''L’enfant voulait répondre. Mais sa gorge lui fit comprendre que ses mots ne seraient jamais à la hauteur du silence.''
               
Eto Hachiro
 
''La mort, c’est elle qui vous fait tenir debout. C’est elle qui dicte les actes. C’est elle qui peint le monde. Et elle vous emportera tous.''
               
Querel Sentencia
 
''Je ne ressens que soif et tristesse, la mort est futilité. Je la cherche, peut-être suis-je elle.''
               
Nagate Zetsubō
 
''Udyr, quand tu seras mort, on se souviendra de ton nom. Moi je n'en ai pas, car je ne mourrai pas aujourd'hui. Mais le tien restera gravé dans ma mémoire, et dans celle de tous ceux qui t'ont connu, comme celui d'un homme fort, et digne. Alors va, et éteins-toi avec grandeur, devant tous ces vautours.''
               
Darn Butcher
 
''La nature revivait là où les hommes mourraient, le cycle reprenait son cours normal grâce à l’albinos.''
               
Aikanaro Myrrhyn
 
''Ils ne se battaient pour rien qui n’en vaille la peine. Ils étaient incapables de distinguer ce qui avait de la valeur de ce qui n’en avait pas. Alors pourquoi tant de vigueur à la tâche ? Pourquoi risquer sa vie aussi vainement ?''
               
Alcofrybas Grincebrume
 
''Son regard, depuis toutes ces années, avait appris à parler.''
               
Etan Ystal
 
''Un monde de chaos, de destruction et de malheur, un monde impartial et magnifique, le seul en tout cas, où faire l’expérience de la vie prendrait un sens véritable.''
               
Edwin Gwendur
 
''L’enfer, ce doit être l’enfer : courir pour l’éternité dans un paysage sans fin, sans début. Sans possibilité de repos ou de mort.''
               
Tyrias Marchemonde
 
''Mais sans risque on n'obtient rien, voici ma devise mes amis. Il ne faut pas avoir peur de se salir les mains, il ne faut pas avoir peur de la mort…''
               
Dimitri Morteury
 
''Tomber... Ceci est si abstrait. L'on pourrait se relever plus grand que l'on était.''
               
Yozora Adragnis
 
''Il passa des semaines dans le cachot ayant décidé de s'y enfermer lui-même. Puis, au terme de trois semaines, vous êtes venu le voir et vous lui avez dit : «Les larmes ne sont qu'une faiblesse qu'il te faudra masquer... Si tu veux t'apitoyer, libre à toi, mais, si tu souhaites voir les choses changer, tu le peux toujours. Suis-moi... Mon ami.»''
               
Haar Wilder
 
''Le brin d'herbe ne se soucie guère de ce que font les feuilles des arbres. Mais à l'automne venu, les feuilles ne se suffisent plus entre elles. Elles s'assombrissent, se nourrissant des nuages noirs d'orage. Et alors, elles se laissent tomber sur nous.''
               
Le Peintre
 
''S'il y a bien quelque chose que l'on oublie, lorsqu'une personne est immobile, allongée, rigide, puante à en faire vomir, en décomposition, transportant des milliers de maladies, la peau arrachée et les os jaunes. S'il y a bien quelque chose que l'on oublie, lorsqu'une personne est à six pieds sous terre, devenue la proie des corbeaux, et ses yeux mangés par des fourmis... C'est qu'elle a un jour été orgueilleuse et avide. C'est qu'elle a un jour voulu devenir riche et grande, ou bien qu'elle l'est devenue. Cela ne change rien.''
               
Le Violoniste
 
''La pensée est la liberté, la liberté... Alors, le corps est la prison, le corps est la prison... Il faut casser les barreaux.''
               
Sill
 
''Nous croyons conduire le destin, mais c'est toujours lui qui nous mène.''
               
Setsuna Hendenmark
 
''Fais ce que tu veux avec ces villageois, sauf les laisser en vie.''
               
Kaull Hendenmark
 
''La fuite vers la religion peut être une réponse pour certains. Pour d'autres elle n'est que la simple évidence que l'homme est faible et instable.''
               
Astryl Panasdür
 
''La mort ne cherche pas à s’expliquer, elle ne fait qu’agir, monsieur. Les cadavres ne racontent pas grand-chose, mais vivant, un homme peut en avoir long à dire.''
               
Sanaki Hearthlight
 
''Alors, telle une marionnette cassée que l’on tente en vain d’animer, il se releva, restant digne malgré ses blessures.''
               
Dolven Melrak
 
''Quand le sang coule, il faut le boire. La mort ne frappera pas à votre porte mais s'invitera par vos fenêtres !''
               
Andreï Loknar
 
''Personne ne peut capturer une ombre, personne ne peut la dresser ni se l’approprier.''
               
Jazminsaa Alsan
 
''De la même façon, à l'idée qu'un abruti de scribe puisse teinter ses parchemins de calomnies religieuses, ou pire, me faire porter le titre de héros, je vais préférer m’occuper de l'écriture de ma propre histoire.''
               
Alexandre Ranald
 
''La mort... Si belle et terrible à la fois, elle l'appelait, et l'appelle toujours.''
               
Adam Moriharty
 
''Par nature, j’aime tout. Par conséquence, je me hais…''
               
Samaël Apelpisia
 
''C'est sordide et cruel, mais c'est hélas la réalité de ce monde.''
               
Liam Gil' Sayan
 
''Aujourd’hui sur les terres de Feleth les pensées ne sont plus les bienvenues. Le temps de la renaissance spirituelle est terminé. Le temps où les grands penseurs avaient aidé le monde est révolu.''
               
