire son seul réel plaisir, de sculpter l’éphémère, tout en sachant pertinemment que sa création ne serait plus d’ici quelques mois. Persévérer, voilà ce qui lui donnait envie de se lever le matin. Contrairement aux longs discours du précepteur, sur l’histoire et les choses, contrairement aux leçons de lecture, dans ces vagues lettres réductrices, et contrairement aux arts martiaux, dont le seul but lui paraissait être d’asservir son prochain. Lui voulait faire de jolies choses, les travailler, puis recommencer. C’était un artiste dans l’âme, et tout ces rapports sociaux entre les êtres lui donnaient juste envie de prendre ses jambes à son cou. Il les voyait perdre leur temps à se repaître du savoir accumulé et des manières, tout comme des faits passés et des rouages de la société, sans comprendre pourquoi. Il les écoutait dire. Dire qu’il était dans un autre monde, dire qu’il fallait vivre au présent. Mais Gabriel n’avait nulle part senti au plus profond de son être, que l’intelligence devait être une source de contraintes. C’est pourquoi, sur ce point, il ne leur concéda jamais un seul traître mot. Cette pensée n’était pour l’instant qu’intuition en lui, mais une intuition aussi forte et imposante que les massives et colossales montagnes qui se dressaient souvent fièrement devant ses yeux avides de hauteur.


La certitude ne lui vint que plus tard, tout comme la haine. Par à-coups, dans son esprit voyageur.


Tout commença un soir d’hiver. Le petit garçon avait récemment fêté l’achèvement de sa onzième année d’existence. C’était une belle nuit, le ciel dégagé faisait place aux innombrables lumières scintillantes qui éclairaient les vastes étendues enneigées. Seulement, une peur coincée dans sa gorge venait ternir le splendide tableau qu’offrait sa fenêtre. Des pas pressés dans les rues, des appels de voix d’hommes paniqués. Il aurait bien aimé naître sourd pour vivre pleinement le spectacle, sans devoir se soucier des conflits humains. Sa mère vint le rejoindre pour lui souhaiter une bonne nuit, comme si rien ne se passait. Mais il n’était pas si bête. Il savait qu’à force de jouer avec le feu ils avaient réveillé les grands tentacules de Madorass. Même les dires de son père dans le couloir, venu avertir sa femme et trop préoccupé pour faire attention à son enfant, évoquaient des torches au loin dans la plaine.
Ce fut dans cette nuit où jamais il ne put fermer l’œil, que Gabriel commença à creuser des réflexions sur le Dieu de la Pluie, quand il vit les nuages emplir les cieux et déverser en silence leurs fragiles flocons. Les écrits parlaient de récoltes, de présages et de rêves. Le village récoltait ce qu’il avait semé, le présage et le symbole était cette neige qui tombait soudainement d’en haut. Et les rêves… Il ne vivait que pour eux… Alors que cette nuit le Dieu de la Pluie l’en privait. Inconsciemment et spontanément, sa foi en ce dieu grandissait dans son âme, comme une évidence née.
Non longtemps après les cris se mirent à retentir, les hurlements, le tintement du fer contre le fer. Puis plus rien.
Gabriel resta assis en tailleur sur la table qui côtoyait sa fenêtre toute la nuit, tendant sa main au dehors, pour ensuite laisser lentement la fine couche de neige y fondre. Il se demanda pendant de longues minutes ce qu’il allait dire à ses parents, si seulement ils étaient toujours en vie, mais finalement en arriva à la conclusion de l’improvisation. L’idée de les avoir perdus ne l’effleurait qu’à peine. Tant il était amer, face à cette bassesse dont l’homme tendait inlassablement à faire preuve. S’ils étaient morts, après tout ils l’auraient mérité, l’attachement arbitraire ne menait qu’à de faux jugements et à des réactions déraisonnables. Il se refusait d’agir ainsi. Car c’était justement ce qu’il leur reprochait à tous.

"S’ils ont choisi d’entrer dans cette logique d’interdépendance entre être intelligents, qu’ils crèvent, ils savaient que ça les attendait au bout du tunnel. Mais qu’ils ne comptent pas sur moi pour perpétuer leurs futilités superficielles."

Voilà ce qu’il pensait, sans oser crument le dire, ni réellement le croire.

