''L’enfant voulait répondre. Mais sa gorge lui fit comprendre que ses mots ne seraient jamais à la hauteur du silence.''
               
Eto Hachiro
 
''La mort, c’est elle qui vous fait tenir debout. C’est elle qui dicte les actes. C’est elle qui peint le monde. Et elle vous emportera tous.''
               
Querel Sentencia
 
''Je ne ressens que soif et tristesse, la mort est futilité. Je la cherche, peut-être suis-je elle.''
               
Nagate Zetsubō
 
''Udyr, quand tu seras mort, on se souviendra de ton nom. Moi je n'en ai pas, car je ne mourrai pas aujourd'hui. Mais le tien restera gravé dans ma mémoire, et dans celle de tous ceux qui t'ont connu, comme celui d'un homme fort, et digne. Alors va, et éteins-toi avec grandeur, devant tous ces vautours.''
               
Darn Butcher
 
''La nature revivait là où les hommes mourraient, le cycle reprenait son cours normal grâce à l’albinos.''
               
Aikanaro Myrrhyn
 
''Ils ne se battaient pour rien qui n’en vaille la peine. Ils étaient incapables de distinguer ce qui avait de la valeur de ce qui n’en avait pas. Alors pourquoi tant de vigueur à la tâche ? Pourquoi risquer sa vie aussi vainement ?''
               
Alcofrybas Grincebrume
 
''Son regard, depuis toutes ces années, avait appris à parler.''
               
Etan Ystal
 
''Un monde de chaos, de destruction et de malheur, un monde impartial et magnifique, le seul en tout cas, où faire l’expérience de la vie prendrait un sens véritable.''
               
Edwin Gwendur
 
''L’enfer, ce doit être l’enfer : courir pour l’éternité dans un paysage sans fin, sans début. Sans possibilité de repos ou de mort.''
               
Tyrias Marchemonde
 
''Mais sans risque on n'obtient rien, voici ma devise mes amis. Il ne faut pas avoir peur de se salir les mains, il ne faut pas avoir peur de la mort…''
               
Dimitri Morteury
 
''Tomber... Ceci est si abstrait. L'on pourrait se relever plus grand que l'on était.''
               
Yozora Adragnis
 
''Il passa des semaines dans le cachot ayant décidé de s'y enfermer lui-même. Puis, au terme de trois semaines, vous êtes venu le voir et vous lui avez dit : «Les larmes ne sont qu'une faiblesse qu'il te faudra masquer... Si tu veux t'apitoyer, libre à toi, mais, si tu souhaites voir les choses changer, tu le peux toujours. Suis-moi... Mon ami.»''
               
Haar Wilder
 
''Le brin d'herbe ne se soucie guère de ce que font les feuilles des arbres. Mais à l'automne venu, les feuilles ne se suffisent plus entre elles. Elles s'assombrissent, se nourrissant des nuages noirs d'orage. Et alors, elles se laissent tomber sur nous.''
               
Le Peintre
 
''S'il y a bien quelque chose que l'on oublie, lorsqu'une personne est immobile, allongée, rigide, puante à en faire vomir, en décomposition, transportant des milliers de maladies, la peau arrachée et les os jaunes. S'il y a bien quelque chose que l'on oublie, lorsqu'une personne est à six pieds sous terre, devenue la proie des corbeaux, et ses yeux mangés par des fourmis... C'est qu'elle a un jour été orgueilleuse et avide. C'est qu'elle a un jour voulu devenir riche et grande, ou bien qu'elle l'est devenue. Cela ne change rien.''
               
Le Violoniste
 
''La pensée est la liberté, la liberté... Alors, le corps est la prison, le corps est la prison... Il faut casser les barreaux.''
               
Sill
 
''Nous croyons conduire le destin, mais c'est toujours lui qui nous mène.''
               
Setsuna Hendenmark
 
''Fais ce que tu veux avec ces villageois, sauf les laisser en vie.''
               
Kaull Hendenmark
 
''La fuite vers la religion peut être une réponse pour certains. Pour d'autres elle n'est que la simple évidence que l'homme est faible et instable.''
               
Astryl Panasdür
 
''La mort ne cherche pas à s’expliquer, elle ne fait qu’agir, monsieur. Les cadavres ne racontent pas grand-chose, mais vivant, un homme peut en avoir long à dire.''
               
Sanaki Hearthlight
 
''Alors, telle une marionnette cassée que l’on tente en vain d’animer, il se releva, restant digne malgré ses blessures.''
               
Dolven Melrak
 
''Quand le sang coule, il faut le boire. La mort ne frappera pas à votre porte mais s'invitera par vos fenêtres !''
               
Andreï Loknar
 
''Personne ne peut capturer une ombre, personne ne peut la dresser ni se l’approprier.''
               
Jazminsaa Alsan
 
''De la même façon, à l'idée qu'un abruti de scribe puisse teinter ses parchemins de calomnies religieuses, ou pire, me faire porter le titre de héros, je vais préférer m’occuper de l'écriture de ma propre histoire.''
               
Alexandre Ranald
 
''La mort... Si belle et terrible à la fois, elle l'appelait, et l'appelle toujours.''
               
Adam Moriharty
 
''Par nature, j’aime tout. Par conséquence, je me hais…''
               
Samaël Apelpisia
 
''C'est sordide et cruel, mais c'est hélas la réalité de ce monde.''
               
Liam Gil' Sayan
 
''Aujourd’hui sur les terres de Feleth les pensées ne sont plus les bienvenues. Le temps de la renaissance spirituelle est terminé. Le temps où les grands penseurs avaient aidé le monde est révolu.''
               
Héra Calliope
 
''La mort était séductrice ; elle ne montrait que ses bons côtés. La sérénité et le calme absolu : pour toujours et sans violence.''
               
Eurybie Pourrie
 
''J’ai atteint cette espèce de vanité qu’apporte l’ancienneté. Je ne crois plus qu’on puisse m’apprendre quelque chose, et si jamais quelqu’un essaye ou y arrive seulement, je me bloquerais et deviendrais hermétique à tout contact.''
               
Dante Waanig
 
''Je devrais t'attacher, tu deviens dangereux pour toi même !''
               
Jeyra Frozeñ
 
''La beauté des êtres n'était rien. La beauté des choses oui. Mais pas forcement celle que l'on voit avec une paire de rétines.''
               
Akira Satetsu
 
''Le noir. Une étendue sombre en perpétuel mouvement.''
               
Melpomène d'Ambre
 
''Il est des oreilles invisibles qui peuvent entendre jusqu'à nos moindres soupirs et des secrets aux allures anodines peuvent se révéler instruments de destruction et de tourments sans fin...''
               
Cassandre Ombrelune
 
''Le "rien" est tellement plus unique que la peur ou n'importe quel autre sentiment...''
               
Meryle Nightlander
 
''Ce n'est pas le nombre ni la force qui compte, c'est l'envie, la cause.''
               
Luyak Salamya
 
''L'innocence d'un enfant est la plus grande peur de l'homme.''
               
Clause Vaneslander
 
''Quand il lui manque une marionnette pour ses spectacles. Il verrait en vous la chose qu'il cherche.''
               
Jack D'enfer
 
''Il n'a pas de notion réelle du bien et du mal, personne ne lui ayant jamais défini ces mots.''
               
Jim Stocker
 
''Je n'ai vu aucune lumière, aucun goulet, pour sortir du boyau infini et obscur que nous empruntons tous, jusqu'à la promesse d'une nouvelle vie, de la transcendance et de la connaissance. Alors, mes yeux se sont adaptés aux ténèbres.''
               
Shaquîlah Dresdeïorth
 
''Le pouvoir ronge l'homme.''
               
Balthazar Bel
 
''Visiblement, la sérénité n'avait de valeur que si on connaissait également, en comparaison, des moments de troubles.''
               
Dranek Barth
 
''Le faible se faisait tuer, le fort vivait un jour de plus.''
               
Rodany Bleinzen
 
''Le soleil se couchait sur le monde du milieu. Les ténèbres se paraient de leurs plus somptueux apparats pour enfin faire leur entrée.''
               
Rin Mephisto
 
''Et alors il vit le chaos, la désolation, la souffrance le désespoir ambiant. Il rit.''
               
Elrog Aniec
 
''Perdu quelque part, marche vers nulle part.''
               
Kyle Wate
 
''La rose n'a d'épines que pour qui veut la cueillir.''
               
Karin Yzomel
 
''- Je peux vous prédire le genre d'homme qui vous convient !
- Je connais déjà mon genre d'homme.
- Vraiment... Et quel est-il ?
- Les hommes morts.''
               
Naladrial Delindel
 
''Utilise tes pouvoirs seulement quand le noir deviendra invivable.''
               
Zedd McTwist
 
''Tes cauchemars m'ont déjà donné l'encre... À présent, ta peau me donnera les pages !''
               
Conrart Crowlore
 
''Bien des gens se font enfermer dans un cercueil une fois mort, mais rares sont ceux qui naissent dedans.''
               
Dassyldroth Arphoss
 
''Le corbeau frénétique qui vous nargue de sa voix perchée, agite ses ailes damnées, où le reflet d'un mort se penche sur votre âme.''
               
Lust Aseliwin
 
''La vie est un mensonge, la destruction une délivrance.
Passent les marées, soufflent les vents, en vain...''
               
Le Passant
 
''Fauche, tranche et avale, gouffre des âmes. Que se dresse devant toi mille fléaux, et que l’enfer se glace devant ta noirceur.''
               
Lloyd Vilehearth
 
''Des charognards pour la plupart, comme ces corbeaux à deux têtes, venant dévorer le valeureux mort.''
               
Meneldil Tristelune
 
''Nous sommes les bourreaux de la justice et de la paix. Même si ce rôle n'est pas agréable à endosser, nous nous devons de le faire, pour le bien du peuple.''
               
Ezekiel Le Sage
 
''Il me tarde de retourner au combat pour finir empalé sur une pique.''
               
Karl Von Morlag
 
''Montre-moi le chemin de la victoire. Ou guide-moi alors dans les tréfonds de la mort...''
               
Aznan Lauréano
 
''Comment peux-tu supporter ça ? C'est assourdissant ! Tue-le ! Qu'est-ce que ça te coûte ? Tu ne l'entendras plus. Tu seras en paix... Tue-le !''
               
Aïden Sochlane
 
''- Faites taire votre cabot !
- Je ne suis pas votre servante !
- Alors je le ferai taire moi-même !''
               
Rosaly Von Gregorius
 
''Le seul présent que la justice a à vous offrir, est votre mort.''
               
Mirage Morteury
 
''Laissez-moi vous conduire aux carnages.... Tant d'âmes ne demandent qu'à succomber.''
               
Idryss Leeverwen
 
''Le soleil est un bourreau. D'une simple caresse, sa langue enflammée peut calciner n'importe quel être.''
               
Seïren Nepthys
 
''C'est une nuit sans lune. Ou bien était-ce un jour sans soleil ?''
               
ShuiLong Zhang
 
''La vie est un rouage lent et grinçant. Il ne tourne que dans un sens. Celui où tu tombes.''
               
Camelle Elwhang
 
''Et un jour, sur vos lits de mort, bien des années auront passé et peut-être regretterez-vous de ne pouvoir échanger toutes vos tristes vies épargnées à Feleth pour une chance, une petite chance de revenir ici et tuer nos ennemis, car ils peuvent nous ôter la vie mais ils ne nous ôteront jamais notre liberté !''
               
Edouard Neuman
 
''Le temps est la gangrène de l'homme, elle apparait puis vous ronge à petit feu. Pour finir il ne vous reste plus que le présent pour vivre ; le passé s'évapore peu à peu et le futur ne vous intéresse guère.''
               
Asgeïr Aslak
 
''Cueillir la fleur de la déchéance et croquer dans la pomme de la faucheuse, nos vies se résument à cela car après tout, nous finissons à une moment où un autre, tous sous terre.''
               
Violette Dellylas
 
''Le pire n'est pas de mourir, mais de se faire oublier.''
               
Erwan Daermon Do'Layde
 
''Tenter d'oublier, même si c'était impossible. Il aurait aimé se jeter à la mer avec la preuve de son acte immonde. Laver tout ce sang qu'il sentait sur lui. Peut-être même s'y noyer, simplement. Sombrer dans les abysses et les ténèbres, pour toujours.''
               
Mio Raeth
 
''La lumière montre l'ombre et la vérité le mystère.''
               
Aeli Seoriria
 
''Si la vie n'a qu'un temps, le souvenir n'a qu'une mesure. Le reste est silence.''
               
Valt Horn
 
''Dans le noir le plus complet, l'aveugle est la meilleure personne à suivre. Dans un monde de folie, qui mieux qu'un fou pour nous guider ?''
               
Ledha Borolev
 
''Je ne crois pas en la force d'un absent. Celle qui ferait de vos dieux ce que vous pensez qu'ils sont.''
               
Gigantus Corne
 
''Une limite qui n'a été créée que pour être dépassée ? C'est simple, imaginez !''
               
Goudwin Didrago
 
''Voir grouiller tous ces gens, connaître leurs désirs et leurs rêves, voir comment évoluent les sociétés, leurs aspirations et leurs défauts. Comprendre que donc rien n'est éternel, et que tous ces rêves et toutes ces folies disparaîtront de la surface du monde. Se laisser aller, indolent, parce que tout cela ne servira à rien, et qu'au bout du compte le monde reste le monde, seule éternité immuable.''
               
Uridan Sangried
 
''L'Inquisition vous remettra sur le droit chemin. Même s'il faut vous briser les jambes pour ça.''
               
Leevo Shellhorn
 
''N'oublie pas d'avoir peur des morts. Ils sont toujours plus nombreux que les vivants, et un jour, tu les rejoindras.''
               
Moira Brawl
 
''J'avais l'habitude avec ce genre d'individus... Moins vous bougerez, moins vous leur parlerez... et moins ils vous cogneront dessus.''
               
Aoi Haandar
 
''Je souhaite voir votre sang se répandre mollement à la surface d'une eau rendue trouble par les masses de cadavres vidés de leur substance, marcher dans les champs de vos ossements éparpillés, me remémorant à chaque pas votre mort absurde et pathétique, que vos noms ne soient pas contés, que votre souvenir s'éteigne comme s'éteint votre vie fade et misérable, qu'à travers les années, seuls subsistent vos ossements tels de tristes traces blanchâtres dans un paysage noir de guerre, de sang et de folie.
Et que telles cette phrase, vos morts n'aient aucune importance, aucune signification pour quiconque.''
               
Nargheil Eoss
 
''Bénie soit la haine que tu porteras à ton prochain, lave l'Homme des péchés qu'il a commis.
Sois l'épée du jugement qui s'abattra sur cette race impure, souillée par la vengeance et la corruption.''
               
Meiro Fuuchiuse
 
''Notre futur exprime nos actes passés.''
               
Terence Ripper
 
''Rencontre les ténèbres et tu admireras la lumière, dit le voyant.
Contemple la lumière et tu provoqueras les ténèbres, dit l'aveugle.''
               
Tekian Varis
 
''Un général courageux et fier, est celui qui exécute en premier l'ordre qu'il donne à ses hommes.''
               
Danarius Kyrarion
 
''L'art est le sentiment obscur de l'appropriation de l'étrange.''
               
Leroi-Gourhan
 
''La mort nous sourit à tous, et tout ce que nous pouvons faire, c'est lui sourire en retour.''
               
Marc-Aurèle
 
''L'art est la mystérieuse présence en nous, de ce qui devrait appartenir à la mort.''
               
Malraux
 
''L'art est une profondeur creusée dans le visage du monde.''
               
Weischedel
 
''Le néant après la mort ? N'est-ce pas l'état auquel nous étions habitués avant la vie ?''
               
Schopenhauer
 
''Les avocats d'un malfaiteur sont rarement assez artistes pour tourner à l'avantage de leur client la belle horreur de son acte.''
               
Nietzsche
 
''Ôte-toi de mon soleil.''
               
Diogène le cynique
 
''Il y a pas d’œuvre d'art sans collaboration du démon.''
               
André Gide
 
''Ce n'est pas le lieu mais son cœur qu'on habite.''
               
John Milton
 
''Nous sommes les histoires que nous vivons.''
               
Auteur inconnu
 
''La mort est terrible pour n'importe qui. Bons ou mauvais, anges ou démons, c'est la même chose. La mort est impartiale. Il n'y a pas de mort particulièrement horrible. C'est pourquoi la mort est effrayante. Les actes, l'âge, la personnalité, la richesse, la beauté... Tout ça n'a aucun sens face à la mort.''
               
Fuyumi Ono
 
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 [Libre] Une arène en ville

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Gareth Valmort

Le marche-abysse

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________________


Race : Humain
Classe : Lame noire
Métier : Mercenaire
Croyances : Nihiliste
Groupe : Les lames errantes

Âge : 29 ans

Messages : 34

Fiche de Personnage : L'histoire d'une enfance brisée.


MessageSujet: Re: [Libre] Une arène en ville   Dim 19 Juin 2016 - 19:01

Tant de nuances de rouges défilaient devant ses yeux. Toutes plus appétissantes que les précédentes. Ce n'était pas réel bien sûr. Tout autour, dans cette réalité qui lui échappait, le sang et la chair ne coulait pas du plafond. Et les cris qui perçaient ses tympans provenaient de bouches humaines, pas de ces ignobles murs en visage de nourrisson que son esprit torturé imaginait en ce moment même. Gareth le savait bien. Même l'ordre du crépuscule était incapable d'alterner la réalité à ce point. Mais ça ne l'empêchait pas de trembler, oh non. Il tremblait de tout son corps. Pas de peur ni de froid. Ca ressemblait d'avantage à des convulsions, en réalité, tant c'était brutal. Ca n'avait rien de naturel. Oui. Exactement. C'était exactement ça. Si l'entièreté de sa carcasse pâle tremblait tant, c'était parce que, bon dieu, son esprit n'arrivait tout simplement pas à comprendre ses propres songes. D'ailleurs, était-ce vraiment les siens? Le mercenaire chassa un rideau d'ombre en s'ébrouant, puis enjamba un rocher fourmillant de larves blanchâtres. Au-dessus, un plafond fait de chair suppurante implorait d'une voix d'enfant qu'on lui mette le feu et Gareth devait lutter pour ne pas éclater de rire en entendant ses sanglots. Ses...Sanglots. Sanglot. Sanglot ! Alors qu'un nouveau voile, plus rouge encore que le précédent, s'emparait de son champ de vision, le mercenaire perçut, parmi ce brouhaha cauchemardesque, un son appartenant à la réalité. Ses sens endoloris s'éveillèrent en enflammant sa cervelle assaillie de vision. Quelqu'un s'approchait. Quelqu'un qui existait. Quelqu'un qui...Qui...
Devait mourir.
Celui qui avait contemplé les Abysses fit volte-face alors que la forme passait discrètement dans son dos. Le glapissement terrifié qu'elle poussa excita son instinct de chasseur et il fonça dessus pour l'attraper par la gorge et la coller contre la parois la plus proche. Lorsque le frêle corps toucha le mur derrière-lui, ce dernier abandonna son déguisement de chair pour redevenir un bête amas pierreux. Gareth s'accrocha à ce petit retour de réalité. En surpassant la souffrance qui dévorait son crâne, il ferma les yeux pour garder uniquement l'image de la chair laissant place à la pierre.
"-Chef...Chef... C'est moi."
Cette voix...Le mercenaire la connaissait. Désagréable. Trop forte ! Elle lui vrillait les oreilles, alors que ces dernières étaient déjà assaillis par les hurlements irréels ! Tais-toi...Tais-toi ! Pensa-t-il en serrant un peu plus la gorge de sa prise.
"-Ch..."
Bien, ça se taisait. La voix disparaissait et les autres revenaient pour apaiser la douleur. Trop de parlotes, pas assez d'hurlements et d'implorations. Son corps entier était en manque de meurtre. Il transforma sa main libre en poing, et se prépara à enfoncer la boite crânienne de sa prise d'un seul coup.
Mais, soudainement, la réalité revint. Les lamentations disparurent durant un court instant, tout comme la douleur. Et Gareth reconnut sa proie. L'avorton qui accompagnait Dumbark et Tarik. Le dernier survivant de la petite troupe.
Il relâcha un peu sa prise, mais pas complètement.
"-Pourquoi tu es là ?" Gronda le Marche-Abysse, incapable de chasser de son esprit l'idée grotesque qu'il puisse être un autre traître.
L'autre leva sa main gauche pour lui présenter une masse grotesque, une parodie d'arme faites de bois et d'acier de faible facture. Le mercenaire se hérissa à sa vue et relâcha finalement le pauvre Gherald pour se concentrer sur le brouhaha ambiant. Ca se battait, dans les alentours. Dumbark peut-être? Le camp avait l'air en plein chaos.
"-Z'êtes parti sans arme...Et sans boire, aussi." Souffla l'arbalétrier en se massant le cou.
Gareth émit un grondement rauque, inhumain, qui fit sursauter son interlocuteur. Puis il s'empara de la masse en réprimant son dégoût, pour reprendre son avancée dans le camp.
A cet instant, le mercenaire se mit à se haïr profondément. Oui, parti sans arme. Mais...Pas sans boire. Quelques instants plus tôt, avant que l'avorton ne le retrouve, pendant que son esprit se perdait dans les délires, Gareth s'était désaltéré.
Avec du sang. Une grosse flaque, qui s'écoulait de l'abdomen d'un macchabée, à l'entrée d'une tente de l'ordre. Le Marche-Abysse avait été à peine conscient, lorsqu'il l'avait fait. Mais maintenant, ses souvenirs, trop clairs à son goût, lui livrait la vision de son action avec une infâme précision. Comme un animal, Gareth s'était mit à quatre pattes pour enfoncer son visage dans le liquide carmin, sans même retirer son heaume. Le tissu de ce dernier d'ailleurs, toujours mouillé, lui collait de manière particulièrement désagréable à la peau, sans parler de l'odeur désagréable hérité du liquide l'ayant souillé. Malheureusement, le souvenir ne s'arrêtait pas là. En relevant finalement la tête, la bête qu'il était devenu avait croisé le regard du propriétaire de la tente face à lui, et c'était avec une parfaite sauvagerie que sa colère s'était abattue sur sa carcasse scarifiée.
Le chevalier torturé se souvenait parfaitement d'avoir arraché ce qui restait de ses lèvres, d'avoir réduit ses côtes en morceau à coup de genoux, et d'avoir planté les griffes de ses gantelets dans son torse pour ouvrir la cage-thoracique et sortir les poumons. Ecœurant. Bestial. Et inutile, sa pauvre victime avait heureusement rendue l'âme bien avant l'opération.
"-Oh toi et moi on va se marrer." Grinça une voix enjouée, dans son angle mort, alors qu'il tentait de passer derrière un duo de tente.
Gareth pivota sur lui-même et identifia la menace : Un type de taille moyenne, maigre comme un clou, torse nu mais surtout armé d'une énorme flamberge. Un gros risque. Surtout si on prenait en compte son armement actuel. Le mercenaire se mit tout de même en position de combat, conscient qu'il ne parviendrait pas à semer le salopard dans son propre camp. Ce dernier lui fonça dessus la seconde d'après...Pour être aussitôt stoppé dans son élan par un carreau d'arbalète en pleine gorge. Celui qui avait contemplé les Abysses remercia d'un hochement de tête Gherald, qui souriait de toutes ses dents cariées, à quelques mètres de là, puis reprit son avancée.