Héra Calliope
 
''La mort était séductrice ; elle ne montrait que ses bons côtés. La sérénité et le calme absolu : pour toujours et sans violence.''
               
Eurybie Pourrie
 
''J’ai atteint cette espèce de vanité qu’apporte l’ancienneté. Je ne crois plus qu’on puisse m’apprendre quelque chose, et si jamais quelqu’un essaye ou y arrive seulement, je me bloquerais et deviendrais hermétique à tout contact.''
               
Dante Waanig
 
''Je devrais t'attacher, tu deviens dangereux pour toi même !''
               
Jeyra Frozeñ
 
''La beauté des êtres n'était rien. La beauté des choses oui. Mais pas forcement celle que l'on voit avec une paire de rétines.''
               
Akira Satetsu
 
''Le noir. Une étendue sombre en perpétuel mouvement.''
               
Melpomène d'Ambre
 
''Il est des oreilles invisibles qui peuvent entendre jusqu'à nos moindres soupirs et des secrets aux allures anodines peuvent se révéler instruments de destruction et de tourments sans fin...''
               
Cassandre Ombrelune
 
''Le "rien" est tellement plus unique que la peur ou n'importe quel autre sentiment...''
               
Meryle Nightlander
 
''Ce n'est pas le nombre ni la force qui compte, c'est l'envie, la cause.''
               
Luyak Salamya
 
''L'innocence d'un enfant est la plus grande peur de l'homme.''
               
Clause Vaneslander
 
''Quand il lui manque une marionnette pour ses spectacles. Il verrait en vous la chose qu'il cherche.''
               
Jack D'enfer
 
''Il n'a pas de notion réelle du bien et du mal, personne ne lui ayant jamais défini ces mots.''
               
Jim Stocker
 
''Je n'ai vu aucune lumière, aucun goulet, pour sortir du boyau infini et obscur que nous empruntons tous, jusqu'à la promesse d'une nouvelle vie, de la transcendance et de la connaissance. Alors, mes yeux se sont adaptés aux ténèbres.''
               
Shaquîlah Dresdeïorth
 
''Le pouvoir ronge l'homme.''
               
Balthazar Bel
 
''Visiblement, la sérénité n'avait de valeur que si on connaissait également, en comparaison, des moments de troubles.''
               
Dranek Barth
 
''Le faible se faisait tuer, le fort vivait un jour de plus.''
               
Rodany Bleinzen
 
''Le soleil se couchait sur le monde du milieu. Les ténèbres se paraient de leurs plus somptueux apparats pour enfin faire leur entrée.''
               
Rin Mephisto
 
''Et alors il vit le chaos, la désolation, la souffrance le désespoir ambiant. Il rit.''
               
Elrog Aniec
 
''Perdu quelque part, marche vers nulle part.''
               
Kyle Wate
 
''La rose n'a d'épines que pour qui veut la cueillir.''
               
Karin Yzomel
 
''- Je peux vous prédire le genre d'homme qui vous convient !
- Je connais déjà mon genre d'homme.
- Vraiment... Et quel est-il ?
- Les hommes morts.''
               
Naladrial Delindel
 
''Utilise tes pouvoirs seulement quand le noir deviendra invivable.''
               
Zedd McTwist
 
''Tes cauchemars m'ont déjà donné l'encre... À présent, ta peau me donnera les pages !''
               
Conrart Crowlore
 
''Bien des gens se font enfermer dans un cercueil une fois mort, mais rares sont ceux qui naissent dedans.''
               
Dassyldroth Arphoss
 
''Le corbeau frénétique qui vous nargue de sa voix perchée, agite ses ailes damnées, où le reflet d'un mort se penche sur votre âme.''
               
Lust Aseliwin
 
''La vie est un mensonge, la destruction une délivrance.
Passent les marées, soufflent les vents, en vain...''
               
Le Passant
 
''Fauche, tranche et avale, gouffre des âmes. Que se dresse devant toi mille fléaux, et que l’enfer se glace devant ta noirceur.''
               
Lloyd Vilehearth
 
''Des charognards pour la plupart, comme ces corbeaux à deux têtes, venant dévorer le valeureux mort.''
               
Meneldil Tristelune
 
''Nous sommes les bourreaux de la justice et de la paix. Même si ce rôle n'est pas agréable à endosser, nous nous devons de le faire, pour le bien du peuple.''
               
Ezekiel Le Sage
 
''Il me tarde de retourner au combat pour finir empalé sur une pique.''
               
Karl Von Morlag
 
''Montre-moi le chemin de la victoire. Ou guide-moi alors dans les tréfonds de la mort...''
               
Aznan Lauréano
 
''Comment peux-tu supporter ça ? C'est assourdissant ! Tue-le ! Qu'est-ce que ça te coûte ? Tu ne l'entendras plus. Tu seras en paix... Tue-le !''
               
Aïden Sochlane
 
''- Faites taire votre cabot !
- Je ne suis pas votre servante !
- Alors je le ferai taire moi-même !''
               
Rosaly Von Gregorius
 
''Le seul présent que la justice a à vous offrir, est votre mort.''
               
Mirage Morteury
 
''Laissez-moi vous conduire aux carnages.... Tant d'âmes ne demandent qu'à succomber.''
               
Idryss Leeverwen
 
''Le soleil est un bourreau. D'une simple caresse, sa langue enflammée peut calciner n'importe quel être.''
               
Seïren Nepthys
 
''C'est une nuit sans lune. Ou bien était-ce un jour sans soleil ?''
               