Le matin ne tarda pas à se lever. Gabriel était empli de ce sentiment de sublimation, qui accompagne l’anéantissement des malheurs par la méditation. Ses parents étaient tous deux vivants, c’en était presque décevant. Le regard qu’il leur adressa fut si fort de songes noirs qu’ils en restèrent tremblants. Dans leurs esprits fermés, clôturés dans leurs principes, ils se demandaient pourquoi leur enfant les haïssait tant, au lieu d’être soulagé par leur retour. L’état dans lequel il était avait certainement du accentuer cette impression de haine, une nuit entière devant une fenêtre ouverte par ces températures hivernales avait tiré ses traits, pâli son visage, violacé ses lèvres et creusé ses yeux. Quand ils lui annoncèrent que nombre de villageois étaient tombés dans la nuit, et qu’il fallait partir pour fuir les représailles d’un deuxième assaut, qui, cette fois, serait leur fin sans nul doute, le petit garçon ne daigna même pas leur adresser la parole. Dans les heures qui suivirent, ce qui restait des habitants du village était sur le départ. Il avait été dit à Gabriel de prendre autant d’affaires qu’il pourrait, mais il ne s’encombra de rien. Il se suffisait à lui-même.
On lui cria dessus, mais jamais on arriva à lui faire emporter la moindre babiole. Il devenait fort, comprenant que pour être entendu il fallait hausser la voix, dans ce monde où rien ne tournait rond. Ils se mirent à marcher, marcher et marcher, vers le Nord, sans vraiment savoir ce qu’ils y trouveraient. Le jeune garçon courait le long du convoi, s’asseyait dans la neige, roulait dedans, semait de petites sculptures le long du chemin, bercé par les rêves que lui inspiraient les larges landes gelées. Il était là, libre comme l’air, sans soucis, avec pour seule envie celle de laisser libre cours à ses songes et à son imagination. Les flocons se mirent à dégringoler et à voleter devant ses yeux, il se sentit vivre pleinement, et remercia le Dieu de la Pluie de ces merveilleux instants. Tant de bonheur et de sérénité n’attisa que la rancœur des autres, qui eux se voyaient trimer, sous le vent glacé battant leurs visages, à tirer leurs bagages. Les complaintes montaient dans cette foule exilée, certains pleuraient leurs proches, d’autres ne sentaient plus leurs pieds, et les derniers s’essoufflaient en gémissant. Mais un riait et jouait. Il était tranquillement sur ses genoux en train de façonner un petit château de neige quand une botte sortie de nulle part vint l’écraser, le réduisant à l’état de tas informe. Gabriel resta quelques instants figé, sans comprendre ce qui venait de se passer. Quand enfin le choc passa et quand enfin il réalisa que quelqu’un avait détruit son œuvre. Il remonta lentement la tête le long de la jambe, puis du corps de cette personne. Jusqu’à cet instant, jamais de sa vie il n’avait eu envie de tuer. C’était le chef du village, le plus laid de tous. Laideur intérieure, l’apparence d’un corps n’intéressait pas l’enfant, pour lui seules les choses, les actes et les pensées pouvaient avoir une portée, une beauté.

- "Tu vois pas que c’est pas le moment de jouer ? Sers un peu à quelque chose, gamin, porte ça et arrête de courir, tu nous donnes le tournis."

Aboya sa voix sèche, tout en lui lançant un gros paquet à la figure, le faisant tomber tête contre le sol.
Il se releva avec cette envie, cette envie de leur arracher les oreilles à tous, de leur enfoncer ses doigts dans les tympans, d’écarter et directement dans leurs boites crâniennes de hurler :

- "Partez devant, avec vos possessions, vos relations et vos guerres. Je ne vous rejoindrai pas. Car moi je n’ai pas besoin de vous."

Mais il ne le fit pas. Il n’osa pas non plus protester. Le chef n’était guère connu pour sa mesure ni pour sa patience. Il se résigna donc à saisir le paquet, un ballot de cuir tenu par une vieille ficelle, qui devait sûrement contenir des étoffes ou des fourrures. Il le tapota de ses petites mains pour enlever la neige et ralentit sérieusement le pas. Tous les regards se tournaient vers lui, il les voyait défiler, tous avec la même rengaine, et le même sourire en coin satisfait. Gabriel ne comprenait pas comment ils pouvaient être dotés d’idées si courtes, ni surtout comment il se faisait que tous soient ainsi. Il finit par s’approcher d’une de ces grandes charrettes tractées par des chevaux et y coinça son fardeau. Si on venait lui dire quoi que ce soit il aurait la preuve définitive de leur stupidité et de leur étroitesse. Dans sa descente vers la queue du peloton il croisa sa mère, qui profita de sa présence pour lui adresser quelques mots, dont ceux là :

- "Tu sais, Gabriel, tu as l’air de nous en vouloir, mais ce n’est quand même pas de notre faute si on nous attaque."