Ce qui suivit se révéla, du point de vue de l'arbalétrier du moins, relativement terrifiant.
Après que son patron couvert de raisiné ait quitté son champ de vision en disparaissant derrière les tentes. Gherald s'était mit en tête de prendre un peu de hauteur, dans le but de pouvoir couvrir plus facilement ce type légèrement impulsif qui avait manqué de lui écraser la trachée, quelques minutes auparavant. Aussi l'arbalétrier s'était approché d'une tour de surveillance en bois, branlante comme pas possible et plantée au milieu d'un champ de tente enflammée, d'où on pouvait voir les combats menés par Dumbark et Tarik, un peu plus loin. C'est donc en grimpant tout en haut de cette tour stupide qu'il comprit que quelque chose de mauvais. Très mauvais... Venait de se réveiller. Ca avait été comme un sifflement imperceptible, suivit d'un désagréable coup de vent glacial, ayant pénétré son corps et son âme. Pas un coup de vent naturel. Ca, c'était ses tripes qui lui avaient fait comprendre. Et l'odeur aussi. Pas l'odeur de chair pourrie des morts-vivants de l'ordre, ni la senteur métallique accompagnant les prisonniers, sales et blessés, se jetant à corps perdus dans une mêlée sanglante les opposants à leurs bourreaux. Non. C'était...Une odeur nouvelle. Profondément écœurante. Mais aussi terriblement enivrante. Une émanation étrange, qui soulevait autant le cœur qu'elle ne le comblait. L'odeur d'un cauchemar et d'un rêve réuni.
L'odeur d'un chagrin hilarant.
Le parfum personnifié de la folie destructrice.
Et tout en étant à moitié drogué par cette senteur irréelle que Gherald vit son patron sortir d'une tente en déchirant sa toile avec la lame d'une épée maudite, précédé par une cascade de ténèbres cauchemardesque. Terrifié, l'arbalétrier se recroquevilla tout en haut de sa tour, en se tenant les oreilles pour échapper à un cri inhumain.
Le cri de colère d'une épée.

Ils avaient fait souffrir Sanglot, de cela, Gareth était certain. Lorsque sa main gantée s'était de nouveau refermée sur le pommeau de son arme, après qu'il eut tué ses trois gardiens, le mercenaire avait ressenti, l'espace d'un instant, la douleur qu'elle avait ressentie en combattant le poison que l'ordre tentait de lui inoculer. Ils avaient voulu l'affaiblir, la soumettre à leurs volontés. Contrôler l'incontrôlable. Et pour cela, ces salopards avaient usés de sorts capables de faire hurler même l'acier. Elle avait souffert, au delà des mots. Eprouvée des choses que les êtres de chairs ne pouvaient éprouver sans mourir sur le coup, anéanti par leur intensité. Ils avaient souillés sa lame, son pommeau. Mais n'avait pas pu atteindre son être. Cette conscience qui n'en était pas une. Ce concentré de mal s'étant développé au cœur même d'une dimension que son porteur actuel n'arrivait à voir qu'en rêve.
Partager, même pendant une seconde, la douleur de son arme, avait manqué de détruire Gareth. Nul doute que cela aurait été mortel, si il avait lâché l'épée au lieu de tomber avec en l'enserrant fermement. Peut-être était-ce un test, de la part de Sanglot. Peut-être voulait-elle voir si son maître la suivrait jusqu'au bout. Ne l'abandonnerait pas, même au pire moment. Ou peut-être n'était-ce que les spéculations stupides d'un être venant de vivre milles agonies.
Qu'importe. Il y avait plus important. Bien plus important.
L'ordre les avaient fait souffrir, et pour cela, ses sadiques suiveurs devaient mourir.
Les six premiers étaient morts trop rapidement. La lame noire les avaient tranchés sans même que son possesseur ne s'en rende vraiment compte. Gareth s'était rattrapé sur le septième en lui arrachant la jambe droite pour lui planter l'os brisé de sa cheville dans l'entrejambe. Le huitième et le neuvième, qui désiraient sans doute venger leur compagnon, étaient morts presqu'en en même temps. La main libre du mercenaire avait écrasé dans son poing le crâne de celui de droite tout en plantant Sanglot dans le torse de l'autre. Il avait sorti la lame du corps en la poussant vers le haut, ce qui avait découpé toute la chair sur son chemin dans une explosion de sang enivrante. Le dixième était mort en perdant une partie de son lobe frontal. Le onzième eut le mérite de loger sa propre épée dans les côtes de Gareth, donnant ainsi le temps au douzième de sauter sur les épaules du porteur de Sanglot pour lui trancher la gorge d'un coup de dague.
Cela n'empêcha pas le chevalier de continuer son massacre et leurs corps désarticulés vinrent s'écraser sur le sol rocheux, quelques instants plus tard. Son sang cessa de s'écouler de sa gorge avant que le quatorzième, empalé sur son épée, n'expire. Alors que le seizième s'écroulait au sol pour tenter d'y rassembler ses intestins, les plaies du mercenaire étaient déjà comblées et il voyait de nouveau clair. Ce qui lui permit, d'ailleurs, d'intercepter au vol le dix-septième au moment même où ce dernier sautait dans sa direction, toutes griffes dehors. Sa mort se révéla tant cruel et brutal que les hurlements qui en résultèrent stoppèrent le dix-huitième et le dix-neuvième dans leurs courses. Ils firent cependant demi-tour trop tard, et le Marche-Abysse les rattrapa en deux bonds, en trainant derrière-lui les restes agonisant du dix-septième grâce à une corde de fortune composées de tripes et de chairs.
C'est lorsque le vingtième mourut dans sa main, étranglé par des boyaux ne lui appartenant pas, que Gareth comprit que l'ordre allait probablement gagner le combat. Trois morceaux de lances brisés dépassaient de son dos, trois flèches de sa cuisse gauche et une lame recourbée de son épaule droite. Autour de lui, tout n'était que chaos. Les flammes dévoraient les tentes de la secte et les cadavres posés près d'elles sans retenue. Le sang recouvrait le sol rocheux et de plus en plus de macchabées se relevaient. Même ceux qui brûlaient. Et le plus inquiétant restait que d'aussi loin que sa vision portait, le chevalier-mercenaire ne voyait pas la moindre trace d'un nécromant ou d'un fossoyeur. Le terrain était trop chaotique pour localisé la source du mal. Les flammes, la fumée, les toiles de tente masquaient sa vision et Sanglot l'obligeait à se replonger dans le combat dès que possible, ce qui gênait considérablement son analyse de la situation. Un corps sans âme se traina jusqu'à lui en geignant pitoyablement, braquant devant son torse ouvert les restes d'une épée brisée. Gareth arracha son bras armé de sa main libre pour ensuite le couper en deux dans le sens de la hauteur.
"-Chef !"
L'intéressé se baissa pour éviter de juste un coup de faux et expédia son agresseur quelques mètres plus loin d'un coup de pied. Au loin, son interlocuteur, Gherald, debout sur une tour branlante, s'agitait comme un imbécile.
"-Un petit coup de main?"
Le regard du mercenaire descendit jusqu'aux pieds de la tour, autour desquelles plusieurs morts-vivants lancinant s'agitaient avec mollesse. Leurs seconde morts se révéla trop rapide au goût de Sanglot et elle lui fit savoir en projetant un nouveau flot de haine dans son crâne.
Une nouvelle flèche vint éclater au sol, à quelques centimètres de sa botte gauche. Son tireur s'écroula en tenant sa nuque transpercée par un carreau d'arbalète. Gareth l'observa soubresauter avec délectation jusqu'à ce que Gherald le rejoigne sur le plancher des vaches.
"-Dumb' et Tarik sont par ici, chef ! On devrait les rejoindre."
Le chef en question hocha la tête, puis récupéra la hampe brisée d'une hallebarde, à quelques mètres de là, pour la planter dans le crâne d'un morts-vivants sans jambe qui se trainait dans leur direction.
"-Allons-y alors."

Les résistants saints d'esprits s'étaient rassemblés, une fois qu'ils avaient comprit qu'ils ne survivraient pas cinq minutes en jouant individuellement dans le champ de tentes parsemés de cadavres de l'ordre du crépuscule. Menés par un Dumbark ensanglanté et un Tarik plus énervé que jamais, ils formaient un périmètre de défense, grossier, formé contre la parois Ouest de la grotte, de sorte que la petite troupe n'aient en fait qu'à s'inquiéter de trois secteurs. L'Est, le Nord et le Sud.
C'était déjà trop, pour des hommes, des femmes et des enfants malmenés et mal-nourris. Les vivants se battaient en dérapant sur les restes des morts, faiblement animés par une magie nécrotique leur faisant claquer les mâchoires... et toujours les troupes de l'ordre se déversaient sur eux. Lorsque Gareth, suivi de près par son suiveur, entra dans la mêlée pour y rejoindre Dumbark, à l'avant, le mercenaire se rendit compte de deux choses :
La première, c'était que le groupe d'éclopés qui se battaient aux cotés de l'orque et du soudard ne tiendrait pas une heure de plus face aux attaques incessantes des pas-assez-morts.
La deuxième concernait sa propre personne :
On venait en effet de le priver de son bras gauche.
La douleur inonda ses sens, une fois de plus, et sa lame perça la mâchoire inférieur du porteur de hache responsable de cela. Un des prisonniers, qui l'avait prit pour l'un des cinglés de l'ordre. Gareth jura en interceptant un autre coup, porté par le voisin de sa dernière victime, tandis que son bras malmené commençait à repousser, guéri par les ténèbres de son arme. Deux autres prisonniers se dépêchèrent de venir porter assistance à leur camarade et bientôt, une pluie de coup contraint le Marche-Abysse à reculer d'un pas.
"-Arrêtez bande d'abrutis, il est avec nous !" Gueula une voix provenant des rangs de résistants.
Les coups cessèrent et Tarik traversa la troupe en jurant vivement pour accueillir le mercenaire.
"-T'as ton épée ?! Bien. Suis-moi."
Gherald leur emboita le pas, satisfait de pouvoir à nouveau se réfugier derrière des épaules plus épaisses que les siennes. Au loin, derrière, un quatuor de prisonniers en guenilles couraient dans l'espoir de fuir une espèce de créature des enfer, mélange raté d'un crocodile et d'un chien de grande taille. Les claquements de sa mâchoire surdimensionnée s'entendaient depuis la position de la troupe et passaient sans problème a travers le brouhaha des combats, ce qui arracha un frisson au chevalier-mercenaire.
"-C'est la merde. Ces petits gars sont nombreux, mais pas expérimenté. Si on est encore debout, c'est uniquement parce que l'ordre s'est dispersé pour aller récupérer les fuyards dans les galeries du coin. Et toujours pas de nouvelle de l'autre salope.
-Il faut faire s'effondrer la grotte." Souffla le Marche-Abysse.
Tarik, devant lui, s'arrêta en marche.
"-Pardon?
-C'est le seul moyen.
-On aurait des chances de mourir écrasé, tu sais?
-Et tu penses qu'il se passera quoi, exactement, lorsque l'ordre aura massacré tout nos alliés?"
Un silence tout à fait relatif plana durant un court instant. Puis le frère survivant haussa les épaules, l'air soudainement profondément blasé.
"-Je vais dire ça à Dumbark, qui sait, peut-être qu'il aura un meilleur plan que tous nous pousser au suicide..."
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Dumbark Sang-Noir

Le Briseur

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Race : Orque
Classe : Berserker
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Fiche de Personnage : Qui est le Briseur ?


MessageSujet: Re: [Libre] Une arène en ville   Lun 20 Juin 2016 - 13:07

Du sang et des morts. Encore et encore. Plus de sang et plus de morts. Mais les morts se relèvent, et finissent par ne plus saigner. Et pourtant ils se relèvent. Encore et encore.
Je ne sais pas vraiment à combien j'en suis, plusieurs fois dix, mais compter n'a aucun sens quand ceux qui tombent finissent invariablement par revenir à l'assaut après quelques temps. J'en suis au point où j'essaie de détruire leur corps pour éviter que de trop gros morceaux reprennent le combat. Je dirais pas que ça me déplaît, mais ça prend du temps, et ils sont trop nombreux pour ça. Je commence à me sentir fatigué, j'ai l'impression de me battre depuis des heures. Je ne sais pas vraiment non plus combien de fois j'ai été blessé, mais j'ai pas l'impression d'être en train de me vider de mon sang. Ce qui reste une bonne nouvelle.
Le revers de la médaille, c'est qu'on prend la branlée. On est nombreux, plus qu'eux je dirais, mais nos renforts sont mal armés, non entraînés, épuisés, bons à rien. Et surtout, chaque homme à nous qui tombe finit par se relever à leur côté. Et toujours aucun fossoyeur à l'horizon. La bête à cent pattes mais pas de tête. On est acculés contre une des parois de la grotte, sous la pression des morts qui marchent et des types de l'ordre qui tiennent encore debout sans magie pour les pousser. Le patron est arrivé il y a quelque instants, avec tellement de lames enfoncées dans le corps qu'il aurait très bien pu être un mort nous attaquant. Je suis pas surpris que les prisonniers l'aient attaqué, comment sont-ils censé savoir ? Il porte son casque en permanence, et il a visiblement été blessé trop souvent pour être encore vivant. Si je ne l'avais pas entendu souffler une insulte quand un des bouseux lui a coupé le bras, j'aurais pu jurer qu'il était mort et revenu du côté de l'ordre. Mais les morts ne parlent plus.
C'est son épée. Forcément. Comme durant la première escarmouche. Y a cette saloperie de fumée qui sort et ça referme ses blessures. Pratique, j’admets, mais au point où ça en est, on pourrait aussi bien parler de nécromancie. Je regarde son bras en train de finir de repousser lentement et profite d'une légère accalmie dans l'assaut ennemie pour cracher un gros mollard sanglant au sol. Tout ce bordel ne m'inspire pas confiance. Une arme doit rester une arme, rien de plus.
Quelques moulinets du Briseur et les trois cadavres ambulants qui s'approchaient se retrouvent éparpillés un peu partout, leurs os brisés répandus devant moi. Ça leur prendra un moment pour revenir à l'assaut. Et pourtant, ils sont toujours plus nombreux à s'avancer vers nous. Les prisonniers libérés tombent les uns après les autres, alors que certains survivants commencent à s'assembler derrière moi, y reconnaissant un des endroits où ils seront le plus en sécurité dans le coin. Mais je ne leur porte aucune attention, me contentant de ravager les rangs sans cesse renouvelés de nos ennemis. La rage coule en moi, brûlant tout sur son passage, comme de la lave inondant mes veines. La voix du berserker crie dans mes oreilles, elle hurle pour plus de sang, pour plus de douleur et plus de morts, alors que je fauche les corps de l'Ordre encore et encore, tuant à volonté. Malgré le brouhaha et mes oreilles qui sifflent, je parviens pourtant à entendre la voix de Tarik qui m'appelle vivement en se frayant un chemin jusqu'à moi.

-Dumb' ! Putain, Dumb' ! On va y rester si on fait pas quelque chose. Dis moi que tu as une idée, le patron veut qu'on fasse effondrer tout le bordel, dit-il une fois à mon niveau en pointant du doigt quelques piliers de soutien tout ce qu'il y a de plus instable.

Je considère un moment l'idée. C'est pas si con, ça devrait être possible. Enfin, si on a pas de problème avec l'idée de mourir écrasé. Ça va nous tomber sur le coin de la gueule, et je suis pas sûr de pouvoir survivre à la chute d'une montagne. En plus j'aime pas l'idée de pas buter moi-même cette pute d'Aeléa. "Bats-toi ! Trop de plans ! Si tu dois mourir, meurt, mais verse le sang !" crie en moi la voix du berserker. Mais une autre voix se fait entendre. Une voix qui veut que je vive. Ce n'est pas comme ça que mourra Dumbark Sang-Noir. Pas au fond d'une grotte, sans témoin, sous les attaques de morts qui marchent. J'ai besoin du soleil sur un champ de bataille, du sable de l'arène, d'un public, j'ai besoin qu'on écrive des chansons sur mon dernier combat. Alors peut-être que le plan semble désespéré, mais c'est le seul auquel je peux penser qui nous laisserait une chance. Et il faut que je sorte de ce souterrain vivant, pour vivre une vraie mort de légende. Que les gens se souviennent.

-Non, je crois qu'on va rester sur ce plan, que je réplique en fauchant en pleine course un des chiens de l'enfer qui poursuivaient deux prisonniers. Voila ce que je dis : On reste en groupe, on va détruire les piliers un par un, on essaie de finir le boulot près d'un tunnel qui s'éloigne, et on aura une chance de s'en sortir. Mais je dis aussi qu'on devrait laisser tomber le plan si on tombe sur les fils de putains qui lèvent les morts. Si ils ne meurent plus qu'une fois, on a nos chances en combat.
-Tu es dingue, Dumb', crie Tarik en éliminant un nabot avec une lame à la place de la main droite, mais je transmets, je pense que c'est ce que le patron avait en tête de toute manière.

On est interrompu par le sifflement d'un corps qui tombe comme une pierre entre Tarik et moi, s'écrasant soudainement au sol dans une explosion de tripes et de sang. Je lève les yeux pour apercevoir que les esclaves qui travaillaient sur les échafaudages au plafond ont retournés leurs pioches et leur pelles contre les hommes du crépuscule.

-Descendez ! que je hurle dans leur direction. Descendez vite ou vous mangerez de la pierre !


Après quelques moments pour se regrouper et se frayer un passage, nous voila en route pour les plus proches piliers de soutien. La progression est difficile, notamment parce que les bouseux ont de plus en plus de mal à avancer et s'en remettent à nos pauvres carcasses pour ouvrir un chemin. Et on doit se battre pour chaque mètre, contre des êtres qui n'ont plus rien d'humain à force de tomber et de revenir. Un mort tombe sous mes coups, et un autre le remplace, encore et encore. Après de longues minutes à s'approcher lentement, on se retrouve au sommet d'une petite pente au pied de laquelle se trouve un assemblement branlant de bois et de pierre d'une trentaine de mètres de haut, et qui semble vraiment avoir été construit en quinze minutes par des alcooliques. Sur cette bonne vingtaine de mètres qui nous sépare de notre objectif, un énorme type en armure et au heaume entièrement noir nous attend, une large hache d'arme dans les mains et accompagné de quatre autres soldats, morts ou vivants, dont deux ne font que ramper au sol, ayant été amputés des jambes récemment. Le type est visiblement quelqu'un d'important, son matériel est de bien meilleure qualité que le reste des merdes que les autres trimballent. On se prépare à charger dans sa direction, quand Gareth me fait un rapide signe pour me faire comprendre que mon rôle, là, c'est le pilier. Très bien, après tout à trente contre un seul crétin, aussi bien armé qu'il peut l'être, la gloire de la victoire n'est pas vraiment exceptionnelle. Je le regarde s'éloigner sur ma droite avec une bonne part de nos hommes, attirant le soldat du crépuscule dans son sillage et me libérant le passage vers le pilier. Finalement, quand l'endroit est plus calme, je souffle un grand coup et me lance le plus rapidement possible le long de la pente. Les mètres défilent, et je me sens de plus en plus rapide, traversant l'air à pleine vitesse l'épaule en avant vers... Vers ce qui est tout simplement une colonne de pierre et de bois de trente mètres de haut et au moins quatre de diamètre. J'aurai peut-être dû réfléchir ça un peu plus. Le choc de mon épaule contre la pierre me fait l'effet d'un milliard de poignards me perçant jusqu'à la colonne vertébrale, et ma clavicule fait un sale claquement en se déboîtant. C'est là qu'il nous faudrait un putain de mage, merde... Au moins, le pilier a eu un tremblement et des débris en tombent, pierres et poussières s'éparpillant autour de moi. Ça marche, putain, ça marche ! Du coup je cale soigneusement mon bras déboîté contre la pierre et le remet en place d'un violent mouvement d'épaule. Ça craque et ça pique salement, mais au moins je peux de nouveau utiliser mon bras. Et sans réfléchir plus, je remonte la pente, en espérant que ma deuxième charge soit plus efficace. Le patron a déjà disparu avec les troupes, probablement vers le prochain pilier, mais Tarik est toujours là, me hurlant de me dépêcher alors qu'il fait obstacle entre moi et deux morts.
On me protège. C'est pas quelque chose qui arrive souvent, ça arrive même à me faire sourire alors que je m'élance à nouveau.
Ma deuxième course est un peu plus lente, mais la douleur n'en est pas moins terrible au moment du choc, alors que je percute la colonne de toutes mes forces. Cependant, cette fois ce n'est pas qu'un tremblement, c'est un véritable grondement qui résonne dans la caverne alors que la colonne s'ébranle et que des débris de plus en plus gros en tombent. On pourrait croire qu'une énorme bête se met à grogner et que sa colère résonne dans toute la caverne mais c'est bien pire. J'évite in extremis un bloc d'au moins une trentaine de kilos qui s'écrase à côté de moi en soulevant un nuage de poussière. Je relève des yeux juste à temps pour voir que le pilier est en train de s'effondrer sur lui-même.