ShuiLong Zhang
 
''La vie est un rouage lent et grinçant. Il ne tourne que dans un sens. Celui où tu tombes.''
               
Camelle Elwhang
 
''Et un jour, sur vos lits de mort, bien des années auront passé et peut-être regretterez-vous de ne pouvoir échanger toutes vos tristes vies épargnées à Feleth pour une chance, une petite chance de revenir ici et tuer nos ennemis, car ils peuvent nous ôter la vie mais ils ne nous ôteront jamais notre liberté !''
               
Edouard Neuman
 
''Le temps est la gangrène de l'homme, elle apparait puis vous ronge à petit feu. Pour finir il ne vous reste plus que le présent pour vivre ; le passé s'évapore peu à peu et le futur ne vous intéresse guère.''
               
Asgeïr Aslak
 
''Cueillir la fleur de la déchéance et croquer dans la pomme de la faucheuse, nos vies se résument à cela car après tout, nous finissons à une moment où un autre, tous sous terre.''
               
Violette Dellylas
 
''Le pire n'est pas de mourir, mais de se faire oublier.''
               
Erwan Daermon Do'Layde
 
''Tenter d'oublier, même si c'était impossible. Il aurait aimé se jeter à la mer avec la preuve de son acte immonde. Laver tout ce sang qu'il sentait sur lui. Peut-être même s'y noyer, simplement. Sombrer dans les abysses et les ténèbres, pour toujours.''
               
Mio Raeth
 
''La lumière montre l'ombre et la vérité le mystère.''
               
Aeli Seoriria
 
''Si la vie n'a qu'un temps, le souvenir n'a qu'une mesure. Le reste est silence.''
               
Valt Horn
 
''Dans le noir le plus complet, l'aveugle est la meilleure personne à suivre. Dans un monde de folie, qui mieux qu'un fou pour nous guider ?''
               
Ledha Borolev
 
''Je ne crois pas en la force d'un absent. Celle qui ferait de vos dieux ce que vous pensez qu'ils sont.''
               
Gigantus Corne
 
''Une limite qui n'a été créée que pour être dépassée ? C'est simple, imaginez !''
               
Goudwin Didrago
 
''Voir grouiller tous ces gens, connaître leurs désirs et leurs rêves, voir comment évoluent les sociétés, leurs aspirations et leurs défauts. Comprendre que donc rien n'est éternel, et que tous ces rêves et toutes ces folies disparaîtront de la surface du monde. Se laisser aller, indolent, parce que tout cela ne servira à rien, et qu'au bout du compte le monde reste le monde, seule éternité immuable.''
               
Uridan Sangried
 
''L'Inquisition vous remettra sur le droit chemin. Même s'il faut vous briser les jambes pour ça.''
               
Leevo Shellhorn
 
''N'oublie pas d'avoir peur des morts. Ils sont toujours plus nombreux que les vivants, et un jour, tu les rejoindras.''
               
Moira Brawl
 
''J'avais l'habitude avec ce genre d'individus... Moins vous bougerez, moins vous leur parlerez... et moins ils vous cogneront dessus.''
               
Aoi Haandar
 
''Je souhaite voir votre sang se répandre mollement à la surface d'une eau rendue trouble par les masses de cadavres vidés de leur substance, marcher dans les champs de vos ossements éparpillés, me remémorant à chaque pas votre mort absurde et pathétique, que vos noms ne soient pas contés, que votre souvenir s'éteigne comme s'éteint votre vie fade et misérable, qu'à travers les années, seuls subsistent vos ossements tels de tristes traces blanchâtres dans un paysage noir de guerre, de sang et de folie.
Et que telles cette phrase, vos morts n'aient aucune importance, aucune signification pour quiconque.''
               
Nargheil Eoss
 
''Bénie soit la haine que tu porteras à ton prochain, lave l'Homme des péchés qu'il a commis.
Sois l'épée du jugement qui s'abattra sur cette race impure, souillée par la vengeance et la corruption.''
               
Meiro Fuuchiuse
 
''Notre futur exprime nos actes passés.''
               
Terence Ripper
 
''Rencontre les ténèbres et tu admireras la lumière, dit le voyant.
Contemple la lumière et tu provoqueras les ténèbres, dit l'aveugle.''
               
Tekian Varis
 
''Un général courageux et fier, est celui qui exécute en premier l'ordre qu'il donne à ses hommes.''
               
Danarius Kyrarion
 
''L'art est le sentiment obscur de l'appropriation de l'étrange.''
               
Leroi-Gourhan
 
''La mort nous sourit à tous, et tout ce que nous pouvons faire, c'est lui sourire en retour.''
               
Marc-Aurèle
 
''L'art est la mystérieuse présence en nous, de ce qui devrait appartenir à la mort.''
               
Malraux
 
''L'art est une profondeur creusée dans le visage du monde.''
               
Weischedel
 
''Le néant après la mort ? N'est-ce pas l'état auquel nous étions habitués avant la vie ?''
               
Schopenhauer
 
''Les avocats d'un malfaiteur sont rarement assez artistes pour tourner à l'avantage de leur client la belle horreur de son acte.''
               
Nietzsche
 
''Ôte-toi de mon soleil.''
               
Diogène le cynique
 
''Il y a pas d’œuvre d'art sans collaboration du démon.''
               
André Gide
 
''Ce n'est pas le lieu mais son cœur qu'on habite.''
               
John Milton
 
''Nous sommes les histoires que nous vivons.''
               