Totalement inutiles et hors de propos, en tout cas dans le raisonnement du garçon. Il ne lui fit honneur ni d’un regard ni d’un son, et s’écarta de la ligne que formaient les villageois et leurs affaires. Pour aller marcher plus loin. Là bas, quand il fut de nouveau accroupi dans la poudre blanche à retailler de mémoire son défunt château, une silhouette se dessina devant ses yeux. La neige brouillant la vue donnait une sensation de mirage à la scène. En tout cas il distinguait bien les longs cheveux noirs de cet homme, qui filaient à l’horizontale, portés par le vent glacial, tout comme ses nobles et sombres habits. Que faisait-il là ? Qui était-il ? Voilà ce que se demandait Gabriel. D’un signe de tête et du bras, l’inconnu pencha le buste en avant pour respectueusement saluer l’enfant. Lui ne broncha pas, estomaqué par cette étrange apparition. Quand cette ombre eut tourné les talons et disparu derrière le rideau blanc, le petit garçon s’empressa d’écrire dans la neige avec ses doigts, amusé par l’originalité et la pureté de ces quelques dernières minutes.

"Dieu des rêves et des signes
Toi qui fais tomber la pluie
Je te remercie de m’avoir un jour
Donné la joie d’apercevoir
Ce noble individu.
"

Ça n’avait en fait aucun intérêt ni aucune importance, mais sur le moment il ne réfléchit pas plus loin. Après ça il frissonna et se mit à rejoindre le groupe de voyageurs avec une allure soutenue.

Quelques jours passèrent et la troupe finit par installer un campement plus ou moins à l’épreuve du climat aride. Leur consolation dans les intempéries qui avaient accompagné leur voyage était que leurs traces devaient avoir été totalement ensevelies. Ainsi ils dormiraient plus tranquilles, sans craindre chaque instant de revoir l’horizon marqué de toutes ces lueurs jaunes et vacillantes. Les tentes en peau et les fourrures qu’ils portaient sur leurs épaules, ainsi que les grands feux crépitant offraient la chaleur nécessaire à la survie de tous.
Les matins Gabriel devait s’entraîner au combat avec son père, et quand il neigeait trop ils le faisaient dans la plus grande des tentes, elle servait de salle d’audience comme de salle d’armes. Rien ne restait en suspend dans le village, on pouvait même dire que sur le côté militaire ils redoublaient d’ardeur. Le petit garçon n’en demeurait que plus hors de lui, que leur fallait-il de plus pour regarder les choses en face ? Ne voyaient-ils pas que le problème venait de l’essence de leur façon de penser à tous ? Mais non, ils restaient obnubilés par leurs pitreries, leur vengeance, leur royaume. Qu’il fallait renverser à tous prix. Il en était presque au point d’avoir pitié d’eux. Passifs, enchainés à ces idées qui les consumaient. Voués à la dépendance et à la démence.
Vint une matinée, la tempête faisait rage au dehors, s’y risquer revenait à se perdre dans une infinité blanche, dans laquelle même les jambes se dérobaient à la vue. Ce matin là, Gabriel en gardera toujours le souvenir.
Alors qu’il en avait assez de se faire crier dessus pour son mauvais jeu de jambes, et pour sa garde grande ouverte, deux villageois armés entrèrent, accompagnant un guerrier que l’enfant n’avait jamais vu. Ce dernier semblait impassible, malgré le temps abominable qui sévissait. D’ailleurs les deux gardes, eux, soufflaient frénétiquement dans leurs mains tout en chassant les masses de neige qui couvraient leurs armures et leurs fourrures. L’étranger portait un grand arc dans sa main droite, et de ses longs cheveux châtains on pouvait voir dépasser quelques flèches dans son dos. Rinian, le chef, qui était occupé à travailler sur une carte avec un de ses hommes, pesta quand il aperçut le nouvel arrivant et dut se lever.

- "C’est quoi ça ?
- Il nous a juste dit qu’il avait un message pour nous.
"

S’empressa de répondre un des gardes. Rinian fit alors plusieurs pas en avant vers l’archer, et, une fois arrivé assez près, lui présenta sa paume ouverte.