-Merde ! Cours, Tarik ! que je gueule en m'éloignant de la masse de poutres et de pierres qui est littéralement en train de nous tomber sur la gueule.

Heureusement le pilier semble juste se disloquer et se répandre au sol sans tomber comme un arbre en forêt, même si de sacrés morceaux de pierres tombent du plafond. Je n'arrive pas à m'empêcher d'éclater de rire en voyant un énorme bloc de roche écraser dans un bruit répugnant un cadavre incapable de marcher. De petites fissures apparaissent déjà sur le plafond de la caverne, alors que les échafaudages s'écroulent brutalement. Il faudra pas longtemps pour que tout le bousin nous tombe dessus, putain.

-Ahah ! s'exclame Tarik. Leur carrière elle tient avec trois bouts de bois ! Viens Dumbark, faut rejoindre les autres, on va enterrer cette salope de traîtresse vivante !

En quelques minutes on a réussi à retrouver l'essentiel du groupe, maintenant mené par Gherald, le patron ayant disparu avec quelques prisonniers. Gherald nous fait de grands signes alors qu'une petite douzaine de prisonniers attaquent un autre pilier de soubassement en utilisant une poutre comme bélier.

-Tarik, Dumbark ! Je vous présente Feriz ! dit Gherald en nous montrant du doigt un des prisonniers, un grand blond squelettique aux yeux plus que cernés.
-Salut, que je dis avec un signe de tête. Qu'est-ce que j'en ai à foutre, Gherald ?
-Feriz est ici depuis des semaines, reprend le soldat, un peu gêné par ma réaction. Il pense qu'on devrait s'attaquer aux piliers de l'autre côté du lac en dernier, comme quoi y aurait une sortie possible aux alentours et qu'on aurait nos chances par...

Il est interrompu par un cri de guerre sur notre gauche : "Pour le Squelette et l'Ombre !" Un groupe d'une dizaine d'hommes du crépuscule nous attaque de côté, et ils ont pas l'air ravis de ce qu'on est en train de faire avec leur petit travail de construction. Évidemment, Tarik et moi nous retrouvons immédiatement en première ligne, à défendre nos petits amis qui s'échinent derrière, mais je dois dire que ça me déplaît pas. La douleur dans mon bras a réveillé la rage en moi, et tuer me fera du bien. Le premier homme, un chauve au visage trop blanc pour être naturel, se jette sur moi, faisant un grand moulinet avec son cimeterre dentelé, que je pare aisément avec le manche du Briseur avant de lui faire sauter les dents d'un coup de coude en pleine figure. Ça ne l'arrête pas une seconde, et il reprend aussitôt son attaque que je réussis à esquiver avant de saisir ma hache de la main gauche. Il ne voit rien venir et ne réagis pas assez vite pour éviter d'être décapité d'un large revers. Alors que le crâne vole plus loin, le corps sans tête tombe à genoux, oscille quelques secondes, à la limite de s'effondrer, puis se relève.
Merde.
C'est trop rapide. Il devrait pas déjà revenir. Il y a un nécromancien pas loin.
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Gareth Valmort

Le marche-abysse

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Race : Humain
Classe : Lame noire
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Fiche de Personnage : L'histoire d'une enfance brisée.


MessageSujet: Re: [Libre] Une arène en ville   Mar 28 Juin 2016 - 2:37

Gareth avala un large glaviot de bave et de sang en grimaçant. Le gros salopard lui avait brisé les côtes. La plupart des os du bras gauche et...Quelque chose, dans son crâne, qui l'empêchait de voir clair. En se relevant, le chevalier-mercenaire prit appuit sur quelque chose de mou. Une poitrine fendue de haut en bas. Le corps du dernier prisonnier ayant eu le courage de l'assister dans ce combat terriblement peu équitable. L'immense enfoiré les avait tous tués. Sauf lui. Maintenant, Gareth se rappelait avec une terrible netteté les dernières prétentions d'Aeléa : " Ceux qui officient ici ne sont pas des raclures de pillards incapables de faire autre chose que montrer les dents." De fait, c'était plutôt vrai. Ce macabre porteur de hache savait comment tuer rapidement et efficacement, bien entendu, mais ce qui dérangeait vraiment le Marche-Abysse, c'était qu'il dispose d'un équipement le rendant apparemment indestructible. Sa hache de guerre s'enflammait dès que son porteur se préparait à frapper. Ses sombres plaques d'armures superposées arrêtaient toutes les lames, même Sanglot...Sans parler de son casque, aussi gros que le torse de Gareth, qui vomissait de temps à autres un flot de gelée grisâtre, collante et acide. Le mercenaire avait vu trois de ses accompagnateurs se faire dissoudre en quelques minutes, une fois touchés par l'immonde substance. Ca n'avait pas été un spectacle plaisant à voir, ni à entendre. Fort heureusement, sa propre armure était assez résistante pour ne pas avoir grand chose à craindre de ce dernier atout. Sanglot la réparait plus vite que la gelée ne la dissolvait.
"-Tu devrais rester coucher." Sifflèrent d'innombrables voix, toutes provenant de l'intérieur du casque de son adversaire, debout à quelques mètres de là. Gareth fronça les sourcils en sentant son crâne se reformer convenablement au contact de la fumée de l'épée. Ce coup-ci avait failli le tuer. Failli. Et ça n'avait été, pourtant, qu'un simple coup d'épaule.
En d'autres lieux, en d'autres temps, le Marche-Abysse aurait rétorqué une remarque acide marquant le mépris qu'il ressentait envers la mort, la douleur, mais aussi, surtout, envers son vis-à-vis porteur de hache. Mais, durant cet instant, Gareth ne pouvait s'octroyer le luxe de mépriser la mort. L'intégralité de son corps criait vengeance. Il devait massacrer tout les membres de l'ordre présent dans la grotte, en particulier cette chienne d'Aeléa. Et pour cela, le Marche-Abysse ne pouvait pas mourir. Pas maintenant.
Ce qui était relativement gênant, au vu des circonstances. Ce gros salopard le surpassait approximativement partout. En force. En maîtrise d'arme. En équipement. Il était juste un peu plus lent, mais sa carapace se foutait de la vitesse des coups qu'elle stoppait sans arrêt.
Misant sur l'effet de surprise, Gareth souleva du pied la lance du dernier prisonnier pour l'attraper de sa main libre et la projeter de toute ses forces sur le guerrier de l'ordre. La pointe d'acier s'écrasa contre le heaume pour éclater tout bonnement, sans occasionner le moindre dommage. Bien que peu surpris, le mercenaire s'octroya tout de même le droit de pester.
"-Par l'enfer, combien coute un tel ensemble?"
Les innombrables voix de l'autre ricanèrent avant de répondre.
"-Aucune idée. Nous sommes nés ainsi."
Gareth poussa un long soupir. Bien plus qu'une armure animée, c'était un être d'acier, doté d'une conscience propre. Une immondice démoniaque, dénichée et employée par l'ordre en échange de milliers d'âmes, sans doute, ces cinglés sectaires étaient du genre à passer ce genre de marché, si du moins ceux-ci existaient bel et bien.
Dès les premières minutes, Gareth avait su qu'ils perdraient le combat. Certes, la diversion marchait, sa troupe emmenait le gardien loin du pilier...Mais au prix d'un quart de ses accompagnateurs. Il les avait poussé sans arrêt dans leur retranchement, si bien que huit des acolytes du marche-abysse s'étaient enfuis sans demander leur reste, abandonnant les autres, plus proche, à une mort imminente. Un autre était mort en tombant bêtement. Mauvaise chute, le crâne fendu en deux par une grosse pierre. Ils n'étaient déjà plus que douze lorsque le gardien avait décidé de commencer à utiliser son arme. Et dès lors que la lame incandescente de sa hache s'était mise à goûter la chair des prisonniers, elle ne s'était plus arrêter jusqu'à ce qu'ils soient tous morts. Gareth n'avait rien pu faire. Chaque coup paré à l'aide de sanglot lui valait au moins un bras désarticulé. Sa propre lame ne mordait jamais. Ses assauts ricochaient invariablement contre le noir acier de l'armure. Tellement frustrant...Le massacre injuste les avait finalement menés ici. Au bord du lac. Ce chien enragé ne lâchait rien. Bien que moins rapide que le Marche-Abysse, il ne semblait avoir aucun mal à le suivre. Rien d'étonnant en y réfléchissant, c'était chez lui ici. Pour l'instant. Tout le monde avait perçut l'effondrement d'au moins un pilier depuis le début de leur affrontement.
"-Je vais te tuer. Des dernières paroles à formuler?" Crâna l'autre.
Gareth se jeta sur l'armure géante et la frappa de toute ses forces dans un coup transversal qui aurait sans mal fendu en deux n'importe quel être humain, protégé ou non. Sa cible actuelle n'eût même pas la politesse de reculer d'un pas avant de lui expédier son pied botté dans le torse. Le Marche-Abysse ne broncha pas, malgré le fait que son souffle ait été littéralement stoppé, que sa poitrine ait craquée si bruyamment. Il encaissa la botte, esquiva presqu'inconsciemment le coup de hache qui suivit, puis sauta au "visage" de l'armure géante. La pointe de Sanglot s'enfonça à l'intérieur du heaume dans un sifflement peu naturel et les voix poussèrent un grognement terrifiant. Le fait qu'il ne sembla pas rencontrer la moindre résistance, au sein de ce fichu casque, n'empêcha pas Gareth de pousser d'avantage son épée dedans. Le mercenaire ne s'arrêta que lorsque la garde toucha les bords du casque sans que sa pointe ne ressorte à l'arrière.
"-Que diable es-tu ?!" S'époumona le Marche-Abysse, du sang plein la bouche, alors que les morceaux brisés de ses côtes s'enfonçaient un peu plus dans ses poumons.
La chose de métal lâcha sa hache pour attraper l'épée et tenter de la retirer de son heaume tout en s'agitant vivement. Gareth poussa un peu plus sa lame avec effort tandis que la fumée noire de cette dernière commençait à l'envelopper, lui et l'armure animée.
Ce qui suivit cela, les yeux humains du Marche-Abysse ne furent pas capable de le voir. Quelque chose explosa silencieusement dans la fumée...Puis le porteur de lame maudite se sentit aspirer dans un cocon qui absorbait les sons, engourdissait les mouvements et gênait la respiration. Une sensation agréable finalement. Envoutante presque. Tellement éloignée de tout.
Ce ne fut que lorsque l'armure géante le percuta pour s'enfoncer dans les profondeurs que Gareth comprit qu'ils étaient tombés dans le lac. Il remonta à la surface aussi rapidement que possible, luttant pour ne pas être tiré vers le fond par le poids de son propre équipement. Une fois arrivé au bord, le chevalier-mercenaire s'y cramponna en soufflant douloureusement. Le simple fait de se hisser hors de l'eau allait être horriblement difficile, sans...
Sanglot. Elle tombait avec l'autre, au fond de l'eau. Loin de lui. Quelle folie avait bien pu pousser cette masse de métal à se jeter ainsi au beau milieu d'un lac ?! Certes il s'était débarrassé de son agresseur, mais les chances de noyades n'étaient pas nulles. Surtout pour un être aussi lourd.
Une quinte de toux le prit par surprise et Gareth manqua de lâcher le rebord pour s'enfoncer à nouveau dans les profondeurs. Ses poumons. L'épée l'avait soigné, mais pas totalement. Et si ils étaient percés? Ils l'étaient, ça s'entendait au sifflement. Damnation.
Le mercenaire ne prit pas la peine de prendre son souffle avant de s'enfoncer dans l'eau. Il lâcha simplement le rebord pour se laisser immergé, comme ça, et tenta de bouger le moins possible, histoire de laisser le poids de son équipement jouer son rôle.
Celui-ci le joua relativement bien.
Lorsque ses pieds rencontrèrent finalement le fond, Gareth dû se rendre à l'évidence :
D'abord, sa vie se terminerait pitoyablement dans les secondes à venir si il ne retrouvait pas Sanglot. Ensuite, il ne voyait strictement rien. Le second point restant évidemment le plus préoccupant.
Fort heureusement, si ses yeux ne discernaient pas la moindre forme dans les profondeurs, quelque chose de plus...Inhumain, lui permettait de sentir la présence de l'arme qui était devenue son bien le plus précieux. Et ce fut avec calme que le Marche-Abysse se mit à avancer dans une direction inconnue, les yeux fermés, la main tendue en avant.
L'avancée ne fut pas longue. Quelque pas plus loin, l'armure géante effleura son propre plastron, sans l'attaquer. Vivante? Morte? Qu'importe. C'est d'une main ferme et sans rencontrer la moindre résistance que Gareth attrapa son dû, emprisonné dans le poing serré du porteur de hache, qu'il jugea mort en constatant son absence de riposte. Le gardien avait réussi à retirer l'épée de son heaume, mais pas a sortir du lac à temps. Est-ce que ce genre de démon craignait la noyade? La prison d'acier de l'épée résistait, refusant de lâcher sa terrifiante prise. Alors Gareth joignit ses deux mains sur la lame et tira de toutes ses forces, sans prêter attention au fait que le fil de son épée déchirait ses propres chairs. Au bout de longues secondes d'apnées, l'armure lâcha, et, emporté par sa propre force, le Marche-Abysse partit en arrière, échappant, par la même occasion, une nouvelle fois Sanglot, qui lui découpa un pouce. Les tempes en feux, il jura intérieurement et rattrapa l'arme avec ce qui restait de sa main droite.
S'ensuivit la sensation habituelle. Le divin soupir? L'illumination? Le baiser des ténèbres ? En partie à cause de cette absence d'originalité qu'il se reprochait parfois, Jamais Gareth n'avait su donner un nom rendant justice à l'exaltation de ses retrouvailles avec Sanglot. Un tel flot d'adrénaline. De puissance. De colère.
Et d'air. la fumée s'infiltrait dans son nez et sa bouche pour lui fournir une parodie viciée d'air frais. Ça brûlait la gorge et avait un goût affreux, mais c'était toujours mieux que la noyade. Tout sourire, le mercenaire rouvrit les yeux en se propulsant à une vitesse inhumaine vers la surface du lac.

En haut, la situation empirait. Quelque chose avait lâché. Quelque chose d'important. Un ou deux nouveaux piliers sans doute. Ça se sentait. Le sol n'était plus stable et ça hurlait avec encore plus d'intensité que d'habitude, à moins que cette impression ne soit dûe qu'à sa sortie récente de l'eau. Une longue flèche à empennage noir se planta dans son plastron, sans percer la chair qu'il protégeait, et Gareth pencha la tête sur le coté en apercevant l'archer qui le visait et ses deux accompagnateurs. Amusé, il raffermit sa prise sur Sanglot et se jeta de nouveau dans la bataille.
Dumbark et les autres ne furent pas difficile à dénicher. Ils étaient là où le bruit était le plus insupportable, au milieu de zombies caqueteurs, debout mais immobiles, visiblement paralysés. Et pour cause. Le Briseur retirait ses énormes paluches du torse ouvert d'un type en robe cérémonielle, qui ne pouvait être que le nécromant du secteur. Tarik était à quelques mètres de lui, occupé à titiller de son épée les morts-plus-si-vivants pour vérifier que ces derniers ne riposteraient plus. Il y avait encore des prisonniers avec eux. Moins nombreux certes, mais au moins ils n'étaient pas tous morts. Une dizaine d'entres-eux étaient rassemblés autour d'un pilier détruit. Ce qui était une bonne chose, sans l'ombre d'un doute. Le mercenaire traversa les rangs de morts-vivants rapidement, en cassant au passage quelques flèches plantées ici et là dans son armure. Gherald le rejoignit rapidement dès qu'il le vit pour expliquer ce qui avait été décidé, concernant le pilier de l'autre coté du lac. Chose qui amusa beaucoup le Marche-Abysse.
"-Le lac? J'en reviens. Je crois avoir vu un pont qui le traverse, sur le flanc gauche.
-Ouai, c'est par là qu'ils acheminent les ressources pillés de ce coté-ci de la terre. Mais c'est pas important. Avant de traverser, Fériz dit qu'il faut impérativement péter celui-ci avant mais nos gars sont crevés."  Soupira l'arbalétrier en désignant d'un doigt crasseux un dernier pilier, posé ce coup-ci en plein milieu du camp de l'ordre.
Gareth mesura la distance en plissant les yeux puis posa le plat de Sanglot sur son épaule.
"-Je m'en occupe. On se retrouve de l'autre coté du lac.
-Ouai boss mais... Tout seul, celui-ci... c'est peut-être un peu prétentieux non?"
L'intéressé s'ébroua.
"-Ils sont dispersés. Ça ira. Préviens les autres. Abattez-moi ce foutu pilier une fois que vous aurez entendu et vu le mien tomber. A tout de suite."
Gherald haussa les épaules et hocha la tête en observant docilement son chef fondre de nouveau sur le camp ennemi. Ça allait encore être à lui de faire le perroquet.
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Dumbark Sang-Noir

Le Briseur

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Race : Orque
Classe : Berserker
Métier : Gladiateur
Croyances : Le Fléau/Dieu de la guerre
Groupe : Le Pays

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Messages : 28

Fiche de Personnage : Qui est le Briseur ?


MessageSujet: Re: [Libre] Une arène en ville   Mer 29 Juin 2016 - 14:29

-Ben, qu'est-ce qu'on attend ! s'exclame Tarik à l'écoute du résumé de Gherald. Si le patron dit qu'il peut s'occuper de ça tout seul, on a qu'à y aller !
-Et on lui laisse baiser la pute d'Aeléa à lui tout seul ? C'était pas ton frère qu'elle avait tué ? que je réplique.
-Ferme ta gueule, reprend-il, vexé. Elle est pas dans le camp, je parierais ma couille gauche...
-J'en voudrais pas, souffle Gherald.
-Elle est pas dans le camp, répète Tarik, ignorant l'interruption. Y a plus personne là-bas. Regarde, la moitié essaye de se regrouper dans les tunnels et l'autre s'est dispersée dans la caverne. M'est-avis qu'elle a du virer son petit cul du coin quand ça a commencé à cramer, sinon on l'aurait déjà croisé.

Je regarde Tarik et Gherald alternativement. Je suis tenté de les croire, mais j'ai encore quelques scrupules. Déjà, j'aimerais être sûr d'être là quand on mettra la main sur la gamine, et puis je m'inquiète un peu pour le patron, aussi étrange que ça puisse paraître. Finalement, mon regard s'attarde sur la petite vingtaine de prisonniers qui se tiennent toujours non loin de nous. C'est peut-être eux les plus importants. Ceux qui ont acceptés de nous aider plutôt que de tenter leur chance dans les tunnels. Ceux qui ont choisis une mort probable les armes à la main à l'humiliation et à la torture. Je suis pas du genre sentimental mais, eh ! ça me parle. Et merde. Gareth trouvera bien sa route, et sa foutue épée nous fera bien tomber ce pilier. Quand à Aeléa, j'ai bien l'intention de la recroiser, j'ai des choses à lui dire.

-Très bien, très bien, que je lâche finalement. On est en route.