Auteur inconnu
 
''La mort est terrible pour n'importe qui. Bons ou mauvais, anges ou démons, c'est la même chose. La mort est impartiale. Il n'y a pas de mort particulièrement horrible. C'est pourquoi la mort est effrayante. Les actes, l'âge, la personnalité, la richesse, la beauté... Tout ça n'a aucun sens face à la mort.''
               
Fuyumi Ono
 
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 Ce qui ne nous tue pas nous rend...plus bizarre.

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Synëal Muspell

♘ | le Botaniste Ardent

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Synëal Muspell
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Race : Syrinx
Classe : Ensorceleur
Métier : Botaniste
Messages : 174

Fiche de Personnage : Le Botaniste Ardent


Ce qui ne nous tue pas nous rend...plus bizarre. _
MessageSujet: Ce qui ne nous tue pas nous rend...plus bizarre.   Ce qui ne nous tue pas nous rend...plus bizarre. EmptyMar 11 Juin 2013 - 21:35


La nuit était profonde, profonde et sombre comme la gorge d'un immense monstre malsain dont l'haleine glaciale figeait le temps. Une légère brise faisait frémir l'atmosphère, et susurrait un chant inaudible pour qui en était insensible. L'obscurité avait un poids semblable à celui d'une épaisse chape de laine. Je me diluais dans cette immensité assombrie, au milieu des ombres infâmes des habitations décharnées des vieux quartiers de Madorass. Des feulements dans le noir laissaient supposer que les occupants de ces lieux malfamés préféraient éviter ma présence même s'ils ne l'acceptaient pas tout à fait. Des paires d'yeux plantés dans des visages cachés croisaient mon regard et se soustrayaient aussitôt à ma vue. Un chat noir flâna entre mes jambes en frottant son dos contre mon mollet, avant de détaler au détour d'un cabanon sans aucune raison. Je reniflai. Quelque chose irritait mes muqueuses et les asséchait même. L'air ici-bas n'était pas aussi pur qu'il devrait l'être. Néanmoins, il me suffisait de suivre de fumet curieux pour trouver ma destination.

Arrivé devant une ancienne enseigne de boucher, je toquai deux fois à la porte. Le silence et l'écho du bois sous mes doigts me répondirent. Je réitérai, mais sans plus de succès. Je jetai un œil à la fenêtre crasseuse et glissai ma main dessus pour en effacer la poussière jusqu'à me rendre compte qu'un dépôt d'humus s'y était déposé. Je déglutis en sentant l'angoisse sourde faire battre mon cœur plus vite. Les colporteurs que j'étais censé rencontrer n'étaient sans doute pas ceux auxquels je m'attendais. Je portais mes doigts verdis à mon nez et fit une grimace. Un doute me prit, et je me rendis compte que j'étais partagé en un curieux dilemme. Rebrousser chemin et trouver le vrai lieu de rendez-vous, ou forcer la porte en espérant que ses propriétaires ne m'en tinrent pas rigueur. Mais l'odeur de camomille sur mon index ne cessait de faire pencher ma décision en faveur de la deuxième suggestion.

Je saisis alors la poignée et enfonça la cloison d'un brusque coup d'épaule. La porte n'opposa pas plus de résistance que si elle était déjà ouverte. Le cadenas fissuré tomba sur le sol dans un cliquetis. Un cadenas? Pourquoi l'avait-on posé? J'étais pourtant convaincu que...

Les ténèbres finissaient d'envahir la pièce qui semblait refléter d'une étrange lueur juste après que j'eus ouvert la porte. Des pots où dépassaient des fleurs singulières étaient rangés le long d'une étagère plantée dans le mur opposé à celui devant lequel je me tenais. Le râle du vent, impuissant, filtrait à travers une commissure entre les planches de bois. Je m'avançai dans la pièce, alors que le plancher friable chuintait sous mes pas ; je tendis la main et touchai la feuille d'un des végétaux d'un air circonspect. Curieux spécimen. Ses ramifications ne présentaient pas la structure qu'on pouvait attendre d'une plante ordinaire, et tout portait à croire qu'au vue de sa coloration jaune-brunâtre, elle ne se nourrissait absolument pas de chlorophylle. J'en détachai une feuille et la portai à mes lèvres. Le goût âcre, si peu commun, me la fit recracher aussitôt. Je me nettoyai la langue avec une moue de dégoût quand une voix monta des ombres.


« Je savais que vous l'apprécieriez. » Je réprimai un sursaut et me tournai vers la silhouette qui se découpait dans l'espace sombre formé par deux pans de mur. Je fronçai un sourcil interrogateur en dévisageant l'individu au visage boursouflé, aussi pâle que celui...que le mien. Il se détacha du pan de mur sur lequel il était appuyé et s'avança vers moi, avant de se tourner vers la lignée de pots. « Si cela avait été l'inverse, vous seriez déjà mort de toutes façons. »Il émit un soupir attristé, comme si l'éventualité de ma mort aurait pu lui inconvenir.