- "Qu’attendez-vous de moi avec cette main tendue ?
- T’as pas dit que t’avais un message ?
- Il me semble vous avoir vouvoyé. Pourquoi ne pas en faire de même ?
- Donne-le-moi avant que je ne perde patience.
- Un message n’est pas matériel.
- Si, un message est un putain de bout de parchemin, tu sors d’où pour être con comme ça ?"

L’inconnu se mit à rire, animant son visage si neutre jusqu’ici. Mais s’arrêta aussi soudainement que ça l’avait pris, puis lança, dans un sourire :

- "Dégagez de ces terres.
- Quoi ? Tu te fous de ma gueule ?
- Non, je suis on ne peut plus sérieux. Ceux qui assassinent les êtres innocents, feraient mieux de passer leur chemin."

La tension était palpable, Gabriel sentait son cœur marteler sa poitrine de l’intérieur. Personne n’osait ouvrir la bouche, tous les yeux globuleux étaient fixes et pas un battement de cil ne venait troubler le silence.

- "Assassins ? T’es en plein délire ou t’es juste con ?
- Et cette peau sur vos épaules ? Croyez vous que cet animal méritait d’être bassement traqué ?
- Ta gueule et laisse-nous vivre si tu ne veux pas finir comme lui. Putain mais tu crois sérieusement qu’on a que ça à penser ? La vie des animaux ? On est en guerre contre le régime tyrannique de l’autre taré nous, on vient d’essuyer de nombreuses pert..
- Oh oui, et moi hier j’ai failli tomber en trébuchant contre un gros caillou."

Son sourire reprit, tirant ses joues. Il continua, après avoir apprécié le malaise jeté.

- "Pourquoi attachez-vous tant d’importance à ces choses qui n’en ont absolument pas ?
- La vie n’a pas d’importance ?
- Ne vous méprenez pas. Vous avez menacé la mienne, comme pris celle de ces bêtes. Vous n’avez aucun respect pour la vie, vous avez seulement peur, et la peur vous fait croire bien des choses.
- Peur ? Moi ? Non. Il m’importe juste de protéger les innocents et ceux que j’aime.
- Pourquoi ? Ont-ils plus le droit à la vie que moi ? Valent-ils mieux que les cerfs ?
- A partir du moment où tu projettes de nous chasser, oui. Et il faut bien survivre."

Un rire irrépréhensible s’empara de l’archer, plongeant tout le monde dans la confusion. Puis il réussit à articuler :

- "Un de ces chiens du Royaume, comme vous aimez à les appeler, m’aurait donné exactement les mêmes réponses. Vous les haïssez profondément mais au fond êtes les mêmes. Vous refusez juste de le voir."

Rinian tourna les talons et se laissa tomber sur son fauteuil de bois, déclarant dans un mouvement de la main, comme pour épousseter le vide devant ses yeux :

- "Emportez-le à l’écart du camp et butez-le. J’veux plus l’entendre…
Pourquoi tu souris petite merde ? Tu vas crever, tu comprends ?

- Vous voyez, la preuve que votre être n’est que peur tout entier. Jamais vous n’auriez cru possible de sourire à la mort.
- Putain virez-le de ma vue."

Il en fut autrement, en un éclair l’homme tira une flèche de son carquois, l’encocha et banda l’arc en direction de la tête du chef. Toujours avec son visage heureux. Le sang de Gabriel bouillonnait. Maintenant la tension n’était plus palpable, elle les rouait de coups. Toutes les mains tremblaient, et surtout celles de Rinian.

- "Moi aussi je pourrais te tuer, tu vois ?
Ah oui, je ne vouvoie que les êtres que je crois doués d’intelligence.
Et oui, je souris, car je cultive l’éphémère, ces moments qui paradoxalement restent à jamais gravés dans les esprits. Contrairement à vos querelles, qui se réitèrent, encore, encore et encore, les imprégnant d’un ennui profond, et faisant tout sombrer dans l’oubli.
Mais pour être tout à fait franc, l’idée, la vision qui ravit mon âme…

Est celle d’Eto, rachetant mon honneur et ma dignité perdus, avec vos yeux et vos entrailles.
Que sonne pour vous le glas.
"