Il ne nous faut que quelques minutes pour rejoindre le pont que Feriz nous a indiqué. Je commence à croire qu'on va s'en sortir. Depuis que j'ai éventré le nécromancien, y a quelques minutes, les morts ne semblent plus trop nous hanter, à croire que les autres fossoyeurs sont occupés ailleurs. Tarik a peut-être raison après tout, ils sont sûrement en train de se regrouper quelque part, histoire de nous la mettre au cul quand on s'y attendra le moins. Mouais. N'empêche qu'on est plutôt tranquille pour l'instant. Ça me laisse le temps de détailler cet ouvrage de maître qui ne pourrait être appelé pont que par un crétin avec les yeux dans le cul. Globalement, c'est un tas de planches entassés aléatoirement d'un bord à l'autre du lac, sans garde-fou, avec un point d'appui au centre sur un roc dépassant de la surface. Je suis pas spécialiste en construction, mais j'ai vu du meilleur boulot fait par des enfants jouant avec des bâtons. Marcher trois cent mètres sur cette merde, quand on frise les deux quintaux et qu'on ne sait pas nager, ça me donne pas particulièrement envie. Mais c'est ça ou faire le tour. Je jette un rapide coup d’œil à l'étendue du lac. Sur notre droite, il faudrait une bonne demie-heure pour atteindre le pilier, sans compter les éventuels affrontements, et sur la gauche, le lac lèche la paroi, rendant impossible la traversée. Bon. Le pont, alors, et après le dernier pilier quand le patron nous aura rejoint. Après quelques paroles échangées rapidement, nous voilà engagés sur la masse de bois lancée en travers du lac. Après quelques pas, je suis assez rassuré, ça semble plus solide que ça n'en avait l'air à première vue. Après tout, l'Ordre doit s'en servir pour transporter du ravitaillement, peut-être même des chariots complets. Ça semble assez large pour ça en tout cas. Peut-être cinq mètres de large, mais on progresse malgré tout assez lentement. Personne n'osant s'approcher du bord, on se retrouve presque à marcher à la file, et les craquements permanents du bois sous nos pieds ne font rien pour nous rassurer. Soudain, j'ai un sentiment étrange. Quelque chose me dérange dans ces légers grincements. Quelque chose de plus gênant que l'idée que ce pont puisse ne pas être vraiment solide. Oh, ouais. C'est le fait que je puisse les entendre. On s'est éloigné du camp, où on entend encore des cris au loin, probablement causés par le patron, mais le silence environnant me rappelle étrangement qu'on a pas croisé d'ennemis depuis quelques temps, et l'absence totale de résistance de ce côté là ne me dit rien qui vaille.

-Tu trouves pas ça bizarre, que personne ne nous tombe dessus ? chuchote Tarik juste derrière moi.
-Ouaip, que j'acquiesce. Ça sent la merde.
-Alors on fait quoi ? Le tour ? demande Gherald.
-C'est mort. On y est presque. Encore deux minutes et on sera de l'autre côté, souffle Tarik.

Alors la marche sur le pont se poursuit, jusqu'à la moitié du pont environ où se trouve le monticule rocheux qui sert de soutien et où mon regard s'attarde sur le lac. Juste sous le pont, ce n'est pas vraiment une île mais plutôt un cercle de roche qui forme une sorte de bassin indépendant séparé du reste de l'eau et d'un diamètre d'une bonne douzaine de mètre, voire plus. La surface y a l'air plus agitée qu'elle ne devrait l'être dans un lac souterrain, ça ne me dit rien qui vaille. Tarik semble être du même avis, car il souffle aux prisonniers de marcher le plus silencieusement possible tant que le pont enjambe ce bassin. Lentement, je franchis les quelques mètres qui nous feront passer au-delà de ce danger invisible mais palpable. J'ai les yeux fixés sur le lac, mais rien ne semble se passer, et finalement, me voilà de l'autre côté. Encore quelques pas, et je suis déjà à une bonne dizaine de mètres du bassin agité, alors que plusieurs prisonniers sont encore en train de passer au-dessus, suivant lentement le groupe ralenti par la largeur insuffisante du pont et l'état du bois. C'est à ce moment là que résonne un nouveau grondement qui semble faire trembler le pont sous mes pieds.

-Bordel, c'était quoi ? jure Tarik. Le patron a...
Il est interrompu par un nouveau bruit, qui vient définitivement de l'autre côté du pont.
-Peut-être qu'il a fait tomber le pilier, souffle Gherald, mais ça, ça vient pas de lui. Y a quelque chose plus loin, tu vois ce que c'est, Dumb' ?
-On y voit comme dans une pelle loin des torches, que je réplique. Tu as de meilleurs yeux que moi, regarde, toi.
Gherald se décale pour essayer de voir quelque chose malgré ma grande carcasse. Alors qu'il s'approche dangereusement du bord du pont, le grondement recommence, faisant trembler tout le pont, et je réussis à rattraper le gamin in extremis alors qu'il allait tomber dans le lac.
-Quelque chose s'approche, putain ! siffle Tarik. Faut faire demi-tour, on peut pas se battre sur ce pont !
Au moment même où il prononce ces mots, les vibrations semblent déclencher quelque chose dans le bassin, et l'eau s'agite encore plus. Les prisonniers qui étaient encore au-dessus paniquent et se mettent à hâter le pas, forçant la troupe a continuer.
-Ralentissez ! s'exclame Gherald. On fonce droit vers...
Il est interrompu par un son feutré et vif, comme le sifflement d'une flèche jaillissant de l'eau. Suivi d'un hurlement déchirant. Tout le monde se retourne vivement vers la queue du groupe, où un des derniers esclaves qui passaient au-dessus du bassin agrippe de toute ses forces au bois du pont, en essayant d'échapper à... Putain, à une sorte de serpent de mer, de quatre bons mètres de long, qui a jailli du bassin, dans un saut de bien trois mètres. La bête est d'un bleu translucide, sans yeux, mais avec de nombreux appendices palpant de droite et de gauche, autour de sa gueule hérissée de dents refermée sans pitié sur toute la moitié inférieure du corps du pauvre prisonnier. Et en une seconde, il disparaît aussi vite qu'il est apparu, en emportant un des nôtres. Le silence se fait un instant, alors que tout le monde observe avec des yeux écarquillés l'eau du bassin prendre une teinte rouge sombre.
-Putain... Avancez ! Avancez ! Éloignez vous de cette merde ! crie Tarik aux prisonniers, en voyant la surface du bassin s'agiter à nouveau.
-Non ! Attendez ! s'exclame Gherald, alors que la poussée dans notre dos nous force à progresser. C'est la merde devant !

Trop tard.
Les prisonniers ont fini de se masser dans notre dos. La bête dans le bassin continue à s'agiter dans des remous de sang et d'eau, nous coupant la retraite et nous forçant à continuer. Mais le pont est tenu devant nous, par des formes sombres qui m'apparaissent de plus en plus clairement. Leur marche lente et lourde fait trembler le pont et a probablement réveillé le serpent de mer, mais ce n'est rien à côté de ce qui nous attend quand ils nous atteindront. Sang de merde... Des ogres. Des ogres morts. Ils sont quatre, sans nécromants visible pour les arrêter plus vite. Juste quatre putain d'immenses saloperies de morts qui marchent, entre trois et quatre mètres chacun, avec des sacrés merdes de masses dans les mains.

-Dumbark, souffle Gherald maintenant que le combat semble inévitable. On pourra pas t'aider sur le coup. Pas assez large. Tu penses que ça ira ?
Je respire un grand coup. Ça fait longtemps que j'ai pas eu un vrai challenge. C'était une bonne idée de venir dans cette caverne, finalement.
-A la mort et à la gloire, que je dis simplement, plus pour moi-même que pour lui.

Oubliant complètement l'instabilité du pont, je me jette en avant, sous le regard de tout le reste du groupe qui doit se contenter de me regarder affronter seul quatre créatures grandes comme deux hommes, ou un orque et demi. La bonne nouvelle, c'est qu'ils ne peuvent pas non plus attaquer tous en même temps, encombrés par leurs armes pesantes et leurs carcasses démesurées, mais ils semblent parfaitement indifférents aux dangers du lac, ne se gênant pas pour attaquer à deux de front malgré la proximité du bord, et du lac glacé, du même coup. La mauvaise nouvelle, c'est que j'ai pas l'habitude de devoir gérer des ennemis plus grands que moi, et là, va falloir vraiment que je m'y mette, même si l'esquive, c'est pas ma passion. Le premier monstre, le plus massif des quatre et le deuxième en terme de taille, agite une large hache de guerre en acier gris sombre et est doté d'une seconde tête dont la présence grotesque sur le côté de celle qui était l'originale n'a visiblement aucun autre but que de présenter une image immonde de coutures et de deux visages décomposés. De la même manière, les deux suivants sont dotés d'un troisième bras, pendant stupidement sur le côté du corps de l'un, alors que l'autre l'utilise sans problème pour manier une lame d'au moins trois bons mètres et dont le poids doit approcher le quintal. Prenez un arbre, putain, ça fera le même effet. Le plus petit et le plus en retrait ne semble pas être touché par les mêmes "améliorations" post-mortem, mais son absence de vêtement m'impose la vision ridicule de sa virilité démesurée qui n'a de cesse de traverser mon champ de vision quand je l'aperçois entre les corps des autres ogres. Et il n'est guère évident de se concentrer sur le combat avec l'image de cette queue qui balance stupidement à droite à gauche dans un mouvement grotesque de balancier à chaque action de son propriétaire.
Je me contente d'esquiver leurs assauts sauvages pendant les premiers instants du combat, mais je ne pourrais pas en encaisser le moindre si je veux m'en sortir. Heureusement ils sont assez lents, et passent une bonne partie de leur temps à se frapper les uns les autres par accident, même si leurs blessures ne leur posent aucun problème. Je passe à l'attaque avec un coup de marteau sur la droite qui a le mérite de transformer en bouillie la main d'une des bêtes qui essayaient de le saisir au passage, mais la réaction est inexistante et ils n'attendent même pas une seule seconde pour repasser à l'attaque. J'évite en me jetant au sol la chaîne de larges maillons d'acier que manie le second ogre et réussit à rouler sur le sol avant que le premier ne fasse claquer sa mâchoire sur ma jambe. J'entends un sifflement dans les airs et ai juste le temps de voir passer au-dessus de moi une lance projetée par un des membres du groupe derrière moi. Ils essaient de me venir en aide, je les avais presque oublié. Je réalise d'un coup que je ne pourrais pas reculer comme ça indéfiniment, il faut que j'avance, ma retraite est bouchée. La lance s'est fichée dans le poitrail du plus grand, qui n'en a visiblement rien à foutre. Je reprend l'attaque dès revenu sur mes pieds par un revers sur la gauche qui réussit à saisir le premier des ogres au niveau des jambes, mais les dommages sont minimes, et il est toujours en état de marcher. Je dois maintenant aussi faire attention à la hampe de la pique qui dépasse stupidement du torse d'un de mes ennemis et menace de me faucher à chaque fois qu'il fait un mouvement. Encore un coup au niveau des jambes, puis un troisième, et un autre, et encore un autre. Finalement, je parviens à déséquilibrer le premier de ces connards et alors qu'il tombe au sol, sans vraiment arrêter de se battre pour autant, un nouveau cri me parvient du groupe dans mon dos.

-Tarik, qu'est-ce qu'il se passe ! Parle moi, putain ! que je crie, sans me retourner.
-T'occupes ! répond le soldat. Un des gars a paniqué et a tenté de s'enfuir ! Le serpent l'a chopé !

Rien à foutre. Ceux qui courent finissent par mourir, dit la voix du berserker. Du coup je reste concentré sur mes quatre ogres, leurs huit jambes à briser et leur cinq crânes à faire sauter. J'évite de justesse un moulinet de la lame gigantesque d'un des trois debout et me remet à frapper du marteau, pour finir correctement celui qui était déjà au sol. Une fois rendu inoffensif, je me retourne vers ses trois connards de copains. Un grand revers de toutes mes forces fait reculer le plus grand et la colère finit de me submerger. Je me jette de toutes mes forces sur le suivant et parvient à le faire tomber dans le lac d'un large coup d'épaule. Déséquilibré par mon élan, je me rattrape de justesse à la première chose qui me tombe sous la main, la hampe de la lance toujours profondément enfoncée dans le torse d'un des deux ogres encore debout. D'un réflexe stupide, je lui décoche un grand coup de genoux dans le torse en reprenant appui sur le sol, mais on ne coupe pas la respiration aux morts et je n'esquive sa riposte qu'en sautant presque en travers du pont, m'écrasant au sol au passage. Je me reprends avec un nouveau moulinet de marteau qui vient s'écraser sur le côté de sa face en faisant sauter sa mâchoire démesurée. Au moins il se retiendra de mordre maintenant. Je me penche pour éviter une nouvelle attaque, qui finit par tourner en ma faveur, le troisième bras du gigantesque cadavre ambulant ayant percuté le plus petit des ogres de toutes ses forces pour l'envoyer voler dans le lac. Je me prépare à frapper un nouveau coup puissant en direction des jambes de mon dernier ennemi debout quand je sens une nouvelle langue de douleur et de rage m'enflammer. Je baisse les yeux une seconde pour apercevoir la hampe d'une flèche noire profondément enfoncée dans mon torse, laissant couler un épais sang noir et bouillonnant. Je porte mon nom comme mes cicatrices. Puis tout devient flou. Juste un flot de rage et de colère. Impossible de savoir vraiment ce qui m'arrive, si ce n'est que je me reprends après quelques instants, et qu'il ne reste plus rien du dernier ogre qui tenait le pont devant nous, qu'une masse de chair et de sang.

-Doucement, Dumb' ! crie Tarik, maintenant à mon niveau. Tu vas détruire le pont, pauvre abruti ! T'as fait le boulot, maintenant magnons-nous de traverser ce putain de pont et d'attendre le patron !

Le mercenaire passe à côté de moi, qui reste à genoux au-dessus de ce qui fut un ogre, il y a longtemps. Mon regard se baisse lentement vers mon torse. La flèche est toujours là, et je saigne toujours. Je réussis cependant à me lever, ignorant le passage de tout le groupe qui me dépasse sans problème, alors que j'oscille lentement, me retenant de tomber à genoux à nouveau. Finalement je reprend la marche, mais j'ai l'impression que le reste du groupe est déjà si loin... J'arrive encore à bouger, et je suis sûr que je pourrais encore me battre. Sûr. Sûr. Mais je n'entend plus que les battements de mon propre cœur, et une voix au fond de moi.

Ne touche pas à la flèche. Si tu l'enlèves, tu vas te vider. Ne touche pas à la flèche. Tu vas faire tomber ce pilier et sortir d'ici. Tu iras boire une bière et tu te trouveras une pute. Ne touche pas à la flèche.
Tu ne peux pas mourir sans témoin.
Ne touche pas à la flèche.
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Gareth Valmort

Le marche-abysse

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Race : Humain
Classe : Lame noire
Métier : Mercenaire
Croyances : Nihiliste
Groupe : Les lames errantes

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Messages : 34

Fiche de Personnage : L'histoire d'une enfance brisée.


MessageSujet: Re: [Libre] Une arène en ville   Mar 12 Juil 2016 - 14:36

Gareth avait honte de s'être détourné aussi facilement de son objectif. Mais cette honte le rendait plus efficace, alimentait sa frustration, son désir de mort, et, présentement, c'était tout ce qui comptait. L'efficacité. La létalité.
"-Je vais te trouver petite fille..." Gronda la bête ensanglantée qui avait prit possession de son corps, tout en retournant du pied un cadavre déchiré. Son regard croisa celui du macchabée durant une courte seconde et quelque chose dans sa poitrine se serra. L'enfant était mort en s'étouffant avec son propre sang et la façon que ses yeux avaient de retranscrire la terreur de ces derniers instants le touchait plus qu'à l'accoutumée, étrangement. Peut-être parce que la petite cage d'où il s'était trainé en rampant lui faisait penser à la sienne, des années auparavant. Ou alors était-ce le reliquat de peluche que son petit corps serrait toujours, même dans la mort ? L'enfant avait abandonné la vie, mais gardait tout contre lui ce qui devait représenter, à ses yeux, l'ultime reste de douceur au sein de ce cauchemar dédié à la douleur. Gareth s'imprégna de l'injustice de la scène. Son corps tout entier se gorgea de colère, de révulsion, de tristesse et de honte. Et Sanglot remercia ce sacrifice d'humanité en lui injectant une nouvelle dose de sa nocive force.
"-La punition arrive, petite fille." Ronronna-t-il, le sourire aux lèvres, ses deux mains fermement refermées sur la poignée de son épée.
Le Marche-Abysse avait conscience de son erreur. En pourchassant ainsi, aveuglément, cette chienne dans le dédale de grotte, sa seule personne mettait tout les autres en dangers. Un homme pragmatique, réaliste, un vrai meneur, aurait surement su retenir ses pulsions meurtrières. Mais Gareth n'avait jamais été rien de plus qu'un chien de guerre guidé par ses fichues ressentiments. Même avant Sanglot. Plus qu'un moyen, la colère était pour lui, depuis toujours, l'unique motivation. Sa lame maudite n'ayant, finalement, qu'accentuer ce fait.
Ca avait été trop tentant. Trop beau. Le mercenaire avait perdu le contrôle à l'instant même où il l'avait vue grimper à cette petite échelle, encadrée par deux énormes molosses de guerres, pour rejoindre un tunnel lourdement gardé par l'ordre, surement dans le but de fuir la colère de ceux qu'ils avaient tourmentés. Celui qui avait traversé les abysses s'était jeté sur la garde d'Aeléa comme...Un animal. Sans même remarquer que leurs lames déchiraient son corps. A un moment, le chevalier-bête s'était vaguement rendu compte qu'on lui avait arraché un oeil. Mais la douleur ne l'avait absolument pas empêché de tuer le deuxième garde du corps de la traîtresse d'un coup de tête, écrasant sans distinction casque et boîte crânienne. Elle s'était enfuie après l'avoir vu déchaîner sa colère sur une nouvelle escouade accourant pour lui prêter assistance. Et depuis lors, elle restait cachée. Fuyant toujours plus loin, sans jamais aider d'une quelconque manière les inconscients cultistes que Gareth croisait en la poursuivant. Sa haine envers lui-même s'agrandissait au fur et à mesure que ses pas l'éloignaient de son véritable objectif, pour une bête histoire de vengeance. Et à cause de cela, ses coups gagnaient encore et toujours en cruauté. C'était le huitième cultiste qu'il laissait derrière-lui en vie. Le dernier, quelques mètres dans son dos, vomissait actuellement les boucles d'intestins tranchées que son bourreau lui avait fourré dans la bouche, après avoir découpé sa mâchoire inférieure.
Et ça faisait sourire Gareth. Il imaginait avec un plaisir non-dissimulé comment les remontées acides devaient se coller au morceau de chair sanguinolent en accentuant la douleur. Comme sa victime se tenait, ses deux mains tremblantes refermées sur ce reste de mâchoire dans l'espoir fou d'arrêter au moins une de ses hémorragies par ce simple geste. C'était tout ce que ces salopards méritaient. La preuve : Même maintenant, alors que tout leurs plans partaient à vau l'eau, ils pensaient à emmener avec eux des prisonniers ! Et dans quel état. Durant sa traversée, Gareth avait dû en tuer un trio, totalement fous, qui s'était jeté sur lui comme une meute de chien, à quatre patte, chacun d'eux affichant un visage à la peau brûlé, lacéré avec une laisse en fil barbelé autour du cou. Les membres de l'ordre les avaient laissés là, attachés à un gros rocher. Et le marche-abysse n'avait pu que leur offrir une mort de chien. Dépourvue de grâce ou d'honneur. Encore un autre moyen d'alimenter son désir de mort.
Soudain. La lumière dans les ténèbres. Un éclair jaune se jeta sur lui pour le transpercer, le foudroyer. Sa carcasse se mit à convulser vivement, sans pour autant stopper son avancée ou pire, tomber à terre. Quelques mètres plus loin, épuisée, le front en sueur, celle qu'il traquait murmurait, les yeux fermés, les paroles du miracle destructeur qui brûlait sa peau. Assiégé par la douleur, le Marche-Abysse sentit ses paupières se consumer, ses yeux couler le long de ses joues noircies et sa langue fondre. Indescriptible souffrance. Une délicieuse nourriture pour celle qui l'accompagnait depuis tant d'année.
La fumée de Sanglot apparaissait tout autour de lui, masquant efficacement de ses ténèbres le décor rocheux. Elle reformait les tissus brûlés aussi vite que l'autre les détruisait. Et toujours, Gareth marchait en direction de sa cible, une parodie de sourire ancrée sur son visage sans peau, à moitié fondu dans les restes d'un heaume calciné.
Finalement, les éclairs cessèrent. La prêtresse tomba en arrière, les yeux exorbités par la peur et l'épuisement.
"-Seigneur, pourquoi m'avez-vous abandonnée?! J'ai tout fait en votre nom, tout ! Sauvez-moi seigneur !"
Le monstre vomisseur de ténèbres face à elle émit quelque chose qui ressemblait à un rire narquois tandis que ses cordes vocales se reformaient. Lamentablement, Aeléa se traina sur le sol, en arrière, dans le but impossible de fuir la douleur qui l'attendait. Propulsée par la terreur, elle écorcha sa si belle peau blanche sur les rochers coupants parsemant le sol. Celui qui allait lui faire mal ne cessait de rire. Il l'observait, avançant dès qu'elle reculait. Se délectant de la moindre gouttelette de sang s'écoulant de ses poignets ou de ses genoux déchirés. Durant un court instant, son rire changea. Prit une teinte plus grave, moins humaine, presqu'éthérée. Et une joie sauvage, bestiale, souleva sa carcasse toute entière. Il entraperçut alors un millier de nuances de rouge, puis un champ de bataille titanesque. Une ville toute entière, dévorée par les flammes, éclairée par un soleil noir. Et une femme, prostrée de la même manière qu'Aeléa, au coté du cadavre d'un homme partageant son sang, incapable de dissimuler véritablement la jouissance que lui procurait la mort de cet être et la douleur de ses propres plaies.
Puis la vision disparue. La joie aussi. Pas la colère.
"-Non ! Non, non ! J'ai tout fait ! Seigneur je vous en supplie !"
Il l'attrapa par la cheville pour la soulever de terre. D'une pression, le monstre lui brisa tout les os du pied puis attendit patiemment qu'elle cesse ses hurlements.
"-Pleures. Chienne illuminée. Pleures et dis-moi. Où est ton dieu, maintenant?"
Aeléa n'eut pas le temps de répondre avant de sombrer dans l'inconscience.