Je plissai les yeux d'un air interrogateur, et tirai une nouvelle feuille de son branchage, sans lâcher l'inconnu du regard.
« Comment ça? Que voulez-vous dire? »

Il baissa la tête vers ma main qui tenait l'étrange pousse, et me rendit un regard froid, passablement ennuyé. « Eh bien, vous seriez obligé de sortir d'ici les pieds devant, voilà ce que je veux dire. »

Il avait réussi à me piquer au vif. Il s'adressait à moi comme à un attardé. S'il advenait que je perdais mon temps ici, je l'étranglerais de suite avec ses boyaux. «  Non, je souhaitais seulement savoir par quel miracle pourrais-je mourir à cause d'une simple plante. »

Il me dévisagea avec un profond air de suspicion, plus agaçant encore que le ton qu'il avait employé. Quel qu’était son rôle dans le message qu'on m'avait adressé, ce type ne resterait pas longtemps debout. « Vous n'êtes pas le prétendu Synëal Muspell que je devais rencontrer...Il y a des plantes toxiques pour le chardon, savez-vous. Sauf que le chardon a divers moyens de défense contre ce qui peut lui nuire. Ses pointes sont agréables à regarder, sa fleur est aussi belle qu'une orchidée, mais la capillarité de ses racines...sa floraison rapide...La façon à laquelle il s'adapte à son environnement est fascinante, mais la façon à laquelle il disparaît est tout à fait spectaculaire aussi. » ,expliqua-t-il en levant un doigt docte.

Il me faisait tant bouillir les sangs que je sentais mes pommettes me brûler. Alors que j'admirai à nouveau les plantes d'un air perplexe, il alla regagner le pan de mur ouvert et jeta un œil par-dessus son épaule.
« Suivez-moi. »

Tout en m'exécutant, je répliquai. « On m'a fait venir ici. Pour une mission. Je dois retrouver quelqu'un

-Et ce n'est pas moi », dit-il en me précédant dans une volée de marches qui s'enfonçait dans des ténèbres encore plus épaisses qu'au dehors. Je lui réponds avec étonnement. « Pardon?

-Ce n'est pas moi que vous devez retrouver en tous cas. Je dois vous mener auprès de votre commanditaire qui doit se trouver au sous-sol. Prenez garde, il n'a pas autant de patience que moi. Il considère qu'il n'a pas de temps à perdre auprès de gens lents d'esprit. »

Je saisis alors son épaule d'une poigne de fer pour le faire tourner vers moi, m’emparai de son col et le plaqua si violemment que le mur en trembla. Mon avant-bras contre son cou, je fis pousser une tige fine de la paume de ma main qui alla s'appuyer contre sa peau tendue. « OSE. OSE encore une fois me dire que je suis lent d'esprit et je te dévore moi-même les entrailles à la petite cuillère, avant de te faire disparaître dans un bain d'acide, foutre d'âne! » Enfin le masque impassible de son visage se fissura, laissant transparaître une ombre de peur. Ses pupilles dilatées trahissaient alors l'angoisse de se voir subir un tel sort. Alors qu'il restait muet, j'ajoutai. «  En fait, je me demande même ce qui m'empêche de le faire ici, maintenant. » Il détailla chacun de mes yeux, comme pour y voir une mauvaise plaisanterie, mais il n'en était rien. Mes yeux ambrés luisaient d'une telle folie que je sentais un lien invisible se tisser entre nous, au travers de nos regards, celui où je véhiculais toutes les images propres à la fureur que m'inspirait un être aussi insipide et insignifiant que lui qui se permettait de me juger. Haletant, je finis par le relâcher, et repoussai une mèche de cheveux derrière mon oreille. «  Bien, maintenant, conduis-moi à lui. Je n'ai pas encore une telle finesse de savoir pour connaître où se cache ce bougre. »

Il hésita quelque peu mais finit de descendre les escaliers et poussa un chambranle en bois, qui pivota en grinçant sinistrement. Il me laissa passer devant et je le toisai encore un instant avant de le dépasser. Je me retrouvai à franchir un couloir où pendaient divers outils destinés à la moisson. Il y avait là des faucilles qui oscillaient paisiblement sous une brise invisible et qui cliquetaient comme des sinistres carillons. Je m'assurai qu'il ne s'en servit d'aucune tout en longeant le corridor puis poussai une autre porte. Un courant d'air me cueillit en plein visage et une lumière vint éblouir momentanément mon regard. Je me réfugiai derrière ma manche et me demandai tout à coup ce qui pouvait créer tant de clarté. Alors que mes yeux s'habituaient à ce phénomène soudain, je distinguai un siège découpé dans un tronc, où était installé droit comme un i un homme aussi pâle que moi et l'abruti. Sur notre droite, un arbre ployait sous le côté, un arbre dont l'écorce était emprunte d'une teinte bleuâtre, voire phosphorescente. Quelques lucioles butinaient ci et là directement dans la chair de ce végétal singulier. Une fois leur trompe plongée entre deux enveloppes de bois, leur abdomen se mettait alors à flamboyer comme une petite étoile. Assistant à ce spectacle incomparable, j'en oubliai où j'étais. La plante de l'étage et maintenant cet arbre...Par quelle magie cela pouvait-il être possible?

« Synëal Muspell. », m'apostropha l'inconnu de sa voix aussi graveleuse que la surface d'un caillou usé.

«  Je n'ai pas l'honneur de vous connaître, messire », m'enquis-je d'une voix guindée. L'idée d'une révérence m'avait frôlé l'esprit à ce moment, mais je n'en fis rien. Il avait certes la voix d'un roi mais sa posture démontrait tout le contraire. Si j'avais à le qualifier, j'aurai plutôt opté pour le terme ''prêtre''.