Le dernier mot fut ponctué par un son de corde qui claque, puis par le bruit sourd d’une pointe fendant le bois. La flèche n’avait fait qu’effleurer les cheveux de Rinian. Il avait volontairement tiré à côté. Par contre les épées des deux gardes étaient bien plantées dans le corps de l’archer.
Ses yeux lentement se fermèrent. Il s’éteignit, laissant sa tête basculer en arrière, ce sentiment de plénitude, gravé pour toujours sur ses lèvres.
Loin de la réjouissance, tout le monde était bouleversé. Le mal être infectait la tente.
Gabriel demeurait effaré, abasourdi par ce sentiment qui broyait tout derrière ses côtes. Il regardait ses doigts, sans pouvoir réprimer les spasmes qui les secouaient.
Son père, clignant involontairement des yeux, s’accroupit devant lui et affirma d’une voix enrouée et faiblarde :

- "Ne t’en fais pas Gabriel, ils ne nous sera fait aucun mal.
- Dommage."

Ne put-il s’empêcher de lâcher.
Puis le petit garçon leur tourna le dos et s’en alla à la poursuite des deux gardes qui trainaient le cadavre de cet homme dont il ne connaissait même pas le nom. Mais il les perdit de vue dans la tempête de neige. Abattu, il tomba à genoux et se mit à sangloter. Seul, perdu au milieu du vacarme glacial.

*Dieu de la Pluie… Donne-moi la force…*

Ils mirent plus de deux jours à le retrouver, lui et son regard haineux, le visage lacéré par les larmes gelées. Comment avait-il survécu ? Tout le monde se posait la question. Surtout qu’il n’avait pas bougé d’un pouce. Comment ses jambes n’avaient-elles pas été dévorées par le froid ? Personne ne savait. La force de la volonté. Que Gabriel appelait la foi en ce dieu des nuages gris.

Peu après les vents se turent et la neige se calma. Gabriel passa les jours suivants à errer en rond autour du camp. Dedans tout le monde le regardait de travers, pas que cela le dérangeait, mais lui ne voulait plus les voir. Même s’ils ne le dégoutaient pas, il aurait préféré méditer seul. Enfin de toute façon, ici, les deux cas étaient confondus.
Un soir en rentrant, après avoir passé la journée entière à façonner un masque de neige, il trouva une lettre. Un parchemin plié en quatre, encastré entre les dents de son petit crâne, une sculpture d’un jour précédent. Il la saisit délicatement, et la déplia difficilement, de ses doigts engourdis par le froid. Puis, grelottant, se mit à la lire, debout, immobile. Les lettres étaient tracées de rouge, dessinées avec habileté et sérénité. On sentait presque la sagesse de leur auteur rien qu’en les fixant.

"Jamais je n’aurais cru pareille lâcheté possible, vous m’en trouvez navré et désemparé.
Voyant qu’il ne revenait pas, je suis parti à sa recherche. Et je l’ai trouvé, froid et rigide.
Êtes-vous hommes ? Pour tuer un individu isolé, parti donner un message dans l’inconnu.
Êtes-vous hommes ? Pour ne pas régler vos conflits debout, face à votre ennemi.
Êtes-vous hommes, ou hyènes ? Pour fureter ainsi dans l’ombre, assassinant en silence.
Quel honneur gagnez-vous à cela ?

Mais je vais vous offrir une chance de vous racheter…
Dans trois lunes, quand l’astre du jour commencera sa lente chute vers l’horizon, vous marcherez dans sa direction sur les plaines blanches. Je vous y attendrai, et vous me prouverez que vous êtes capables de plus grand.

En vous laissant entendre que si vous ne venez pas, et ne vous élevez pas, je serai alors moi, obligé de me rabaisser à votre folie pour communiquer. Ce jeune homme était mon disciple, peut-être pas le plus humble ni le plus grand, mais ce qui est sûr, c’est qu’il valait mieux que vous. Si vous ne venez pas, moi je le ferai. Je tomberai dans votre jeu de haine et je vous y battrai. Je saignerai vos enfants et vos femmes, comme ils semblent dotés de plus grands privilèges à vos yeux. Je détruirai vos richesses, comme elles semblent être pour vous plus importantes que les pensées. Puis je vous arracherai vos intérêts et vos préjugés, en vous renvoyant de la face de ce monde.

Mais j’ai bon espoir. Vous viendrez, pour l’honneur. Si vous êtes dignes de vos causes, alors vous ferez le bon choix.

Nous nous reverrons là où les chemins nous mèneront à côtoyer la mort ensemble.