La chaleur d'un doux feu de bois. La saveur sucrée d'un bon vin. A ses cotés, l'éternel vénérable médite, les yeux fermés et les mains croisés sur sa poitrine. La quiétude se lit sur son visage. Et elle la ressent aussi. La jeune femme sait que ce n'est qu'un songe. Rien de plus que la vision fiévreuse d'un vieux souvenir. Mais cela ne change rien, strictement rien.
"-Je doute parfois, mon seigneur."
L'éternel vénérable sourit. Son sourire est celui d'un père aimant tout autant que celui d'un prédateur à l'affût. Car il est les deux à la fois. Il est le Grand Inquisiteur de l'église de Solstice. Et elle est sa protégée.
"-De quoi doutes-tu, ma fille?
-Je doute d'être à la hauteur. Je doute de pouvoir surmonter les épreuves que le Saint Esprit m'envoie. Je doute que notre race soit un jour en paix, qu'elle s'écarte enfin de la voie du pêcher.
-De judicieux doutes. Nous devons toujours douter, sans quoi nous nous égarerons dans l'assurance, la vantardise. L'orgueil." L'éternel vénérable crache presque ce dernier mot. Il a toujours les yeux fermés. Toujours le sourire aux lèvres. Son discours éclairé l'inspire et la flatte. Elle voudrait être comme lui. Avoir sa détermination. Sa sagesse. A sa grande honte. Car cela ressemble dangereusement à de la jalousie.
Soudain, il ouvre les paupières et se lève élégamment pour presqu'aussitôt joindre ses mains dans un geste de prière infiniment précis. Le Grand Inquisiteur se place face au feu et se débarrasse de son sourire pour afficher une mine plus solennel.
"-A présent, ma fille. Prions pour ces hérétiques."
Aeléa s'agenouille pour commencer à réciter. Pour la première fois, elle fait totalement abstraction des cris provenant du feu face à elle. Les saintes paroles sortent naturellement de sa bouche. Et aucun haut-le-cœur ne vient la troubler lorsque l'odeur de chair brûlée parvient jusqu'à ses narines. L'épreuve du bûcher n'en est plus une. Cette empathie mal placée s'en est finalement allée. La souffrance des hérétiques ne sera plus jamais la sienne. Plus. Jamais.

Un autre temps, un autre lieux.
L'odeur de la mort et la pourriture est omniprésente. Il fait froid et le liquide carmin qui croupie dans un verre à sa droite n'a strictement rien à voir avec du vin. Elle s'est élevée, loin des fioritures abjectes d'une inquisition trop mesurée. Loin de l'optimisme imbécile des prêtres de l'église de son Dieu. La purification est la seule solution. Ils refusent de l'accepter. Tant pis. Elle seule le sert comme il se doit.
"-Les paroles de l'Ombre et les vôtres sonnent juste mon seigneur."
L'intéressé sourit. Comme toujours. Ses dents taillées en pointes lacèrent un court instant ses lèvres pelées. Son regard de vipère la sonde, perce sa chair et ses os pour vérifier la clarté de son âme. L'Ombre lui a déjà fait don de sa bénédiction. Personne n'est au courant mais lui, à cet instant. Elle comprend qu'il le sent. Une main blanche, squelettique, se pose sur son épaule. Et son nouveau seigneur se baisse pour murmurer, en lui croquant le lobe de l'oreille.
"-Oui. Nous purgerons ce monde ensemble, ma chère."


La douleur reprend le dessus. Aeléa se réveille et gémit en sentant les lames traversant ses poignets. La prêtresse ouvre des yeux qu'elle ne se souvient pas avoir fermé pour plonger dans l'incompréhension totale. Il ne l'a pas tué. Et son corps avance sans son autorisation. Impossible de tourner la tête. Quelque chose de froid est collé à son dos. Qu'est-ce qui se passe? Le simple fait d'essayer de mouvoir l'un de ses membres déclenche un millier de piques de douleurs, tous plus intenses les uns que les autres. On l'a lacérée. On l'a lacérée et...
Sa vision se brouille alors que la vitesse de sa course augmente. Ses jambes ne bougent pas et pourtant elle avance. Un souffle chaud effleure sa nuque, suivi par le grondement de l'animal porteur d'épée. Passant outre la douleur, la servante de Solstice ose pencher un peu la tête pour contempler ses jambes.
L'horreur l'assiège. Il l'a crucifiée. Il l'a crucifiée à son armure. Et la souffrance continue de la dévorer.
"-Solstice...Mon dieu, pourquoi m'as-tu abandonnée?"


Gareth n'était pas fier, pas plus qu'il n'était honteux, de son action. Aeléa méritait amplement ce traitement. Le mercenaire tenait à ce que Tarik obtienne sa vengeance et emmener la traitresse d'une manière plus conventionnelle l'aurait gêné dans ses mouvements. Alors celui qui avait apprivoisé les Abysses s'était emparé d'une lance abandonnée, l'avait brisée, pour se servir de ses morceaux éparses comme des clous de très mauvaises factures. En plus des pieds et des mains, il avait dû transpercer le ventre de la prêtresse pour éviter qu'elle ne glisse trop et reçoive ses genoux dans les côtes.
Dans le feu de l'action, un simple coup suffirait à lui briser les côtes.
Le mercenaire sentit venir l'effondrement avant même que ce dernier ne se déclenche et vira à gauche dans sa course effrénée pour éviter de subir les affres d'un écrasement brutal sous plusieurs tonnes de rochers.
Ce n'était pas lui qui avait brisé le pilier au centre du camp. Mais Gareth avait vu celui qui en était responsable. Un homme, seul, maigre comme un clou, tenant dans une main le cadavre d'un nourrisson et, dans l'autre, un coffret si froid qu'il fumait, visiblement taillé dans une glace éternelle. Il n'avait pas fallut longtemps au mercenaire pour comprendre ce qu'était le contenu du coffre. Des explosifs. Ou du moins; le vicieux équivalent d'explosif chez l'ordre.
Les cris déchirant de l'homme, ses pleurs, la façon qu'il avait eu de bercé le cadavre du gosse avant d'ouvrir le coffret et d'attendre que l'acide contenu à l'intérieur réagisse au contact de l'atmosphère, cela avait totalement vidé le cœur de Gareth de sa rage. On ne pouvait éprouver autre chose que de la pitié face au sacrifice désespéré d'un homme ayant tout perdu. La détonation n'en avait pas été une. Une brume verdâtre était sortie du coffre pour faire fondre l'homme larmoyant, puis ronger la pierre du pilier.
Ca avait suffit.
Et maintenant, le mercenaire priait pour que les autres, au lac, ne décident pas d'achever le plan sans lui.
Un énorme chien à tête de crocodile occupé à dévorer le cadavre d'un de ses maîtres, visiblement peu préoccupé par le chaos ambiant, grogna a son approche sans pour autant l'attaquer. Sans doute à cause de cette folle clouée à son plastron. Ce qui avait l'air d'être un tas d'os géant s'effondra sur une tente un peu plus loin et des morceaux de côtes d'un blanc laiteux lacérèrent les joues d'Aeléa tout en griffant son armure sans parvenir à la percer. Les gémissements de cette dernière le firent pouffer.
"-Je pensais qu'une amatrice de douleur dans ton genre serait moins douillette, petite fille." Cracha le mercenaire en sautant au-dessus des restes d'un bucher pour atterrir face au pont du lac souterrain.
"-Je te hais." Répondit-elle simplement, et bien que sa prise ne put le voir, Gareth approuva en dodelinant de la tête avant de souffler :
"-Alors nous avons un point en commun."
La traversée du pont se révéla chaotique. A cause du serpent d'eau, tout d'abord, qui manqua de lui attraper la jambe lorsqu'une planche céda sous le poids de son armure. Mais surtout à cause des tremblements incessants. A mi-chemin, un énorme rocher s'était décroché de la parois pour couper le pont et ce dernier s'était mit à se démanteler en petite plate-forme de bois douteuse. Gareth avait dû sauter de planches en planches pour rejoindre la terre ferme, une action relativement douloureuse pour ses muscles déjà enflammés par d'incessantes régénérations.
Mais il y était parvenu. Et ce, sans perdre le corps percé de la prêtresse. Elle s'était égosillée lorsque son porteur avait commencé à bondir, si bien que maintenant, plus rien d'autres que des sifflements déchirants ne sortaient de sa bouche entrouverte. Un châtiment cent fois mérité, mais aussi un pitoyable spectacle. Gareth s'en voulait presque d'éprouver un similis pervers de joie en l'entendant souffrir.

"-Ah non, une fois mais pas deux ! Vous voyez bien que c'est Gareth !"
Le tireur laissa son chef à bout de nerf lui confisquer son arc et recula d'un pas à l'approche du monstre de métal. Tarik le congédia d'un mouvement de menton avant de faire volte-face, en s'interdisant lui-même de dégainer sa propre lame. Derrière le soudard, Gherald et quelques prisonniers tremblants fixaient d'un regard terrifié le golem sanglant qui marchait d'un pas rapide dans leur direction. Un peu plus près, Dumbark attendait, assit contre le dernier pilier. L'empennage d'une flèche dépassait de son torse de bœuf. Durant un court instant, Tarik s'en voulut de ne pas avoir la même attitude posée que l'orque berserker. De douter, à la vue de son employeur et de la prisonnière liée à son armure. Il ne pouvait pas en vouloir aux autres survivants d'avoir peur de ce Gareth-ci, car sa propre personne tremblait imperceptiblement dès que ses yeux se posaient sur le grand mercenaire. Comment était-ce possible d'avoir autant de sang sur soi? L'acier des plastrons et des heaumes avait tendance à être moins taché que les autres pièces d'armures, en temps normal, parce que le raisiné glissait le long des plaques de protections lisses. Mais...Là. Ici...Ce n'était pas le cas.
L'intégralité de l'armure et, Tarik s'en doutait, l'intégralité du corps de son employeur était couvert de sang. Ceci, doublé au fait qu'un amas de fumée porteuse d'ombres indistinctes se formaient dans le dos du Marche-Abysse, suffisait à troubler suffisamment Tarik pour qu'il oublie presque la présence de la chienne attachée au plastron.
Presque.
"-Tu as retrouvé cette putain." Grinça-t-il dans un sourire cruel.
L'intéressé hocha la tête puis décrocha la demoiselle sans ménagement pour la jeter à ses pieds. A la vue du visage couvert de cendres de celle qui avait tué son frère, la bouche de Tarik se gorgea de salive et son coeur, de haine.
"-On t'a attendu pour le dernier pilier.
-Merci." Gronda le Marche-Abysse en lui passant devant pour se diriger vers la structure susmentionnée. Tarik le retint par le bras et murmura :
"-Dumb' est blessé. Il dit que ça va mais je ne suis pas un imbécile. Gherald non plus. La flèche à percée quelque chose d'important, tu vois."
Le heaume couvert de sang se tourna vers l'épaisse silhouette de l'Orque.
Puis Gareth fit volte-face pour soulever de terre le corps perclus de douleur d'Aeléa.
"-Soigne le, soigne Dumbark."
Il y eut un court silence. Et durant ce dernier, Tarik parvint presqu'à croire que ça allait marcher, qu'elle accepterait d'un coup, comme ça. Sa main droite s'était levée en direction de Dumbark, son corps s'était mit à briller d'une faible lueur, elle avait psalmodié un début de miracle. Et puis la prêtresse avait passé outre sa propre souffrance pour éclater d'un rire hystérique.
"-Au moins vous emporterais-je avec moi."
La rapidité d'action de Gareth n'avait strictement rien d'humain. De ça, Tarik était certain. Ce constat n'avait jamais été aussi vrai qu'à cet instant précis. Avant même que la traîtresse eut finit sa phrase, le mercenaire lui coupa la main et jeta cette dernière, remplie d'éclair, loin d'eux. La seconde d'après, l'appendice trancher explosait en électrifiant le lac.
"-Il te reste encore une main. Soigne le." Répéta le Marche-Abysse, alors que les autres membres de la troupe se remettait encore de la déflagration soudaine.
"-Non."
Elle était à genoux maintenant, trop faible pour bouger sans doute. Sa main valide enserrait son moignon à moitié calciné et de répugnantes larmes noircies par la suie et la cendre coulaient le long de ses joues. Tarik dégaina l'épée de son frère mais fut à la fois devancé et décontenancé par l'action suivante de Gareth. Le Marche-Abysse s'était baissé pour attraper la demoiselle et déchirer entièrement ses habits, de sorte à ce que sa poitrine nue soit à la vue de tous. Ceci fait, il l'obligea à se lever, la tourna vers les prisonniers que son ordre avait torturé, finit de la déshabiller mécaniquement, puis lui murmura à l'oreille.
"-Est-ce que la chienne que tu es devine ce que je vais laisser faire, maintenant, si tu ne t'exécutes pas?"
Tarik le devinait lui. Il le devinait et souriait. L'ultime déshonneur avant la mort. C'était tout ce qu'elle méritait après tout.
"-Maintenant, soigne Dumbark."
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Dumbark Sang-Noir

Le Briseur

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Race : Orque
Classe : Berserker
Métier : Gladiateur
Croyances : Le Fléau/Dieu de la guerre
Groupe : Le Pays

Âge : 29 ans

Messages : 28

Fiche de Personnage : Qui est le Briseur ?


MessageSujet: Re: [Libre] Une arène en ville   Sam 10 Sep 2016 - 18:59

J'ai connu pire. Je suis à peu près sûr d'avoir connu pire. Je remonte lentement les dernières dizaines de mètres du pont, voyant le reste du groupe devenir des points de plus en plus flous à l'horizon, alors que mon champ de vision semble se réduire anormalement vite. Et tout ce à quoi j'arrive à penser, c'est que j'ai connu pire.
Ne touche pas à la flèche.
Y a eu ce type à Dormiij, qui m'avait presque tranché la jambe après m'avoir fait boire sa saloperie de potion de sommeil. Je me serais vidé de mon sang sans même m'en rendre compte si un mage blanc ne m'avait pas trouvé par hasard. Y a eu ce minotaure à l'arène qui avait traversé mon poumon et brisé sa putain de corne en moi, ou ce type des Capes Blanches, Ronin Shertel, qui m'a coupé l'oreille d'un coup de sabre et a failli emmener le crâne avec. Et à la bataille des trois collines, quand un ogre a brisé chaque os de mon corps, mais s'est fait tuer par un autre mercenaire de mon groupe avant d'avoir pu finir le boulot. Près d'Oro, dans le Sud, où un groupe de miliciens avaient réussi à m'arrêter un matin de gueule de bois et m'avaient condamné à être pendu pour payer mes erreurs d'alcool de la nuit. Que le Fléau soit remercié pour mon cou de taureau, ce jour là, et sur les quelques amis que je m'étais fait à la taverne et qui sont venus me décrocher avant que je m'étouffe.
Oui, tu as connu pire. Mais ne touche pas à la flèche.
Mes yeux sont fixés sur mes pieds. Un pas, puis l'autre, et encore un autre après. Remonter le pont. Faire tomber le pilier. Sortir.
Où est la voix du berserker ? J'en ai besoin. Maintenant. Elle a disparu avec le dernier des ogres. Ce pont est trop long, et chaque pas me fait mal. Les autres ont disparu à l'horizon. Il ne reste que moi et la flèche. J'ai besoin de la voix. Mais j'ai déjà connu pire.
Ne touche pas à la flèche.
J'emmerde la mort. J'ai trop tué pour son compte, elle me doit quelque chose. Devant mes yeux papillonnent des corps sans vie et des visages qui hurlent, à mes oreilles des voix que j'ai entendu il y a des années. Je reconnais des figures, sans parvenir à mettre un nom dessus. J'ai étranglé cet homme. Et brisé celui-là. Je suis à peu près sûr d'avoir mis le feu à celui-ci il y a peu. Ça paraît loin, maintenant, mais la foule s'en rappelle. Mais lui, je sais que je ne l'ai pas tué, même si je l'ai vu mourir.
"-Tu tues toujours pour qui paie le mieux, Dumb' ? dit-il d'une voix traînante que je n'ai pas entendu depuis au moins quinze ans. Tu m'avais promis de te ranger."
Je promets ce qu'ils veulent aux mourants. Ils seront morts de toute façon, ça ne dérange personne. Et ta gueule. Je t'ai enterré moi-même, tu ne peux plus parler.
"-C'est vrai, l'orque, rajoute une voix rocailleuse de sergent en retraite, je suis à peu près sûr que tu as juré de servir la Rébellion. Et tu vends ton bras ?"
Toi aussi, ta gueule. Tu n'es pas ici, tu es à Venill. Sers ton putain de Pays au Sénat. J'ai juré pour le chaos et la liberté, et vous muselez l'un et l'autre. En plus, caner les groupes de tueurs qui se baladent dans vos campagnes, massacrant à volonté, c'est ça, servir le Pays, vieux con.
"-L'arène, c'est ta place, Dumb', dit d'une voix douce le vieil homme au casque à cornes, tu as encore du sang à faire couler."
Toi, je t'ai tué. J'ai brisé ton corps et ton épée, et j'ai planté ta tête et ton casque dessus, au centre de l'arène. Si je ne l'avais pas fait, tu m'aurais tué toi-même. Tu me l'as dit. Je me souviens.
"-Ça ne change rien. Tu vas mourir dans un trou, et personne ne se souviendra de toi."
Le visage de l'orque qui a susurré ces mots danse une seconde devant moi. Elle sourit toujours, ses longs cheveux bruns tressés tombant sur ses épaules. Ses yeux ont toujours cet éclair jaune et sang qui m'avait hypnotisé quand on couchait ensemble. Pas possible. Toi aussi, tu es morte. J'ai enfoncé un tesson de bouteille si loin dans ta gorge que ça a buté contre tes cervicales. Tu devrais faire des bulles de sang en essayant de parler, comme ce jour là. Tu m'avais frappé si fort avec ce tabouret durant cette dispute que le sifflement dans mes oreilles m'a empêché de dormir pendant six jours entiers. Je me souviens de ça. Et des bulles de sang.
"-Ça ne change rien, que tu répètes. Tu vas mourir dans un trou, et personne ne se souviendra de toi."
Je t'emmerde, pute.

D'un coup les visages disparaissent, alors que je sens le sol changer sous mes pieds. Sans m'en rendre compte, pas traînant après l'autre, j'ai réussi à traîner ma carcasse jusqu'à la terre ferme, laissant derrière moi les planches vermoulues de ce pont de merde.
Je lève une seconde les yeux du sol, et jette un regard autour de moi. Personne à l'horizon, mais je peux voir le pilier. Il paraît si loin. Mais quelque chose d'autre se détache, s'agite, à la périphérie de l'invisible. Une forme flou, qui s'échappe des autres formes floues au fond de mon champ de vision, et qui s'approche de moi. Ma main droite se crispe sur le manche du Briseur, tandis que la gauche s'égare à effleurer la hampe qui dépasse de mon torse de bœuf.
Ne touche pas à la flèche.
Mes doigts glissent sur le bois sans le saisir, surtout sans la retirer. Je suis pas si con. Cette forme qui approche doit mourir. Je dois réveiller la voix, la colère, ou je ne suis même pas sûr de pouvoir atteindre le pilier et le reste du groupe.
Je n'ai eu le temps de faire qu'une petite dizaine de pas qu'il m'a presque rejoint. Je le connais. Un blond, maigre comme un clou, avec l'air d'attendre juste de se coucher pour mourir. Je l'ai déjà vu. C'est... C'est le prisonnier qui connaît le chemin pour sortir, oui. Pas de chance.
-Dumbark ! qu'il gueule en s'approchant. Dumbark ! Tarik veut savoir si ça va, il s’inquiétait de pas te voir arri...
Trop près. L'allonge d'une arme, ça ne s'oublie pas. Il a suffit qu'il franchisse ce dernier pas, qu'il s'approche d'un pied de trop, pour être fauché par le Briseur, en plein dans le torse. Le bruit de ses os qui se brisent suffit à relancer en moi le sang qui semblait s'être ralenti. Son corps est projeté sur le côté comme une poupée de chiffon alors que je m'élance sur lui, à califourchon sur son ridicule corps recroquevillé. Ma vision se précise à nouveau alors que je le détaille le temps d'un battement de cœur. Ses yeux exorbités se remplissent de sang alors que ses mains se pressent sur son torse, autour d'un morceau de côte qui dépasse après avoir perforé son poumon, laissant échapper un faible et lent sifflement alors qu'il tente d'inspirer.
-Pou... Pourquoi ? parvient-t-il à dire avec son dernier souffle.
Je saisis sa mâchoire inférieure et l'arrache d'un seul coup, alors qu'en une seconde je l'ouvre en deux de bas en haut à l'aide de ma hache de lancer.
-Tu l'entends ? Est-ce que tu l'entends ? que je lui demande, frénétique.
Mais, à part un hurlement vite étouffé, le gamin ne répond pas, il ne répondra plus. Mais je sais qu'il a entendu. Il a forcément entendu la voix du berserker. Elle s'est remise à crier au fond de moi, si fort que je ne peux pas être le seul à l'avoir entendu. Je me relève vivement et fait un pas, puis deux. La douleur a disparu, ne reste que la colère et la rage de vivre. La voix me parle à nouveau, pour un moment du moins, et elle m'a rappelé quelques choses que je ne devrais jamais oublier. Que je suis indestructible, que j'emmerde ceux qui pensent avoir leur mot à dire sur ma dernière heure. Je tomberai quand je l'aurai décidé, et d'ici là, merde à mes ennemis, merde aux dieux et merde à la Mort. Le berserker ne craint rien, et ne meurt jamais.
J'arrive tout de même à jeter un dernier coup d’œil aux restes du gamin avant de partir rejoindre les autres. Si près de sortir. Dommage.