« Et ça ne sera pas nécessaire. »

Mon guide fila derrière moi comme un chat apeuré et alla se ranger près du siège de bois, sans plus m'adresser un seul regard. « Comme vous, nous sommes deux Syrinx. Je suis né dans une mangrove, et votre nouvel ami, Fensworth, vient d'une camomille. Ce n'est pas important pour l'instant, mais cela permettra d'apporter quelques réponses aux questions que vous devez sans doute vous poser. Et je vous ai fait venir, non pas pour que nous rencontriez, nous, mais parce que nous devons chercher une certaine personne dotée d'un don unique. Une personne qui peut se servir de l'esprit. »

À cette évocation, je ne sus pourquoi, je repensai au goût amer de la fleur qui ne s'alimentait pas en chlorophylle.
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La Spiriphage



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La Spiriphage
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Race : Demon Commun.
Classe : Spiriphage.
Métier : Bourreau.
Croyances : /
Groupe : Alliance des Ombres- Confrérie des Ombres

Âge : 26 années recensées.

Messages : 16

Fiche de Personnage : Symbiose cadavérique.


Ce qui ne nous tue pas nous rend...plus bizarre. _
MessageSujet: Re: Ce qui ne nous tue pas nous rend...plus bizarre.   Ce qui ne nous tue pas nous rend...plus bizarre. EmptySam 22 Juin 2013 - 23:35





La nuit était d’encre et en son sein de dessinait les courbes légères d’un humain. Ses pieds foulaient la terre avec une lassitude pensante. L’ombre l’enserrait dans ses grand bras et la lune tout sourire, l’observait. Ses habits n’étaient pas beaux. Ils n’étaient pas riches dentelles et lin raffiné. Souillon crotté menant à la conclusion que cet humain faisait partit de la Ville Basse : celle des petites gens, celle aux rues étroites et où la disette qui commençait à frapper ne rapportait sur la table qu’une miche de pain. Il n’y avait plus rien, dans cette ville là, que cadavre en vie. Que corps décharnés abandonnés à la bestialité de la nécessité. Ceux que l’on appelait les Raisonnables se répugnait à piller. Il se répugnait à tant et tant de choses que leurs enfants n’hésitaient plus à tuer le matou maigrelet passant par là.
Et ils le regardaient se vider de son sang.
Et ils le mangeaient si précipitamment que les petits os étouffaient une fois sur quatre la gorge de l’imprudent fils de Raisonnable.
La poissonnière vendait les poissons de toute une semaine. Même le sel ne parvenait pas à garder la chair intacte. Mais qu’importe ! Les honnêtes gens affamés se ruaient tantôt sur la perche, tantôt sur le cabillaud même si cela-mêmes étaient flétris, rongés par la pestilence et la nécrose.  Aussi, cette dernière ne s’attaquait pas qu’aux poissons de la rue des Lavandières, non. Elle noircissait la viande. Qu’elle sois animal ou humaine. C’est bien pour cela que l’humain qui déambulait si tard avait les pieds cloqués d’une noirceur répugnante. Pire encore était l’odeur que ces plaies purulentes dégageaient. Ses jambes malingres laissaient apercevoir des os fins. La cape trouée et raccommodée au possible ne parvenait plus à cacher ces bubons qui avait lentement pris possession du corps aliéné à la faim et la soif. Aliéné aux conditions plus que mauvaises de la Ville Basse. La terre devint meuble sous ses orteils. Le clocher sonnait encore. Vingt et un coup régulier et lent, complainte mélancolique. La silhouette marchait encore et encore pendant plusieurs minutes. Des minutes qui lui paraissait siècles. Des minutes que le Temps lui prenait. L’humain savait très bien qu’aucun remède ne l’aiderait plus. La Pestilence était bien trop profondément ancré sur son âme. Puis l’humain tomba à genoux. Il tendit sa main qui rencontra bientôt la pierre froide et impassible. La terre était fraiche. Aucune fleur n’avait encore pris possession de la stèle. La forme sanglota, sa main posé sur le mémorial d’on ne sait qui. Le capuchon tomba révélant une jolie tête blonde. Ses cheveux avaient dû être resplendissant comme les blés. A présent ils n’étaient plus que rêches et tombaient par poignet. Elle pleurait, la petite silhouette du cimetière. Oh oui, elle pleurait tant et tant que même la nécrose naissante sur son visage semblait mouillée par ses pleurs et non par le pu odorant qui suintait doucement à chacune des contractions de ses muscles. Elle était jeune. Quatorze printemps tout au plus. Une jeune femme à peine fleuris que la maladie avait si profondément atteinte qu’elle semblait vieille. Et les pommettes saillantes donnait un air plus maladif encore à son visage. A son doigt osseux se tenait une bague. Etait-ce donc là la tombe de son époux ? Dans la Ville Basse, ça ne se passait pas comme ça. L’on donnait les jeunes filles après leur saignée à qui le voulait bien. Leur dot n’était pas grosse, voir inexistante, aussi comprendrez-vous que la famille donnait au moins regardant. Qu’il eu quarante années de plus et cela ne changeait rien. L’on disait : « C’est un homme Raisonnable, qui plus est, un homme mûr ! Un homme qui sait y faire. Donnerons certainement de beaux bébés barbiers ! », car oui, le métier le plus spirituel dans la Ville Basse était celui là. Un enfant qui devenait barbier était comme si un petit seigneur tout grossis du lait maternel s’engageait pour le Royaume. Une gloire, un honneur !