Eto Hachiro
"

Gabriel ne sut comment expliquer, mais son cœur se réchauffa à la lecture de ces mots. L’homme n’avait donc pas menti, quelqu’un viendrait réparer la faute. Il relut toute la feuille puis la plia, et la glissa dans la poche de sa tunique. Sans attendre plus il entama sa marche vers le camp, et une fois rendu se présenta devant Rinian,

- "Qu’est-ce que tu me veux toi ?"

lui tendit le message, et ressortit, sans un mot. En le dépliant, le chef se tourna vers le père de Gabriel et lui lança :

- "Sans vouloir t’offenser, un jour je vais le cogner ton môme. Faudra pas faire l’étonné.
Bon alors, ‘Jamais je n’aurais tatati tatata ouais, froid et rigide, êtes vous hommes ?’ Bah ouais on n’est pas des femmes ! ‘Pour tuer un individu iso…’
"

Sa lecture à demi-voix-haute prit fin, tout comme sa raillerie, laissant place à une expression de tourment et d’incompréhension sur son visage. Intrigué, le père s’avança jusque derrière le fauteuil pour lire également. Ils restèrent tout deux plusieurs longs instants, à retourner les mots, les relire, les comprendre. Ils se dirent quelques phrases ambigües et troublées puis allèrent se coucher.

Gabriel était allongé sur sa couche, qui n’était en fait qu’une rudimentaire peau de bête à même le sol, les yeux grands ouverts et tournés vers le ciel. Le ciel que dans une tente on ne voyait pas. Son père vint s’asseoir à ses côtés et essaya de s’adresser à lui de la façon la plus simple et la plus douce possible.

- "Si tu as lu la lettre que tu nous as apporté, j’imagine que tu sais ce qui va arriver dans trois jours... Tu le sais hein ?
- Vous allez lever une armée pour combattre un homme seul ?
- Eh bien… En quelque sorte oui, il n’a jamais précisé à qui sa menace était adressée.
- Je n’en attendais pas moins de vous. Mais il a parlé d’honneur.
- Oui, et nous nous parlons de fraternité. Nous resterons soudés contre le mal. Tu ne crois pas qu’aimer ses proches, les assister et les protéger est plus important ?
- Non. Même en me mettant à votre place, vous m’avez appris à haïr le Royaume. Et comme cet homme l’a dit avant que vous ne le tuiez, vos mentalités sont les mêmes. Avant de parler de mal, sachez au moins ce que c’est, et considérez sa source.
- Explique-toi.
- Vous défendez vos intérêts, sans prendre attention à la façon dont vous le faites, ni à la réelle nécessité de les défendre. Comme eux, comme le roi, comme tout ceux qui ne savent pas penser, qui se laissent aller à la ‘fraternité’, ce que moi je nomme ‘foule’, qui vous inculque vos idées sans que vous y réfléchissiez. Vous entretenez le mal. Vous êtes le mal dont vous parlez, et contre lequel vous voulez vous battre, sans rien comprendre à rien."

Le petit garçon restait allongé, impassible, seule sa voix s’élançait et se résorbait, par moments, intimidée par l’action de se dresser à l’encontre de ceux qui lui ont inculqué de ne jamais les contredire.

- "C’est toi qui ne comprend rien Gabriel, tu n’es qu’un enfant. Comment peux-tu affirmer de telles choses ? Nous sommes plus vieux et plus expérimentés, nous avons vécu plus. Tu t’en rendras compte plus tard. Pour l’instant tu es juste mené par ta volonté de faire différemment.
- Plus vieux, plus expérimentés, plus encrassés dans vos sottises. La preuve, tu n’es pas capable de me donner d’arguments qui tiennent debout. Au lieu de ça tu utilises l’autorité.
- La ferme, fais comme on te dit et tu verras plus tard. Tu n’es pas en mesure de faire des choix."

Ses yeux tournèrent lentement, jusqu’à rencontrer ceux de son père. Il se mit à sourire.

- "Soit. Mais dis, je pourrai venir avec vous ?
- Non, les guerres ne sont pas faites pour les gamins. Maintenant dors."

L’homme se releva et alla rejoindre sa femme. Tandis que Gabriel regardait son dos, en chuchotant :

- "D’accord. J’espère qu’il vous tuera tous."

Puis s’envola vers ce monde où le Dieu de la Pluie peint la vision. La peur de dire les choses le quittait, petit à petit. Au fur et à mesure qu’eux il les voyait dire. Aussi bien ce mystérieux Eto que son disciple ou encore que ceux qui s’égaraient dans leurs jugements troués de contradictions.