-Eh, Dumb' ! T'étais où ? L'est où Feriz ? me demande Tarik alors que je rejoins le reste du groupe quelques minutes plus tard.
-Mort, que je souffle. Et on le sera aussi bientôt si on fait pas tomber cette saloperie !
-Qu'est-ce que... Putain !
Pas le temps de finir ses pensées que je me suis déjà élancé de toute mes forces, l'épaule en avant, sur ce dernier morceau de putain de pierre qui a l'air de m'empêcher de revoir le ciel. J'ai du sang à faire couler au regard des dieux, pas le temps de mourir ici. Le choc est brutal, et j'ai l'impression que quelque chose bouge dans mon torse. Du genre longue tige de bois avec une pointe métallique, avec risque de mort. Du coup, je ne me défend pas trop quand Tarik et les autres se jettent sur moi pour m'empêcher de recommencer. Mais qu'ils me remplacent, bordel, pas à moi de faire le boulot.
Je vois la bouche de Tarik s'agiter, mais impossible de saisir un mot de ce qu'il dit avant de longues secondes qui coulent comme des minutes.
-Putain, Dumb', que je réussis finalement à comprendre, on attend le patron ! Dis moi plutôt ce qui est arrivé à ton putain de torse, grand con d'orque !
-Flèche, que je siffle, m'affalant lentement contre le pilier. Rien de grave. Fais tomber le pilier et je t'offre une pinte.
-Le pilier ? Que...
-Fais le tomber, que je dis. Vite.
-On attend le patron ! répète-t-il, en détachant chaque syllabe comme si j'étais un putain de demeuré.
Sa voix m'agace. Et la colère me crie des insultes plus sales les unes que les autres.
-Frappe-moi.
-Qu... Quoi ? demande-t-il, incrédule.
-Je vais bien. Mais frappe-moi, sang de merde, très fort. Avec une pierre. Sur le front.
-Dumb', commence-t-il, je...
-Un monstre d'acier qui s'en vient ! l'interrompt un des prisonniers un peu plus loin. Un mort qui marche !

Tarik se retourne en hâte et se précipite, la main déjà sur l'épée. Moi, je n'ai même pas encore réussi à me redresser que je reconnais déjà la silhouette de Gareth. Du coup je me laisse retomber, et prend mon temps pour le regarder s'avancer. Grand, balèze, sacré fils de pute, avec une épée qui mange les gens et une bonne habitude de briser des crânes à mains nues. La voix en moi crie l'espoir de le rencontrer un jour sur le sable de l'arène. L'odeur du sang qui l'accompagne m'enivre, et avec lui, une petite surprise dans le dos qui fait pousser un sourire sur mon visage plus vite qu'un tonnelet de bière.
-Ah non, une fois mais pas deux ! gueule Tarik en empêchant le pouilleux de tirer sur le patron.
Vous voyez bien que c'est Gareth !
Le sourire s'agrandit. Même si elle a l'air d'en avoir chié, je suis à peu près sûr que cette armure pourrait encaisser les tirs de ce putain d'arc. En revanche, celle qui aurait du mal à encaisser, c'est la connasse qu'il se balade dans le dos, comme une tapisserie épinglée au mur. Elle est revenue à la maison. La voix crie en moi qu'il faut la tuer. Tarik et Gareth discute un petit moment, pendant lequel je crache un gros mollard rouge qui vient s'écraser à côté de moi. Presque plus de salive là-dedans, que du sang. Rien à foutre. Tuer la pute, tomber la colonne, sortir, ne pas toucher à la flèche.
Soudain, alors que Gareth semblait prêt à faire tomber le pilier, il s'interrompt après quelques mots de Tarik que je suis trop loin pour entendre et se penche pour ramasser la prêtresse de mon cul. Cette forme pitoyable qui a été une prêtresse un jour, en tout cas. Je crache à nouveau. Salope. Il la soulève de terre comme si de rien n'était et s'approche de moi. Tout ce que j'ai à lui offrir, c'est mon sourire ensanglanté alors que Gareth me montre du doigt.
-Soigne-le, fait-il. Soigne Dumbark.
Je n'arrive pas à faire échapper un vrai rire tonitruant de ma gorge, mais c'est pas faute d'en avoir envie. Tout ce qui sort, c'est un genre de grondement hilare, un ricanement de pierre. J'y crois pas. Il veut qu'elle me sauve la vie, et c'est de loin la meilleure idée que quiconque ait eue depuis qu'on est dans cette putain de grotte. Et pendant quelques secondes, j'ai presque l'impression que ça va marcher. Y a comme une lueur dans sa main, et des mots de pouvoir sur ses lèvres. Qu'elle arrive encore à bouger après ce qu'elle a dû subir crucifiée sur le dos du patron m'impressionne, surtout si c'est pour sauver un ennemi.
C'est à ce moment là de mon train de pensée que la voix du berserker me reprend. Trop beau pour être vrai. Salope et fausse. Seuls les cons y croiraient. Et effectivement, en un battement de cœur, elle a cet éclair de haine et de vengeance dans les yeux et la lueur dans ses mains prend des couleurs de flamme et de foudre. Heureusement, si seuls les cons se font avoir, Gareth doit pas être de ceux-là, car il réagit plus vite qu'elle ne le prévoyait et lui tranche la main avant de l'envoyer finir son coup de pute dans le lac. J'ai à peine eu le temps d'assimiler ce qui vient de se passer qu'une détonation vient troubler la surface du lac, comme quoi, on a échappé à un bottage de cul magique assez sec.
Mes yeux se lèvent vers le sommet de la grotte, alors que Gareth réitère sa demande, histoire de vérifier qu'on se prenne pas le plafond sur la gueule. Tout à l'air d'aller, jusqu'à ce que le simple "Non" d'Aéléa me rappelle à ma condition médicale plus que précaire. Tant pis, alors, si je dois caner, je tuerais du monde d'abord.
D'un coup, on dirait que Gareth a complètement perdu l'esprit, alors qu'il se met à foutre à poil la gamine et à la jeter comme un fétu de paille aux pieds des prisonniers sous le regard d'abord surpris puis appréciateur de Tarik. Petit enfoiré d'humain. Oh, ça, ce n'est vraiment pas gentil. Mon sourire réapparaît sur mon visage aussi vite qu'il était parti. Les larmes de la gamine qui creusait déjà un sillon brûlant sur ses joues, coulent maintenant comme un torrent de cendres et de fumée qui vient se perdre sur son corps nu. On dirait que le temps s'arrête alors que tout un chacun détaille, à travers le sang des blessures et le faible rempart de son unique main crispée, les tatouages obscènes qui s'étalent sur la petite poitrine et les cuisses musclées. Si toutes les femmes avaient des instructions aussi graphiques tatouées sur le corps, je jure sur la tête des dieux que plus un homme ne serait malheureux en amour. Mais peu importe pour moi les positions fantaisistes et les sexes volumineux dessinées par l'artiste, ce qui finit d'exciter en moi la rage et les instincts les plus bas, c'est cette coïncidence de l'encre et du sang, dans une danse d'un érotisme à faire bander un âne mort.
D'ailleurs, je ne sais pas si c'est ça qui fait le même effet aux prisonniers mais plusieurs s'approchent déjà, avec plus de haine que de désir dans les yeux. Je comprends ça, j'avoue, après ce qu'ils en ont bavé. Aéléa se recroqueville sur elle-même, gémissant des appels à son dieu et à la pitié de ses bourreaux, n'arrivant pas à quitter des yeux la dizaine d'hommes affamés et enragés qui se rapprochent d'elle lentement mais implacablement. Pas le moindre geste pour me soigner, en revanche.
C'est la fin. Elle me soignera pas. Et je mourrais ici. La colère coule en moi, coupant la douleur, mais pas le filet de sang qui continue à s'écouler de mon torse. Elle me glisse des mots de haine et de revanche. C'est vrai, quitte à ce que je m'arrête ici, autant que ça se fasse comme j'ai toujours fait : en faisant souffrir quelqu'un. A quoi bon survivre quelques minutes de plus sans ennemi ? Si je meurs, c'est avec elle. Quitte à mourir.
La foule qui s'approchait de la prêtresse s'interrompt une seconde, tout leurs regards tournés vers moi alors que je me relève, dépliant ma large silhouette contre le pilier de pierre branlant. Ma main gauche s'accroche à la ceinture de mon pantalon de cuir, alors que la droite saisit à pleine main la hampe qui sort de mon torse.
Ne touche pas à la flèche.
Ta gueule.

Sans le moindre égard pour la douleur - que je ne ressens même pas, du reste – j'arrache la flèche d'un simple mouvement de main, regardant avec fascination mon épais sang noir s'échapper à torrent de mon torse déchiré par les putains de barbillons de cette flèche d'enfoiré. Pas de sifflement, au moins, c'est pas les poumons, je pourrais me défouler avant de me vider. Je relève lentement les yeux vers Aeléa, qui me fixe maintenant les yeux écarquillés, à mi-chemin entre l'incompréhension et la terreur.
Les derniers doutes quant à mes intentions disparaissent alors que je desserre lentement ma ceinture qui se couvre de mon propre sang à chaque seconde. Gherald détourne les yeux, mais Tarik, un rictus mauvais déformant son visage accélère le mouvement en décochant un grand coup de pied chassé dans le dos de la prêtresse qui l'envoie s'écraser devant moi comme un sac de merde. Je jette un regard vide aux prisonniers, qui n'ont pas l'air de trop m'en vouloir de leur passer devant au moment de se venger de cette connasse, avant de baisser les yeux sur celle-ci.
Elle me regarde, essayant de se redresser sur sa seule main indemne. Les larmes ne coulent plus, mais elles ne cesse d'agiter la tête de droite à gauche, ses lèvres formant un "non" qui ne sort pas.
-Je t'avais dit, que je lâche. Je t'avais dit qu'il se passerait des choses pas jolies.
-Non, réussit-elle finalement à articuler, alors que je commence à baisser mon pantalon. Non...
-Ta gueule. Tu crieras plus tard.
-Je vais... souffle-t-elle rapidement. Soigner... Je vais.

Ça c'est une bonne nouvelle, parce que je pense pas que j'aurais pu être en état de faire quoi que ce soit, maintenant que je suis littéralement en train de me vider par le torse. Je m'écroule à nouveau contre le pilier, un sourire au visage, alors que Tarik et Gareth s'approchent pour contrôler qu'elle ne se laisse pas aller à un dernier acte de vengeance. Mais cette fois, j'ai le sentiment que tout ira bien, et qu'elle fera ce qu'elle peut pour améliorer un tant soit peu sa position dans nos cœurs.
-Ça va faire très mal, me prévient-elle même.
Imbécile. Rien ne peut plus me faire mal. Je sentirais la mort ou la guérison, rien d'autre. De toute façon, sans attendre mon assentiment, elle murmure quelques mots en fixant la crevasse qui a déchiré mon torse avant d'enfoncer brutalement sa main valide dans la plaie.
Je ne sais pas vraiment ce qui me fait alors hurler de toutes mes forces, un rugissement qui résonne dans la caverne comme le tonnerre, mille cors de chasse qui se répercutent en même temps sur les parois de pierre. Est-ce que c'est la douleur, la rage, ou cette nouvelle chaleur dans mes entrailles, ce nouveau torrent de sang qui se répand dans mon corps, réapparu par magie dans mes veines maintenant refermées. Toujours est-il que je me sens plus vivant que je ne l'ai jamais été quand sa main s'extraie lentement de mon torse avant de s'atteler à refermer la plaie maintenant superficielle qui s'étend largement entre mes côtes.
-Laisse une cicatrice, que je dis avec un clin d’œil amusé, ça me fera un souvenir.
Elle me jette un regard plein de mépris mal dissimulé et d'une haine toujours flamboyante qui me fait éclater d'un rire à nouveau tonitruant.
-Tu as le même éclair dans les yeux qu'une orque que j'ai connu, que je dis après m'être calmé. On a jamais baisé si bien que le jour où elle a essayé de me tuer, tu rates quelque chose !
-Tu... Tu es une bête ! crache-t-elle, avec un nouvel éclair de dégoût.
-Oui, c'est ce que disent les filles le matin, que je réplique. Je te dis : tu rates quelque chose.

D'un coup, le gantelet de Gareth qui se referme comme une serre sur son épaule lui rappelle qu'elle n'est pas là pour échanger des galanteries avec l'orque qu'elle vient de sauver, mais qu'elle risque toujours une lente, douloureuse et désagréable expérience à venir. Son regard de bête traqué va de Gareth à Tarik, puis aux prisonniers, à la recherche d'un soutien qui ne vient de nulle part. Finalement, en désespoir de cause, elle se tourne à nouveau vers moi, pitoyable face de la terreur, sentant bien que je suis de loin le type de meilleure humeur aux alentours.
-Pitié, dit-elle simplement. Tuez-moi vite.

Encore une fois, tout ce problème de la torture et de la mort. J'ai le sentiment diffus de lui valoir quelque chose, mais je sais que c'est même pas la peine d'y penser. C'est pas à moi de décider, j'ai ni souffert, ni perdu un frère dans tout ce bordel. Alors je jette un œil à Tarik, à Gareth et aux autres, avant de me redresser et de m'épousseter tranquillement. Et puis merde.

-Partez avec elle dans les tunnels pendant que je fais tomber ce pilier. Faites-en ce que vous voulez en attendant que je vous rejoigne, mais faites ça proprement et vite, si mon avis a une importance pour vous. Ce qui est sûr, c'est que je participerais pas aux réjouissances.

Quelques minutes plus tard, je les regarde disparaître dans un tunnel, tous, les uns après les autres, transportant Aeléa comme un sac de pleurs et de peurs, me laissant avec la tâche stupide de faire tomber ce pilier. De toute façon, je suis le seul à pouvoir le faire sans aide et comme ça, y en a qu'un d'entre nous qui risque de tout se prendre sur la tronche. Je jauge la taille de la colonne de pierre, une bonne trentaine de mètres de long, et un ou deux de diamètre, avec de gros blocs de taille, des poutres et des rochers plus grossiers entassés ensemble par un simple ciment. Rien de bien méchant, mais je pense que mon épaule doit être toujours déboîtée. En quelques secondes, j'arrive heureusement à trouver une poutre non loin qui me servira de bélier. Elle fait au moins deux quintal quand je la soulève, mais j'arrive pourtant à taper une course d'une dizaine de mètre avant de venir frapper aussi fort que je peux contre cette saloperie de pilier. Pas de réaction au premier coup, ni au deuxième, mais le troisième voit dégringoler des petites pierres du plafond, à ma grande joie. Après le quatrième, j'évite de justesse un bloc large comme moi qui se détache de la colonne qui réussit pourtant à rester stable.
Une dernière fois, je me prépare à prendre mon élan en reprenant mon souffle. La course sera simple. Dix mètres avec cette putain de poutre. Puis le choc, les tremblements dans les bras et dans la pierre, et normalement chute de ce pilier de merde. Alors, pas un regard en arrière, pas une seconde d'hésitation. Dès que j'ai frappé, je lâche la poutre et je cours aussi vite que possible vers ce tunnel, là bas. Cent mètres. Je peux le faire.
Je m'élance, et j'ai l'impression de voler, malgré le poids de la poutre dans mes bras. Quand le choc arrive, je me sens presque frappé avec violence, tellement l'effet retour est puissant, mais je réussis à éviter de tomber à la renverse en entendant le grondement terrible d'une grotte entière qui s'effondre. Je repars aussi vite que je peux, sans prêter attention aux morceaux de roche de plus en plus grands qui s'écrasent à mes côtés. Le tunnel s'approche. Cinquante mètres. Quarante. Le plafond entier s'effondre. J'entends un sifflement démentiel, et le son d'une roche de la taille d'une maison qui s'écrase dans un lac. Trente mètres. Je trébuche sur une pierre qui roule dans ma direction et me reprend juste à temps pour éviter un nouveau bloc. Je continue à courir avant même de me relever, titubant à moitié à quatre pattes sur quelques mètres avant de finalement me redresser complètement. Merde ! Merde ! Merde ! Vingt ! Dix ! Les derniers mètres volent sous mes pieds et finalement j’atteins le couvert plus solide du tunnel. Je ne suis pas hors de danger pour autant. Un nuage de poussière se précipite vers moi alors que la grotte continue de s'écrouler dans mon dos, menaçant de transmettre la catastrophe jusque dans les tunnels environnant. Je continue de remonter le tunnel de plus en plus haut, sans réfléchir, à la lumière de quelques torches disposées contre les parois, par mon groupe ou les fils de pute que j'ai cané, je ne sais pas. Courir jusqu'à ce que je n'ai plus de souffle, et courir encore après.
Finalement, je débouche dans une caverne qui semble minuscule après la taille de l'autre, et où le hurlement des dieux de la grotte en contrebas n'est plus qu'un grondement diffus à l'horizon. Tout est très sombre, mais dans les ombres qui s'approchent de moi, je reconnais avec un sourire mon groupe de tarés.

-Je promets sur ma tête que j'offre une tournée générale en sortant d'ici, que je leur sors avec un sourire et un crachat dès que j'ai réussi à reprendre un semblant de souffle. Mais je vous l'avais dit qu'on s'en sortirait.

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Gareth Valmort

Le marche-abysse

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Race : Humain
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Fiche de Personnage : L'histoire d'une enfance brisée.