La demoiselle se releva de son séant. Elle avait pleurer longtemps, là, sur le sol qui sentait l’humus. Enfin, qui sentirait si son humeur n’avait pas si forte en nez. Elle repris la route, chancelante. La fatigue l’avait certainement gagnée. Elle n’avait point beaucoup de force à offrir. Ou était-ce peut être la tristesse qui embrumait sa raison, tant et si bien qu’elle ne savait même plus poser un pied devant l’autre ? La logique mènerait à penser qu’il s’agissait avant tout d’un peu des deux. Elle avançait toujours sous la nuit mais ne semblait pas tellement savoir où elle allait. La Spiriphage sortit de sa cachette en embrassant les ténèbres qui régnait dans la chambre des morts. La jeune fille ne s’en rendit pas compte tellement la peine la rongeait. Elle la percuta. « ‘Scusez moi ! Oh oui, scusez moi m’dame, j’z’avais pas vu ! ». La Spiriphage la dévisagea quelque peu. Elle avait le parlé typique des gens du Madorass pauvre. Un accent très prononcé sur les voyelles fermées et une manie à manger la moitié des mots. « Que faites vous là, si tard Mademoiselle ? ». Un long moment s’en suivit sans un bruit. Seulement le froissement des ailes des oiseaux nocturnes qui passaient par là en espoir de proies faciles. Même pour eux, survivre devenait de plus en plus dur et beaucoup migrait dans les terres où la végétation semblait plus abondante. « Je…Mes parents… J’rendais un hommage à eux. V’savez, l’m’a pas laissé venir les voir une dernière fois ‘lors j’me suis échappé cte nuit. Et ptêt’ celle d’avant aussi. Mais c’soir j’rentrerais pas ! ». Elle pensait savoir de quoi parler la jeune femme grêlée mais elle prit un air doucement surpris. « Qui vous as donc empêché de dire au revoir à vos parents mademoiselle ? Il me semble de les sœurs de l’hospice accorde aux orphelins une journée de deuil. ». La Nécrosée baissa la tête. « M’dame… Pas mad’moiselle. C’mon mari qui m’a empêché. ». Elle commença à pleurer à nouveau, bruyamment cette fois-ci. « C’mes parents ! M’ont vendus pa’ce qu’ils z’étaient rien à bouffer ! L’disaient qu’c’était d’ma faute ! Msieu Danolep l’est très gentil qu’ils m’avaient dit ! Mais moi, jle connaissais l’vieux boucher ! J’y allais plus à la rue du Carmin ! Jsavais qu’il avait des vus sur moi ! Quand j’étais p’tite, qu’ma mère m’envoyait chez lui, il… il… ». Ses sanglots redoublèrent. « C’dleur faute ! Moi j’étais amoureuse d’Lucien, l’fils du boulanger ! M’avait même promis d’d’mander ma main dans deux ans ! J’leur ai dit mais voulaient pas l’entendre ! Jsuis malade à cause d’la viande avarié qu’il me donne ! Et faut-il qui m’la donne… L’dit souvent que tous s’mérite et puis après ça il m’oblige à… ». Elle pleurer tant et tant que la Spiriphage commençait à s’ennuyer de son récit. « C’t’autant un cochon qu’les porcs qu’il zigouille ! Jveux plus êt’ sa femme… Denis, l’fils du boulanger m’a dit qu’il viendrait m’prendre ce soir au cimetière ! L’est pas v’nu… ». La jeune femme éclata d’un rire franc et cristallin. « Il ne viendra pas. L’enfant qui t’as donner ce rendez vous ‘de la part de Denis’, je l’ai payé. Après avoir tué Denis, bien sûr. ». La jeune femme écarquilla les yeux. Elle aurait voulue courir mais ses jambes refusèrent. « Connais-tu la Confrérie de Ombres, jeune fille ? ». Sa gorge ne laissait sortir aucun son, alors se contenta-t-elle d’hocher la tête. « Bien. C’est ton mari qui m’envoie. Il m’a payé pour te rendre la monnaie de la pièce. A vrai dire, il pense que tu le trompais avec ce Denis… Mais qu’importe. Je viens remplir ma mission pour un Affidé. ». Sur ces mots elle sortit une petite dague qu’elle enfonça prestement dans le gosier de la Nécrosée. Le sang gicla. De toute façon, elle n’aurait pas vécu très longtemps et même si ce travail de sagouin ne lui plaisait pas, on l’avait envoyé elle. Elle se devait de répondre le plus prestement possible aux attentes du client. Puis une puissante vague de plaisir l’envahit. La Spiriphage pencha la tête en arrière, tandis que le corps tombait lourdement dur le sol. Elle se sentait forte. Puissante même… « La Justice, la Souffrance et la Gloire. ». Elle se pencha sur le cadavre et le regarda se vider lentement de son fluide vital. La situation était même un peu saugrenue : n’était-ce pas là l’endroit parfais pour un mort ?
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Synëal Muspell

♘ | le Botaniste Ardent

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MessageSujet: Re: Ce qui ne nous tue pas nous rend...plus bizarre.   Ce qui ne nous tue pas nous rend...plus bizarre. EmptyDim 1 Sep 2013 - 23:46

Lorsque je ressortis de ce capharnaüm, c'était comme quitter le Vein lui-même. Malgré que j'appréciais quelque peu les décors où la vie se frayait un chemin fastidieux dans la mort, je devais dire que le mode de vie de ces Syrinx n'entrait pas dans mes critères favoris. La voix de l'inconnu émergea dans mes souvenirs en les écartant impunément, se permettant de me rappeler ouvertement la mission qu'il m'avait donné. Retrouver celle qui savait jouer avec l'esprit. Ou les esprits ? Qu'en sais-je au final ? Question concision, on ne pouvait pas faire mieux. J'avais du me contenter de quelques informations édulcorées, comme si mes mandataires espéraient qu'un miracle arrive au cours de mes recherches et que je trouve une solution en bénissant les cieux de leur intervention...Je pestai en décochant un coup de pied dans un pavé déchaussé. Je fourrai mes mains dans les poches de ma veste en lâchant un grand soupir dépité.