Le soleil se leva sur le camp comme un malaise. Tous se regardaient, fiers, faisant comme si rien n’allait de travers, alors que tous savaient très bien… Comme si quelqu’un avait tiré sur leurs cous, pour en faire une boucle noueuse bien serrée. Perdus, intérieurement égarés, tournant en rond et ne savant plus quoi penser. Ils cherchaient quoi faire, cherchaient et cherchaient, pour essayer d’endiguer ce sentiment qui les faisait frémir, mais à force de chercher, voyaient le soir arriver, sans rien avoir fait. Tous mettaient des heures pour fermer l’œil, préoccupés, se retournant sans cesse, avec toujours cette impression d’oublier quelque chose de très important qui leur labourait le crâne. Difficiles et vides furent les trois jours avant ce qu’avait dicté Eto. Ils se voyaient fatigués et secoués de vertiges
Cependant le jeu des apparences suffisait à garder leurs têtes hors de l’eau. Face à la noyade, leur bouffée d’air était de retrouver les autres, de se convaincre entre eux, de se voir revêtir les armures et d’écouter leur chef dire, dire ce qu’ils voulaient entendre. Il est très difficile de se repentir du mensonge et de l’erreur. Plutôt que d’admettre, les hommes se trompent eux-mêmes, s’enfonçant encore plus loin dans leurs fautes, pour écraser les remords. Car seul ce qui leur importe est leur propre bien-être.
Le fer tiraillé résonnait, aiguisé jusqu’à l’appel du cor, déclarant que le soleil était à son apogée. Ce fut alors la convergence, la cinquantaine de guerriers, hommes et femmes, se regroupa et entama sa marche incertaine. Laissant les enfants, les vieillards et les femmes qui ne prenaient pas part aux combats derrière eux.

Gabriel, lui, assis en tailleur dans la neige, les regardait s’éloigner et chanter les habituelles litanies de courage, leur laissant l’avance nécessaire, avant de les rejoindre pour admirer. Ses rêveries faisaient tourner ses yeux sur tous les horizons qui se livraient à lui. Les montagnes rugueuses au Nord-Est dentelaient les plates landes enneigées, tout comme les étendards au Sud. Les étendards au Sud ? Le regard du petit garçon se plissa et reconnut les couleurs du Royaume. Ils les avaient retrouvés. Étrangement, ça ne lui fit ni chaud ni froid, mais lui indiqua seulement qu’il était temps d’y aller avant que le camp ne se mette à grouiller et à paniquer. Il se leva donc, calmement, traversant les tentes en direction de l’astre éblouissant, comme il était dit dans la lettre. Seulement sa mère l’aperçut, lui et son pas pressé, à la poursuite des combattants. Elle lui courut après et l’appela d’une voix forte :

- "Gabriel ! Où vas-tu ?"

Un silence accompagna le regard léger et blasé de l’enfant vers cette femme.

- "Tu ne te souviens déjà plus que ton père t’a interdit d’y aller ?"

Toujours aussi impassible, il se remit à aller de l’avant. Mais elle, plus rapide, l’attrapa par le bras et le retourna vers elle brutalement, vociférant :

- "Tu m’écoutes quand je te parle ?
- Oui…
- Alors pourquoi te bornes-tu à t’en aller les voir ?
- ‘Les voir’ est de trop.
- Quoi ?
- Je m’en vais, point. J’irai certes les voir mais ne reviendrai pas."

La claque qu’il prit retentit comme un coup de tonnerre. Mais il releva la tête, avec maintenant une lueur de mépris dans les yeux.

- "Me frapper ? Me forcer à rester ? C’est donc ça ?"

Elle fondit en larmes.

- "Nous t’aimons Gabriel, pourquoi, toi, nous détestes-tu tant ?
- Je ne vous déteste pas. C’est juste un mirage de plus, causé par votre incompréhension.
- Mais si ! Je te comprends ! Tu es mon fils, tout ce que j’ai…
- Tu ferais mieux de mettre cette ardeur pitoyable au service de ta rébellion. Tu vas en avoir besoin."

Un sourire bienfaisant monta sur le visage du jeune garçon, alors qu’il lança un regard manifeste vers les immenses armées en approche.

- "Oublie-moi."

La mère se mit à paniquer, tremblant de tous ses membres à la vue du Royaume, les yeux encore humides, scrutant follement la ligne noire qui se dessinait et la figure rouge. Elle ordonna, bouleversée, d’une voix chevrotante :

- "Gabriel, ne bouge surtout pas, je dois avertir tout le monde, je reviens immédiatement. Ne bouge pas."