MessageSujet: Re: [Libre] Une arène en ville   Mar 25 Oct 2016 - 15:39

"-Posez-là ici. Et partez." Souffla Tarik.
Les autres échangèrent des regards confus, les prisonniers surtout. Ce n'était pas ce qui était prévu. Gareth le voyait dans leurs yeux. Ils désiraient aussi leurs vengeance. Mais...Le ton emplit de souffrance et de colère du frère survivant les empêchaient de tenter quelque chose. Parce qu'en cet instant, en vérité, ce sauveur ressemblait à s'y méprendre à leurs anciens bourreaux.
Menés par Tarik, le petit groupe était arrivé face à une intersection. Le chemin de droite, marqué par les aller-retour constant des membres de l'ordre, indiquait visiblement la sortie alors que l'autre, à l'opposé, menait dans un tunnel bas de plafond ténèbreux et peu avenant. Contre toute attente, Tarik avait prit à gauche. Et la raison de ce choix paraissait désormais tout à fait clair : Il désirait s'isoler avec Aeléa, le temps d'une vengeance. En constatant cela, Gareth avala lentement sa salive, trop blasé pour être surpris, mais pas assez pour empêcher le dégoût de déformer ses traits. Finalement, le porteur d'Aeléa s'exécuta et cette dernière piailla quelque chose d'inintelligible lorsque son corps nu fut projeté sur le sol froid et humide de la grotte, juste aux pieds du frère de celui qu'elle avait tué.
"-Tirez-vous, je vous rejoindrais plus tard."
Un court instant de flottement. Gareth fit volte-face en premier, résigné à le laisser accomplir ses sombres desseins. Gherald le dépassa, les sourcils froncés, pour arriver au niveau de son chef et poser sa main sur l'épaule de ce dernier.
"-T'es pas obligé de faire ça chef.
-Tires-toi de là Gherald."
L'intéressé hocha la tête, sans ajouter un mot, suivi par les quelque prisonniers rescapés. La tentative de Gherald avait fait apparaître un sourire sans joie sur les traits fatigués du Marche-Abysse. Qu'était-ce donc que ceci? Avait-il tenté de sauver les apparences en crachant une phrase aussi dénuée de sens et d'âme? "Pas obligé de faire ça". L'étrange regard du mercenaire se posa sur le dos de Tarik, qui s'était accroupi aux cotés de sa victime, légèrement appuyé sur la lame de son frère. Bien sûr qu'il y était obligé. La vengeance n'allait pas apaiser la douleur de la perte de Tarvitz, mais qu'importe. La souffrance de cette chienne allait conférer à Tarik quelques instants d'une sombre félicité. Et c'était tout ce qui comptait. Gareth le savait, parce qu'il l'avait déjà fait, des années auparavant...Non, à quoi bon se mentir, quelques instants auparavant, lorsque ce corps qui était le sien avait horriblement crucifié et brisé celle qui gisait là désormais. Oui. En y réfléchissant, le Marche-Abysse comprenait parfaitement Tarik. Ce qui ne l'empêchait pas d'appréhender avec dégoût ce qui allait suivre.
"-N'essaie même pas de m'en dissuader Gareth."
Ledit Gareth demeura immobile, les bras ballants tandis que la lame dans son dos se remettait à vomir un flot de fumée noire.
"-Ce n'est pas ce que je fais.
-Alors pars." Cracha l'autre en se retournant soudainement. Le mercenaire fut surprit de constater que deux sillons de larmes étaient apparut sur les joues du futur bourreau. "Je ne veux pas que quelqu'un d'autre assiste à ça. Tu comprends?"
Gareth ouvrit la bouche pour répondre...Avant de se raviser en fermant les yeux. Sans un mot de plus, le Marche-Abysse rebroussa chemin, abandonnant la prêtresse sanglotante à sa triste, mais méritée, fin.
Tarik lui en fut reconnaissant. Calmement, le soudard attendit que son patron du moment disparaisse totalement dans les ombres de la grotte en caressant le pommeau de l'épée de son frère, puis, lorsque ce fut chose faite, s'éclaircit la gorge.
"-Je sais que tu n'y as pas fais attention mais...Tarvitz t'adorais, tu sais. Il disait que tu étais son type de femme. Indépendante, gracieuse mais dangereuse. Dangereuse...Si mon pauvre frère avait su…" Dit-il en fixant un point au-dessus de la prêtresse abattue. Celle-ci se contenta de sangloter en enserrant de sa main valide le moignon de son bras droit.
"-Quelque part, nous méritons tous ce qui nous est arrivé. Mon frère et moi avons désertés l'armée du royaume. Kiril était un véritable enfant de putain, comme toutes les capes blanches. Et toi...Tu as pactisé avec le mal absolu. Tu as pensé à ça, prêtresse? Sur le chemin, tu n'as pas arrêté de baragouiner que ton dieu t'avais abandonné, mais, en réfléchissant deux minutes, tu ne t'es pas dis que c'était peut-être ton dieu qui t'infligeais cette punition?"
Le corps d'Aeléa fut parcouru d'un frisson intense, et Tarik désespéra en constatant que les traits de sa victime semblaient déformés par le plaisir. La simple idée de subir une punition divine la satisfaisait autant qu'un amant. Quelle pitié. Un gloussement chaleureux, fort à propos, franchit la gorge de la délurée prêtresse et cette dernière lui sourit en l'invitant d'une manière obscène à s'unir à elle. Le corps du déserteur demeura froid, malgré tout les efforts de la condamnée, si bien que cette dernière finit par siffler d'agacement.
"-Allez, viens. Honore ton frère en faisant ce qu'il à toujours rêvé puis tues-moi ! Je ne crains rien désormais car je sais que l'œil divin est posé sur mon âme."
Tarik l'observa, l'air interdit, frotter son corps parcourue de plaies béantes dans une singulière danse érotique. Puis, sans un mot, il lui expédia son pied botté dans le ventre. Une fois, deux fois, trois fois...Jusqu'à ce que ses couinements cessent d'être sensuels. Ca ne prit pas longtemps.
"-Tu n'es pas assez folle pour renier totalement la douleur, n'est-ce pas?" Cracha Tarik, dégoûté de constater qu'il souriait.
L'autre ne répondit rien, car elle cherchait encore à retrouver son souffle. Mais son regard trahissait la peur véritable dissimulée jusqu'alors derrière ses airs d'illuminée. La même peur l'avait étreinte lorsque Gareth l'avait crucifiée sur son armure, lorsque Dumbark s'était approché d'elle, l'air lubrique. Une peur primale, la peur de la douleur, de l'inconnue et de la mort. Et aucun de ses innombrables psaumes religieux ne semblaient pouvoir l'éteindre. Tarik lui cracha au visage et planta l'épée de son frère dans le pied droit de sa victime.
"-Je vais te tuer. Mais pas tout de suite. D'abord, je vais te faire regretter. Longtemps. Ta traitrise. Parce que c'est ce que tu mérites. Parce que c'est ce que je désire." La lame tourna à l'intérieur même de la plaie, arrachant un nouveau cri de souffrance à la prêtresse. Alors le bourreau colla sa bouche contre l'oreille de la condamnée."Supplies-moi et pries ton dieu. Parce que je vais étouffer ma souffrance...Avec la tienne."

Et Aeléa parvint à rassembler assez de force en elle pour hurler.

Les cris de la prêtresse poursuivaient le chevalier, alors qu’il continuait à rebrousser chemin. Cela n’avait plus rien à voir avec les hurlements hystériques des tueurs du crépuscule, avides de douleurs et de morts, non. Ces cris là étaient terrifiants de normalités. Ils trahissaient une authentique souffrance et une…Peur. Qui raisonnait et se déformait dans son esprit pour devenir une complainte douce-amère que Sanglot appréciait tout particulièrement. La fumée noire de l’épée précédait chacun des pas de son porteur, recouvrant petit à petit l’étroite galerie qu’il traversait si…Lentement. Gareth cligna des yeux, secoua la tête, dans le but impossible de recentrer son esprit, d’éviter à ses songes d’approcher une nouvelle fois la dévoreuse d’humanité. Une peine perdue, qui consommait ses forces aussi rapidement que sûrement. Cette galerie n’était pas si longue. Il le savait bien, pourtant chaque pas en avant semblaient l’éloignés un peu plus de la sortie. La claustrophobie vint s’ajouter à sa confusion mentale, le stress conféré par cette dernière alimentant alors un peu plus la dérangeante lame. Un pas de plus, et ses sens enflammés remarquèrent un visage déformé par la joie, celui d’un homme, sur sa gauche, appuyé contre la paroi, et visiblement fort occupé à écouté les plaintes de celle qui souffrait. Ses yeux exorbités et son sourire fou invitaient Gareth à le tuer, et, pendant un court instant, le mercenaire se surprit à considérer cela comme une action appropriée. Puis sa vue se troubla et le Marche-Abysse ferma les yeux un court instant.
Lorsqu’il les rouvrit, le monde n’était plus. Seule subsistait la folie. Les parois de pierre étaient de nouveaux faites de visages, du sang coulait à ses pieds et le long des murs. Le plafond n’était fait que de ténèbres. Et l’homme à sa gauche n’avait qu’une forme indistincte, mêlant ses hurlements éthérés à ceux d’un millier d’autres voix. Des voix…Si fortes. Si nombreuses, qu’il était parfaitement impossible d’isoler l’une d’entre-elles pour comprendre ce qu’elles hurlaient.
Tu commences à comprendre, n’est-ce pas ?
Cette voix-ci, c’était la sienne. Ou plutôt…Une parodie de la sienne. Railleuse et… immatérielle. Elle faisait vibrer ses tympans, griffait ses tempes…Chassait le peu qui restait de sa santé mentale.
Tu es faible. Trop faible pour nous résister. Tu ne peux te passer de nous mais tu sais que cette dépendance finira par te tuer. Pourquoi essaies-tu toujours de repousser l’inévitable? C’est contre productif. Ridicule. En nous acceptant totalement tu seras infiniment plus puissant. Les cris ne te séduisent donc pas ?
Gareth grogna quelque chose qui ne ressemblait à rien de ce qu’un humain normalement constitué pourrait normalement pousser.
"-Mon esprit m’appartiens."
Les voix se mirent à rires. Toutes. Simultanément. La cacophonie qui en résultat satura tant ses sens que le Marche-Abysse manqua de s'écrouler pour vomir.
C'est faux et tu le sais. Pourquoi serais-tu là sinon? Ton esprit est notre fief. Le vaisseau qui nous ramènera parmi les dieux qui nous ont façonnés.
Un rire dépourvu de joie franchit les lèvres du mercenaire.
"-Non. Là, dans ma tête, tu es enfermé, n'est-ce pas?"
Aucune voix ne lui répondit, ce qui l'amena au bord de l'hilarité.
"-Ouiiiii. Je vois maintenant. Mon esprit est ta prison. Et comme toutes les putains, tu essaies d'en sortir en séduisant le geôlier. Hahahah...Ca paraît tellement évident."
Rit tant que tu le peux. Nous t'avons offert notre coopération, notre amitié. Et tu l'as repoussée. Tu le regretteras lorsque nos rôles s'échangeront.
"-Rendors-toi, insignifiante petite chose."
La réalité reprit ses droits l'instant d'après.

Gareth pencha la tête sur le coté en constatant qu'il était assit dans le tunnel, à quelques mètres à peine de là où le frère survivant devait assouvir sa vengeance. Grognant à moitié, le Marche-Abysse se redressa et entreprit de reprendre cette avancée qu'il n'avait, finalement, pas encore entamée.
Il ne fut guère-surpris de croiser, sur le chemin, le souriant hystérique de ses songes, prostrés exactement de la même manière que lors de leur rencontre imaginaire. Blasé, le mercenaire se contenta de le pousser sur le coté pour passer, et rejoindre le groupe l'attendant au croisement.

"-Est-ce qu'on l'attend?"
Gareth mit un certain temps avant de comprendre que c'était à lui qu'on s'adressait. Clignant lentement des yeux en se massant les tampes, le mercenaire se tourna vers l'importun lui ayant posé la stupide question. Gherald, évidemment. Le regret de ne pas l'avoir tué lors de sa précédente "crise" lui traversa l'esprit...Suivit d'un flot de honte. Rassurant. Humain.
"-Contentons-nous de remonter."
L'intéressé hocha la tête en laissant librement son visage afficher une expression indéchiffrable aux yeux de Gareth. Pendant un court instant, l'idée de demander au jeune bandit si tout allait bien lui traversa l'esprit, mais le mercenaire l'ignora totalement en entamant sa marche vers la sortie. Ses yeux fatigués se posèrent sur Dumbark, posé à l'avant du groupe, et un soulagement plus que bienvenue traversa sa carcasse perclue de douleur. Jamais le simple fait de savoir qu'on pouvait le remplacer si jamais il venait à tomber ne lui avait semblé si doux.
Ton esprit est notre fief. Le vaisseau qui nous ramèneras parmi les dieux qui nous ont façonnés.
Le Marche-Abysse manqua de trébucher alors que son estomac se serrait une nouvelle fois.
"-Boss?" S'inquiéta Gherald, dans son dos, en affichant toujours la même expression indéchiffrable. Une colère étrange, née de la présence même du brigand à ses cotés, vint le titiller de manière parfaitement désagréable et il grogna en retour :
"-Ça va. Va a l'arrière du groupe et assures-toi que personne ne nous suit."
L'autre hocha la tête sans ajouter quoique ce soit. Gareth lui en fut reconnaissant. Le fait de savoir que sa colère était injustifiée ne l'aidait aucunement à l'apaiser et, après une si rude journée, les chances pour que son esprit perde le contrôle de son corps pour une si petite chose n'étaient pas aussi minces qu'il tentait de se le dire. Soulagé d'entendre les pas de Gherald s'éloigner pour se mêler à la masse trébuchante qui les suivaient prudemment, le mercenaire entreprit de se concentrer sur le voyage retour et uniquement sur ce dernier.

Ils ne croisèrent aucune créature des profondeurs ni aucuns garde du crépuscule durant la remontée. Le chemin tracé par l'ordre pour l'acheminement de ressource semblait être évité par tout les prédateurs autochtones. Un fait relativement compréhensible, surtout en comptant les deux amas de cadavres, heureusement inanimés, faute de nécromant à portée, que le groupe dût enjamber pour continuer. Excepté ce petit contretemps et sans compter les arrêts réguliers qu'ils dûrent faire pour que les plus faibles reprennent des forces, tout se passa sans le moindre incident.
Un fait que tout les survivants accueillirent avec satisfaction, Gareth inclut.
Faute de montre ou de repère extérieur, personne ne sut combien de temps la remontée dura mais lorsque, finalement, le groupe retrouva l'air libre, le soleil semblait être couché depuis plusieurs heures. Gherald estima qu'il devait être plus ou moins minuit, chose que personne ne trouva intéressant, hormis Gherald lui-même.
Finalement, perclus de douleur et après plusieurs nouvelles pauses, dont une qui dura plus de deux heures, ils parvinrent à rejoindre la ville où quelques lèves-tôt les accueillirent avec un mélange de joie et de tristesse.

Gareth ne prit pas part aux retrouvailles, ni aux célébrations. Il refusa de rejoindre le Bourgmestre apparemment très satisfait de leur travail et ne répondit même pas au vieux Georgio lorsque celui-ci vint le remercier. Il se contenta de dire à ses camarades mercenaires qu'ils devaient tous se retrouver devant la maison du maire, le lendemain, d'un ton abrute laissant clairement entendre qu'il ne s'intéressait aucunement aux réponses qu'on pourrait potentiellement lui adresser. Tout ceux qui croisèrent son regard décidèrent de ne pas lui en tenir rigueur. De le laisser rejoindre sa chambre, où il s'écroula sur son lit, sans prendre la peine d'enlever son armure tachée de sang et de suie.
Et où il s'endormit, ses deux mains enserrant fermement la poignée de Sanglot.

Hrp : Je suis tellement désolé/débordé ! J'ai encore la blinde de rps à rattraper en plus :c
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Dumbark Sang-Noir

Le Briseur

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Fiche de Personnage : Qui est le Briseur ?


MessageSujet: Re: [Libre] Une arène en ville   Ven 2 Déc 2016 - 0:32

Ça me frappe comme une claque dans la gueule, et me laisserait presque bouche bée, si j'avais pas mon putain de sourire narquois fermement accroché au visage depuis l'effondrement de la caverne. Au bout d'un tunnel pareil aux mille autres tunnels qu'on a traversé, une bouffée d'air.
Presque rien, pas même une brise, mais de l'air.
Après tant de temps à s'étouffer sous cette atmosphère viciée et à sentir l'odeur de la mort, j'ai l'impression que c'est une toute nouvelle sensation que de respirer une simple bouffée d'air frais. Ma vaste cage thoracique se soulève lentement alors que je prends une lente et longue inspiration par le nez, qui vient emplir mes poumons d'une senteur nouvelle. Des pins. Des pins et des... Des... Je crois que c'est ces fleurs bleues à tiges doubles. Je ferme les yeux une seconde en ralentissant encore le pas. Oui, c'est ça. A l'Est, ils en boivent avec de l'eau bouillante pour calmer le mal du froid. L'image des fleurs et des pins danse devant mes yeux avant même que la sortie ne nous apparaisse vraiment. Et, au détour d'une paroi de roche identique à toute celles qui m'ont emprisonné ces derniers temps, la voilà. La sortie. L'extérieur. Le grand air. Et Dumbark Sang-Noir se retrouve à nouveau sous le regard des dieux, avec du sang sur les mains, de nouvelles cicatrices et un sourire au visage.

Sans un mot, Gareth nous fait signe qu'on va prendre une pause, et l'annonce est accueilli avec soulagement par le reste du groupe, s'effondrant sur place à l'instant même. Moi, ça m'emmerde, je me sens débordant d'énergie. Gherald indique qu'on doit approcher de la mi-nuit, dans l'indifférence générale. Je pense qu'il a raison, mais ça ne colle pas. On a dû arriver une heure ou deux après la tombée de la nuit. On peut pas être déjà sorti. A moins qu'on ait passé la nuit, et toute la journée, là-dessous. Oui, ça, ça tient la route. J'essaie de faire un rapide calcul dans ma tête. Ouais, je pense que la nuit tirait vers la fin quand on a pris la branlée face à la bête-aux-mille-yeux, et que l'aube était passée quand j'ai tué Quatre-Doigts et qu'on a prié avec Gherald et Tarik avant de repartir en guerre. Le temps qu'on retrouve les lieux du massacre, puis le camp principal, et il devait être midi quand on a retrouvé le patron. Douze heures à se battre, et à errer dans les tunnels, avant de finalement sortir, nous remplir les poumons d'un air nouveau.
Mais c'est moi qui ne colle pas, du coup. Je sais que je suis capable de ne pas dormir, si la situation le demande, marcher toute la journée et porter de lourdes charges – les orques sont durs à la peine – mais je ne devrais pas être aussi en forme, alors que le reste de la compagnie est prête à s'écrouler. En me sauvant la vie, en faisant couler un sang nouveau dans mes veines dangereusement vides, le miracle de soin d'Aeléa m'a rempli d'énergie, comme au lever du pieu après une bonne nuit de sommeil. Ne reste qu'une sombre balafre sur mon torse, comme la dernière marque de la salope sur la terre, son dernier acte n'était pas si mauvais après tout.
Mon regard se promène un instant sur les formes qui m'entourent, à la lumière de la lune et des étoiles. Cinq fois, six fois, sept fois dix ? Plus ? Je ne vois pas assez bien pour compter combien de prisonniers on a réussi à sortir de cette merde. Des femmes, des hommes, des enfants ; paysans, vagabonds, marchands. Squelettiques, blessés, torturés, mais libres. Et plus encore qui se sont enfuis par les tunnels pendant qu'on se battait. J'ai fait pas mal de choses dans ma vie. J'ai fait beaucoup de boulots pour des salopards, qui finissent quand on nous dit que les gentils ont gagnés. Et j'ai fait beaucoup de choses pas très acceptables à des gens presque innocents. Et à des innocents aussi. Souvent, même. Mais là, je peux difficilement imaginer que je sois pas du bon coté, pour une fois. De temps en temps, ça me fait bizarre d'être le gentil d'une histoire.
Moi, les rescapés, et puis le groupe. Gareth, Gherald, et Tarik. On est arrivé à onze l'autre soir, il ne reste que nous quatre. Y a d'abord eu ce gosse éventré par cette saloperie pleine de pattes, puis la branlée dans la grotte. On y a perdu un autre de la piétaille... Non, deux. Blondin a dû mourir là-bas, même si on a dû le tuer à nouveau plus tard. Et Sale-Gueule, et Tarvitz. Putain, Tarvitz... Et puis, Quatre-Doigts, que j'ai tué avant de prier. Je compte rapidement sur mes doigts, il manque quelqu'un. C'est vrai, la pute. Salope et fausse. Et voilà onze. Cette fois, pas de considérations sur le total de la prime que je vais toucher, juste un moment pour jauger les dégâts que cette journée a fait sur mes compagnons du moment. Quelque chose est mort en Gherald et Tarik. Le gamin n'avait rien d'un soldat, et il vivra maintenant avec ce souvenir à jamais gravé en lui. Tarik aussi ne sera plus jamais le même. Il a rejoint le groupe pendant la remontée, peut-être une heure après qu'on se soit séparé, sans la moindre expression sur son visage, rien qu'une grande lassitude. J'ai déjà eu à me venger de pas mal de saloperie mais même si j'ai la rancune tenace, je sais oublier, et je pardonne après quelques mandales. J'ai aucune foutue idée ce qu'il a pu faire à la prêtresse de mon cul avant de nous rejoindre. Mais je ne pense pas que le feu qui s'était allumé en lui s'est éteint si facilement. Je ne sais même pas s'il s'éteindra jamais. Ça va le brûler un foutu moment. Je sens même un fond de peine en moi aussi, j'aimais bien Tarvitz. Et le Tarik d'avant. Je leur aurais proposé de rejoindre l'arène, je suis sûr qu'on aurait pu se faire un bon paquet. Qui sait si même le frère survivant aura maintenant envie de faire quoi que ce soit.
Et le patron. Il est fatigué, oui, las. Et sa saloperie de lame le bouffe de l'intérieur. Mais rien n'est mort chez lui là-dessous. Du moins, il est comme moi. Tout ce qui pouvait mourir l'est déjà depuis un moment. Quoi qu'en y réfléchissant, je pense qu'il est même encore plus au fond du trou que moi. Quel âge il doit avoir ? Plus vieux que moi ? Il a l'air plus vieux, mais les humains ne vieillissent pas comme les orques. Même les orques ne prennent pas tous de l'âge pareil.
Enfin. Tout ça c'est fini. La grotte est effondrée, les hommes de l'Ordre, morts ou en fuite, la pute est morte – du moins je fais confiance au mercenaire pour ça – et la récompense pour Dumbark. Et c'est comme ça que Gherald et Tarik finiront par penser, après une ou deux autres missions du genre. S'ils ne se sont pas tué avant.

Je fais un rapide signe à Gareth pour lui faire comprendre que je vais faire un tour, et il répond d'un vague hochement de tête pour acquiescer. Les pauses, ça me casse les burnes, surtout quand j'ai le gosier en pente, les couilles qui démangent et presque deux mille pièces d'or qui m'attendent à moins d'une heure de marche. Je dépose au sol le sac de cuir rempli de merdes que j'ai ramassé à droite-à gauche avant de m'éloigner. Sabres, haches, pièces d'armures, tout ce que j'ai pu trouver sur les corps qui pouvait encore valoir quelque chose. C'est pas que je sois vraiment charognard, surtout avec le pactole qui m'attend à l'arrivée, mais j'ai bien l'intention de faire la fête cette nuit, et il me faudra bien quelque chose à avancer si je veux croquer avant que la récompense ne soit versée. Malheureusement, je suis forcé de me transporter une bonne quarantaine de kilos de saloperie pour être sûr d'en tirer un minimum. Putain de cultistes et leur matos de merde. Invoquez moins de morts et de démons et achetez vous de l'armement valable. Ça permettra à l'orque qui vous botte le cul de mettre un peu de lard dans la soupe.
Perdu dans mes propres récriminations mesquines et sarcastiques, grommelant joyeusement dans ma barbe, je me sens déchiré entre mon mauvais caractère naturel et l'humeur stupidement guillerette dans laquelle me met la fin d'un travail bien fait. Eh, qui m'en voudrait ? J'ai pu massacrer à droite à gauche – en toute légalité – et payé qui plus est ! Le Fléau pour les gamins qui nous accompagnaient, le Dieu de la Guerre pour Tarvitz, et le jugement des Dieux pour Kiril et la pute. Je crache un coup par terre pour ponctuer mes considérations religieuses du moment tout en escaladant à grand renfort de coups de bottes approximatifs une légère pente couverte de buissons épineux. Les types de l'Ordre ne sont pas tous morts, ça c'est à peu près certain, mais y en a plus de la majorité enterrés sous un sacré paquet de foutus rochers. Que les autres s'en sortent, ça me touche une couille sans faire bouger l'autre, qu'ils aillent se faire pendre ailleurs. Sans chef, sans fossoyeur, sans plan ni soutien, ils peuvent bien crever dans les forêts aux alentours de la ville, c'est pas moi qui irais les chercher. Pas gratuitement du moins. Oh, et merde ! Ils ont pas des gardes ici ? A onze, on l'a nettoyé leur putain de goulet !