A quelques toises devant moi s'étendait le cimetière de Madorass, un amalgame de marbre et de bois disposé de telle façon que la terre s'engonçait de cercueils dévorés depuis des années, dont certains agencements laissaient à désirer. L'un d'eux avait été enterré d'une façon fort peu probante car les dernières pluies avaient fait remonter la bière à la surface. Un coin pourri dépassait maintenant du sol, et à s'y méprendre, on aurait dit qu'une planche latérale avait été arrachée.

Un instant plus tard, j'inspectai le phénomène avec un intérêt sordide. Je promenai ma main sur le bois rêche avec perplexité, accroupi dans la terre encore noire d'humidité. Fascinant. Qui aurait pu penser que la Terre elle-même rejetterait un macchabée ? Cela avait un côté vite risible aussi. Si le bougre avait espéré en plus une mort digne de ce nom, son projet avait échoué. Un détail frappa alors mon attention et je me mis à écarter une motte de terre de l'ouverture formée par le délabrement de la planche en question. Une main refermée sur elle-même, un poing en somme, était tordue dans un angle étrange, mais le fait est que le morceau de bois ne s'était pas défait par l'action du sol engorgé de pluie. Un rire m'échappa.

« Ce type a été enterré vivant », susurrai-je, les yeux flamboyants d'admiration.

Une rapide investigation confirma mes pensées. La personne a l'intérieur avait frappé de toutes ses forces sur le côté pour pulvériser sa prison en pin, mais l'air lui a manqué avant même qu'il ait pu réussir son évasion. Je frôlai du doigt les carpes de sa main. Dommage, il avait été si près du but. Je me redressai en poussant sur mes genoux. Voilà qui remontait mon moral. Un peu de dérision, une découverte inattendue, c'en était assez pour faire sourire et donner une nouvelle perception à cette journée qui s'annonçait morne.

Le cimetière s'étendait sur une superficie de plusieurs lieues, et histoire de tuer le temps, je hantais chaque rangée, épousant du regard l'ensemble du panorama lugubre afin qu'il ne constitue plus que mon seul horizon. Je dénotais aussi le nombre d'anomalies caractéristiques d'enterrements accomplis en quelques minutes, le nombre de fleurs ou d'offrandes sur ceux qui ont eu lieu en grande pompe. En passant près d'un horrible orifice dans le sol, qui avait soit-dit en passant éventré littéralement un cercueil, je sentis une curieuse bouffée d'exaspération. Qui pouvait perdre son temps à exhumer les morts ? Je comprenais qu'on puisse ensevelir une personne de son vivant, mais de l'en faire sortir alors que les asticots la transformaient en banquet royal ? De mon avis, c'était d'une inanité révoltante.

Alors, tandis que je descendais d'un pas nonchalant les lignes de tombes, la mine de plus en plus illuminée, je perçus des sanglots et une voix trouble, étouffée dans son chagrin, baragouinant dans un babillement agaçant. Non sans me presser, je me dirigeai vers l'éplorée, et m'aperçus quelques secondes après qu'il y avait deux personnes installées devant une stèle. J'avisai du regard l'ensemble des rangées et constatai avec satisfaction que nous n'étions que trois dans cet endroit hagard. Sans vouloir écouter ni espionner tout à fait leur conversation, j'entendis néanmoins quelques bribes. Rien que des lamentations sur une vie conjugale gâchée et bafouée par un mari absent, ou au mieux infidèle. Je ne saisis pas toute la teneur de la tirade mais ces atermoiements me laissèrent de glace. Alors que je décidai d'y mettre un terme en y mettant mon grain de sel volontairement, je vis quelque chose briller dans l'éclat pâlot du soleil et une estafilade pourpre jaillit en s'élevant comme un arc-en-ciel aux teintures apocalyptiques avant d'en arroser la tombe de son cramoisi liquide.

J'approchai d'un pas, et dus m'appuyer sur une grande sépulture pour étouffer le craquement d'un amas de cailloux sous le pied. Je me maudis pour avoir produit ce bruit qui trahissait ma présence. Cependant, la meurtrière ne me repéra pas. Elle se contenta de lâcher quelques mots pour la dépouille étalée comme un linge sale devant elle. Je repris mon souffle. Sans m'en rendre compte, j'avais contracté tous les muscles de mon corps, et je m'étais même interdit de respirer. Je posai un pied devant moi puis un autre, avant de me sentir totalement ridicule. Alors j'avançai franchement vers l'inconnue, me penchai pour saisir au vol une poignée de terre, et la jetai négligemment sur les haillons de la morte.

« Tu as eu une vie gâchée par l'amour, mais ton sort ne sera pas vain, tu serviras de festin final. », soufflai-je solennellement, les yeux clos, mais pas tout à fait, je gardai un œil entrouvert pour la petite lame que la petite cachait dans son poing. « Dîtes-moi, vous tuez souvent ? Parce que là, j'ai envie de vous dire, c'est un peu bâclé cette manière de faire », fis-je en désignant l'ensemble d'un doigt hasardeux, « Regardez, il y en a partout. » Je marquai une pause. « Ce n'est même pas de l'art... »

Je fis le tour du cadavre, en m'y penchant dessus, plissant des yeux pour distinguer la coupure camouflée sur une touffe de cheveux sales. Je repoussai son visage de la pointe du pied afin que la gorge se révèle. « C'est amusant. Elle a rendu son souffle quelques secondes après que je sois arrivé. »
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