Il la regarda courir. Puis tourna les talons, avec la ferme intention de ne jamais regarder en arrière.

- "C’est ça, compte là-dessus. Tu n’as même pas fait attention à ce que j’ai dit. C’est bien la preuve que tu mens comme tu respires."

Il marcha vite, sur les traces des villageois partis. Ses pensées tournées vers une seule et unique chose. Plus de place pour les rêves et l’imagination. Les pieds s’enfonçant dans la poudre blanche à chaque pas, sa tunique rouge perçant le monde délavé, comme l’œil écarquillé du lapin albinos. A chaque crête de colline, il les apercevait là bas, mais s’empressait de redescendre pour ne pas être vu. Tout comme il avait hâte de s’y retrouver à nouveau, de peur de manquer quelque chose.

Après maints efforts, la route le mena jusqu’à eux. Et lui.

Il se tenait seul, ses longs cheveux noirs volant avec la brise. Eto. C’était donc lui. Le mystérieux homme qui l’avait salué pendant le voyage. Cette fois là il portait une armure, peinte de pourpre et de charbon. Cela lui donnait à vrai dire un air encore plus noble que les étoffes. Sa simple présence imposait une impression de grandeur. Contrairement à cette troupe de chiens, ricanant, caparaçonnés dans leurs cuirasses cliquetantes.

Là ou les mots ne suffisaient plus, Eto porta son casque à son visage. Deux grandes cornes et une visière qui n’était autre qu’un masque effrayant. Puis, baissant la tête, il dégaina son long sabre blanc, emboitant le pas.
Les flèches sifflèrent, les flèches trouèrent, mais le seïrdan marcha.
Les hyènes se moquèrent, les hyènes s’enfoncèrent, mais l’homme ne tomba pas.
Quand la pointe effilée leur perça les yeux, quand l’argent tranchant leur coupa les mains, la sombre débâcle commença.
L’innocente neige fut tâchée de rouge pour l’éternité.

Leur lâcheté et leurs rires laissèrent place à la terreur. Et au silence assourdissant.
Le silence porté par chacun des os fracassés, celui de la mort, frappant sans relâche.
De ses doigts tristes et rongés de déception.

Quand enfin le dernier rendit l’âme, la note finale retentit.
Eto s’effondra. Son heaume glissa et roula dans la poudre glacée.
D’abord ses genoux, puis son corps.

Gabriel, plus muet qu’une tombe, vint, porté par le vent, se recueillir devant la carcasse brisée du démon.

- "J’ai tué tous tes pères et c’est auprès de moi que tu viens… ?"

Sa voix n’était que murmure. Ils avaient les mêmes yeux. Ces puits d’eaux grises, dans lesquels on se perdait, sans savoir pourquoi on ne pourrait jamais être aussi pur. Ils se fixaient, on aurait cru qu’ils lisaient en leurs êtres. L’enfant voulait répondre. Mais sa gorge lui fit comprendre que ses mots ne seraient jamais à la hauteur du silence. Et refoula l’air vers ses poumons. Les larmes perlèrent, gelant sur sa figure froide, battue par le souffle hivernal. Eto, tendit son bras mutilé vers la corne, saisit le casque et le posa sur le crâne du petit garçon.

- "Les hommes ne pleurent pas."

Lâcha-t-il, un sourire simple aux lèvres. Les flocons se mirent à recouvrir les corps et le sang, dans ce champ d’armes cassées. Rendant le blanc, frigide.

- "Va te coucher, jeune rêveur… Il se fait tard."

La vie quitta son visage. Sa main fermée s’ouvrit. Un petit parchemin enroulé s’y trouvait.

Le dessin d’un petit château et un court texte.

"Dieu des rêves et des signes
Toi qui fais tomber la neige
Je te remercie de m’avoir un jour
Accordé l’honneur de mourir
Aux côtés d’un de mes frères.
"



Une plaine stérile, des paupières closes. On ne sait pas combien de temps il resta là.

Mais à chaque fois qu’on lui demanda son nom, il répondit "Eto Hachiro".



* * *



Voilà l'histoire d'Eto.
C'est la même que celle de sa fiche, pour ceux qui l'auraient déjà lue.
Je me permet de la poster ici car elle est longue (pour une présentation), et puis je l'aime bien. ^^'
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Récit des rêveries d'une courte vie. Histoire de Gabriel Denroth, ou Eto Hachiro.

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