Ce qui m'empêche pas d'avoir laissé le groupe pour jeter un petit coup d’œil aux alentours. Y a pas de mal à vérifier si y a personne dans les environs. Serait triste de se faire égorger à cinq bornes des auberges. En plus, faut bien quelqu'un pour repérer où on va, après être sorti de la grotte au milieu du cul du monde. Personne pense à ce genre de merde quand on est crevé, mais il faut savoir dans quelle direction aller quand on se rentre, les petits amis ! Et tout le monde sera content de ça quand je reviendrais. Je finis d'atteindre le plus haut point des environs, bien décidé à repérer la ville et à accélérer le mouvement. Je réussi même à me hisser sur une des branches les plus basses d'un pin au sommet de la crête, histoire d'avoir une vue bien dégagée, même si les craquements de bois me rappellent que grimper aux arbres, ça reste un sport d'elfe et d'humain. Alors que j'essaie d'atteindre un équilibre précaire, j'ai l'image d'un putain d'orque que j'ai connu il y a quelques années qui remonte, taillé comme une brindille, et grand comme un enfant d'homme. Il servait d'éclaireur à un groupe de mercenaires peaux-vertes, et connaissait toutes les pistes, des déserts jusqu'à Madorass. Il a dû mourir, depuis. Ça vit pas longtemps, les demi-portions. Et maintenant c'est Dumbark qui joue les putains d'oiseaux, à se couvrir les paluches de résine pour pouvoir repérer un peu la route. Une fois bien installé, pas difficile de repérer la lumière diffuse des torches de la ville. M'est avis qu'on a traversé tout le putain de Goulet, et qu'on se retrouve maintenant de l'autre côté, plein nord-est de la route. On s'est au moins rajouté une bonne heure de route et bien deux lieues, voire trois. Et cette fois, plus de Kiril pour nous trouver les chemins où on ne marche pas dans la merde. Alors que je rentre faire un genre de rapport au groupe, je me fais la note personnelle qu'il faudrait que quelqu'un aille nettoyer la cahute du taré de Cape Blanche, maintenant qu'il est allé rejoindre les Dieux, au cas où il y ait un truc ou deux qui attendent là-bas qu'on les ramasse.

-Six bornes au sud-ouest, et on rejoint la route, que je signale fièrement à Tarik, occupé à regarder avec attention la lame d'un couteau qu'il a planté dans le sol. Et encore deux vers le sud et on est en ville. Je pense qu'on y sera bien avant le lever du soleil.
-Je sais, dit-t-il avec la plus totale indifférence. Le patron l'a dit y a dix minutes. Il a aussi dit qu'il avait repéré un sentier et qu'on partirait quand tu réapparaîtrais. T'es parti tout ce temps pour trouver rien du tout ?
-Non, que je réplique, vexé. J'ai aussi découvert que mon moral s'améliorait quand je voyais plus vos gueules de cons.



Et encore de la marche, et encore plus de pauses, avant de finalement voir les remparts. Pour nous accueillir, les trois pouilleux qui servent de gardes à cette heure, et les paysans du coin qui s'étaient amenés pour vendre leurs merdes dès les premières heures. Et d'un coup, c'est le bordel. Et en voilà un qui s'en va à toutes putains de jambes prévenir le bourgmestre, la garde et même un putain d'elfe qui leur sert de maitre-chasse, un qui gueule et rameute tout le foutu quartier, et un autre qui jette des regards pleins d'espoir et de peur à la longue file de rescapé, à la recherche d'une femme, d'un frère, d'un fils. On pose des questions, on demande des nouvelles, on pleure de joie et on s'arrache les cheveux de peine et de rage. On ne reconnaît plus son voisin, et on n'arrive pas à détacher son regard du moignon de son bras – qu'est-ce qu'ils ont bien pu lui faire ? Mais globalement, ça se réjouit. Ça chiale beaucoup, c'est sûr. Mais je crois qu'on reste dans le positif.
Gherald, d'abord dépassé par les événements, se retrouvent maintenant comme la putain de célébrité du moment, et se prend à raconter – avec des détails dont je me souvenais même pas et un talent que j'ignorais – nos aventures souterraines à un groupe de jeunes gardes bouches bées. Gareth, au contraire, semble plutôt réfractaire au bordel ambiant, et après avoir envoyé chié une partie de l'assemblée, nous enjoint à nous rassembler dans l'après-midi devant chez le bourgmestre pour réclamer la récompense avant de disparaître, direction l'auberge et le plumard. M'est avis qu'il y a des choses chez Gareth Valmort qu'il aimerait bien faire dormir. Et je pense pas que c'est le genre de saloperies qui dorment jamais.
Sans plus attendre, à peine le patron disparu au coin de la rue, je saisis Tarik par le bras et dégage sans prévenir, abandonnant Gherald aux acclamations générales et aux réclamations particulières. J'ai pas envie de me trouver face à la veuve d'un Feriz à qui je devrais expliquer où est son mari et pourquoi j'ai son sang sur les mains.

-Putain, Dumb', où tu m’emmènes ? gémit Tarik. J'ai envie de me coucher et de plus jamais me relever, là...
-Ta gueule, que je dit simplement. On doit juste passer à l'arène vite fait et on s'arrache ailleurs.

Comme je l’espérais, Klein est déjà réveillé. Pas de repos pour ceux qui aiment l'or. Il a fallu négocier sec, ce petit salaud examinant chaque morceau de métal que j'ai pu ramener, mais j'ai finalement obtenu trois cent pièces sonnantes et trébuchantes en échange de mon sac d'équipement ramassé, et cent de plus d'avance que je rembourserais sur ma prochaine part. Cette petite ordure de demi-elfe me saigne à blanc, mais il sait que je ne peux pas dire non. On ne peux pas attendre toute une journée après avoir échappé à la mort.
Et après, comme promis, on s'arrache ailleurs, direction le meilleur bordel de la putain de ville. Pas de repos pour ceux qui aiment l'or, dussent-elles être putes et mère maquerelle. Le soleil a beau se lever dans trois heures, autant de pognon à dépenser pour juste deux, ça met de l'animation même au plus noir de la nuit. On réveille les filles pour nous, et les connards de bardes, et on ouvre les réserves pour les deux mercenaires. Tout le bordel se réveille et s'agite comme une fourmilière après un coup de botte, et bientôt, c'est la putain de fête rien que pour nous. Et tant pis pour mon côté rat, j'offre à Tarik son poids en eau-de-vie et en bière, et trois fois son poids en fille. A la santé du grand frère. Pour moi, ça coûtera plus cher, mais je finirais bien par trouver de quoi me soulager : Au retour de la bataille, j'ai toujours faim pour cinq, envie pour dix, et soif pour vingt. Au point que quand midi approche, et que Tarik est depuis longtemps au paradis de l'oubli et du sommeil, je suis toujours occupé à vider les réserves du bordel. Alors au milieu de l'après-midi, c'est déchirés entre l'ivresse, la fatigue et la gueule de bois approchante qu'on s'en vient tout les deux, titubant et trébuchant, jusqu'à la maison du bourgmestre, prêts à écouter un petit discours de remerciements, surtout prêts à toucher un bon paquet de pièces et à finalement mettre tout ce bordel derrière nous, avec ce lucratif épilogue.
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Gareth Valmort

Le marche-abysse

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Race : Humain
Classe : Lame noire
Métier : Mercenaire
Croyances : Nihiliste
Groupe : Les lames errantes

Âge : 29 ans

Messages : 34

Fiche de Personnage : L'histoire d'une enfance brisée.


MessageSujet: Re: [Libre] Une arène en ville   Jeu 12 Jan 2017 - 13:05

Tant de cauchemars. Tant de sinistres pensées. De songes dévorants. D'inavouables vœux ne lui appartenant pas. Tant d'horreurs hantaient son sommeil. Si bien que dès le réveil, Gareth s'aspergea le visage d'une eau tellement glacée qu'elle en devint brûlante. Là, dans cette chambre d'auberge miteuse, le chevalier-mercenaire resta ainsi, immobile, face à la fenêtre ouverte, le froid liquide rougissant la chair de ses joues trop blanches tandis que la douleur qui en résultait tirait, petit à petit, son esprit vers la réalité. Dans un état de quasi-transe, il repensa aux évènements de la veille, aux morts et aux vivants. A la récompense, bien sûr, et à ceux avec qui il devait la partager. Le mercenaire en arrivait à apprécier ce genre de moments. Sa nébuleuse conscience, encore trop dispersée pour véritablement en être une, ne souffrait d'aucune émotion, pas le moindre désir, et donc, fatalement, ne suscitait pas l'intérêt charognard de Sanglot. Bien sûr, Gareth avait vaguement conscience du fait que cet état, bien au-delà du simple épuisement mental, n'avait rien de naturel, ni de très rassurant...Mais cela ne l'inquiétait pas outre-mesure.
Car l'inquiétude même ne restait qu'un mirage, un souvenir, lorsque venait ces périodes de pseudo-éveils.
Il émergea totalement lorsque la cloche du village sonna pour la huitième fois. Le mercenaire put ainsi prendre conscience du fait que son corps se tenait ainsi, debout face à cette fenêtre, depuis assez longtemps pour que ses jambes lui fassent mal. Enfin...plus mal que la veille. Un véritable exploit en soit.
Désireux de ressembler à nouveau, plus ou moins, à un être humain, Gareth sortit de sa chambre pour mander la réquisition du service "Bac et savon" qu'offrait l'auberge, en échange du complément couteux de six pièces d'or. Le tenancier, un homme rustre qui n'avait que faire des exploits précédents du marche-abysse, accepta à contrecœur de lui avancer le bain une fois que Gareth lui eut assuré qu'il le rembourserait avant midi.
Le bain en lui-même se révéla horriblement douloureux. Les lambeaux de peaux que sanglot avaient réparés réagissaient excessivement mal aux changements de températures brutales, et encore plus mal une fois en contact avec un quelconque liquide. Comble du bonheur, le bac en lui-même, trop étroit, n'était définitivement pas fait pour une carrure comme la sienne et manquait de basculer à chaque fois qu'il effectuait un mouvement un peu trop brusque.
Mais le simple fait de pouvoir se plaindre d'être dans un douloureux bain, trop petit pour lui, le ravissait totalement, tant et si bien qu'il manqua de sombrer dans le sommeil durant sa toilette.
Ensuite vint le moment d'inspecter l'armure. Un simple coup d'œil suffit pour comprendre que le "nettoyage" allait prendre du temps. Le sang et la suie recouvrait pareillement jointures et surfaces lisses. Il y avait un morceau de lance coincé entre deux plaques d'armures, au niveau des hanches, et trois flèches aux empennages brisés profondément enfoncées dans ce qui était, jadis, le plastron censé protéger sa poitrine et son dos. Si Sanglot réparait le fer tout comme la chair de son propriétaire, elle ne le nettoyait pas, hélas. Le mercenaire regretta le temps où il remplaçait ses pièces d'armures brisées sur le champ de bataille, sans même penser à ce qui était présentable et ce qui ne l'était pas.
Puis il se souvint que l'heure était à la récompense pour service rendu.
Laissant son armure se remettre des massacres de la veille, le mercenaire opta pour l'unique tenue "civile" qu'il possédait, roulée en boule, tout au fond de son paquetage. Il revêtit ainsi un pantalon marron et une tunique de lin blanche, surmontée d'une courte cotte de maille et, finalement, d'une veste en cuir de mouton. L'aspect n'avait strictement rien de prestigieux, mais lui permettrait de se fondre dans la masse sans trop de problème. Du moins il l'espérait.
Un rapide coup d'oeil dans le miroir à la glace grasse qu'on lui avait prêté pour l'occasion mit hélas fin à ses espérances. La magie de Sanglot avait fait de nouveau ressortir ses veines de manière exagérée. Elles couraient sur son visage et son cou, ceux-ci ayant au passage prit une alarmante teinte bleu-gris. Ca empirait autour de ses orbites, où un conglomérat de veines et de tâches noires s'était assemblé dans une parodie de cerne troublante. Son regard lui-même avait souffert, le blanc de ses yeux viraient aux rouges sur les bords, lieux d'explosions d'innombrables fragiles vaisseaux sanguins.
Voilà qui expliquait la mine méfiante du gérant de l'établissement lors de leur dernière conversation.
"Tu ne te trouves pas plus beau, comme ça?"
Gareth serra les dents, résistants à l'envie de se tourner vers son lit, où trônait fièrement Sanglot. En découvrant le fin filet de sang s'échappant de ses lèvres entrouverte, il se décida à palper l'intérieur de sa bouche, non sans une certaine appréhension. L'exploration buccale se révéla aussi rapide que troublante, et c'est lorsque son majeur effleura l'étrange couronne d'excroissance osseuse s'étant placé contre l'intérieur de sa gencive inférieure que Gareth prit conscience qu'il ne sentait plus sa propre langue. Pire. Que son visage tout entier refusait de communiquer la moindre sensation à son cerveau fatigué.
"-C'est nouveau, ça." Grommela le mercenaire en refermant cette bouche qui le traitait comme un inconnu.
"Notre symbiose n'est pas gratuite, elle ne l'a jamais été.
-Je crois que je préfère encore tes hallucinations à ta conversation."
Pour illustrer ses dires, Gareth recouvra inutilement sa lame du drap souillé de sang de son lit...Avant de remarquer un brusque changement de température.
"Mais qu'est-ce qu'est notre conversation, si ce n'est une autre de tes hallucinations?" Gronda une voix proche, très proche.
Une lueur rouge vint percer l'épaisseur de la couette recouvrant l'épée. Le mercenaire, tout en haussant les sourcils, s'approcha d'un pas peu sûr du monticule rougeoyant, tandis que ce dernier semblait...Bouger...Gagner en épaisseur.
Pour se lever et marcher.
Une main gantée, mesurant facilement la moitié d'un torse humain, perça le linge pour en libérer son propriétaire.
Alors... des ombres jaillit un être façonné par la colère et l'amour du meurtre. Une peur primale s'empara du coeur du témoin de l'apparition, paralysant ses membres, l'empêchant d'esquiver la pointe de l'épée plongeant vers sa poitrine. Sanglot le transperça, sans douleur aucune. Et son meurtrier le souleva dans les airs, son arme toujours profondément enfoncée dans la chair de Gareth. Ainsi, empalé sur sa propre lame, le Marche-Abysse découvrit le visage de son meurtrier souriant : Un visage froid, vaguement humain. A la chair craquelée. Aux lèvres boursouflées. Et aux yeux fous.
"Insignifiante petite chose, vraiment?" Répéta la parodie d'être humain, avant d'ouvrir une bouche garnie de trois rangées de canines et dévorer la tête de sa victime.
Gareth rouvrit les yeux pour constater qu'il était assit sur son lit, torse nu, sa tunique sur les genoux.
Un rapide coup d'oeil dans son dos lui permit de constater que Sanglot trônait toujours au bout de son lit, horriblement inanimée, sans démon aucun pour la brandir, si ce n'est sa propre personne.
"-Quelle grandiloquence, pour une simple épée..." Souffla le mercenaire avant de finir de s'habiller.

Dumbark et Tarik était déjà sur place lorsque ce qui restait de leur "patron" arriva devant la maison du maire pour commencer une traversée hasardeuse dans la foule rassemblée pour l'occasion. Gareth avait dissimulé son visage sous la capuche d'une vieille cape, et ses mains dans des gants de cuirs, usés et décousues. Mais les villageois changeaient toujours d'expressions lorsqu'ils croisaient son regard. Et qu'ils distinguaient ce qui se cachait, là-dessous. En vérité, il ne leur en voulait pas. Le regard des autres n'avait jamais intéressé le marche-abysse. Les sourires des dames, le respect des homme...Le porteur d'épée maudite laissait ça aux autres mercenaires, ceux de la trempe d'Alvin Lodrok. Ceux qui, comme son banneret, avaient encore un coeur de héros, enfouis, quelque part, sous une carapace d'acier et de mélancolie. Ceux qui se sentaient encore humains. Encore vivants.
Cet absence d'intérêt envers le commun des mortels ne découlait pas d'un quelconque sentiment de supériorité éprouvé par le marche-abysse, n'en déplaise à ses rares détracteurs. Non, c'était simplement... Un fait. Depuis toujours, Gareth s'était senti dépourvu du bonheur lié au fait d'être véritablement...Un humain parmi tant d'autre. Sanglot, en s'emparant de son âme, n'avait fait qu'achever sa transformation de quasi-monstre. De presqu'homme.
Oui, le regard des autres ne l'affectait pas. Pourtant, lorsqu'une gamine, au visage d'ange, haute comme trois pommes, se blottit contre sa mère pour pleurer, après avoir aperçu le visage qui était le sien, le Marche-Abysse ne put s'empêcher d'éprouver un léger pincement au cœur. Et une étrange colère.
En cet instant, Gareth se félicita de ne pas avoir prit Sanglot, car bien que tout son être ne cessait de signaler l'absence de l'arme à ses cotés à chacun de ses pas, nul doute que cette dernière aurait profitée de ce brusque élan d'émotions pour assombrir dangereusement son humeur.
"-C'est vous patron?!" Grinça une voix, légèrement enrouée, que le concerné eut tout le mal du monde à reconnaître. Qu'était-ce déjà? Gheralt? Non, Gherald. Le petit gars des deux frères.
"-Quelle mine affreuse tu as, Gherald." Souffla le mercenaire en saluant son interlocuteur surprise avant de reprendre sa marche. Il se fraya un passage au milieu d'un trio de cul-terreux, suivit de près par le jeune fouineur.
"-Qu'est-ce qui vous est arrivé? Au visage je veux dire...
-Le contrecoup d'hier. Ca partira. Ca part toujours." Répondit le "patron", en ravalant le sang qui recommençait à couler de ses gencives.
"-Les gars de l'ordre vous ont ensorcelés? Il faut voir un médecin.
-J'ai déjà un traitement, ne t'en fais pas. Excusez-moi messieurs dames."
Les deux couples en pleine discussions sur son chemin s'écartèrent poliment sans même leur accorder un regard, ce qui n'était pas plus mal, en y réfléchissant. Quelques coups de coudes plus tard, le duo parvint finalement jusqu'au point de rendez-vous. Chose qui n'échappa pas au Bourgmestre, en pleine discussion avec l'orque et le frère survivant.
"-Ah, vous voilà !" S'exclama d'un air ravi le petit homme en charge de la ville. Il s'élança jusqu'aux nouveaux arrivants pour leur serrer la main vivement, visiblement soulagé de pouvoir s'éloigner, ne serait-ce de quelques pas, du grand Dumbark.
Son air ravi disparut malheureusement rapidement lorsque ses yeux globuleux rencontrèrent ceux du Marche-Abysse.
"-Seigneur !
-Je ne suis pas sûr qu'il ait quelque chose à voir là-dedans.
-Est-ce douloureux ?
-Non. Mais j'aimerais éviter d'avoir à montrer mon visage, pour des raisons évidentes.
-Oui, bien sûr. Venez, venez. Je serais un bien mauvais maire si je ne saluais pas publiquement ceux qui ont sauvés tant de nos loyaux citoyens !"
De fait, le petit homme s'enquit de prouver qu'il n'était pas un mauvais maire. Sa logorrhée de remerciement, quasiment surnaturelle de par sa longueur, se révéla aussi larmoyante et niaise que possible, exactement comme Gareth s'y attendait. Durant l'interminable monologue, les principaux concernés passèrent le temps en échangeant quelques regards mi-fatigués, mi-agacés que personne ne remarqua, fort heureusement...Parce qu'en réalité, personne ne pouvait ne serait-ce que passer outre l'inconcevable mur de parole dans lequel s'était incarné le bourgmestre.
Le requiem de cette torture auditive prit la forme d'applaudissements et d'acclamations timides, couvrant plus ou moins les dernières paroles prononcées. Un sifflement particulièrement aigu parvint à ramener à la raison Tarik, qui semblait s'être tout bonnement endormi debout, et Gareth profita de l'arrêt momentané du flot de remerciement pour s'approcher de leur auteur.
"-Ceci étant fait...Peut-être pourrions-nous passer au paiement?"
L'intéressé hocha la tête, sans relever l'agacement perceptible dans la voix du mercenaire. Se dressant un peu plus sur ses petites jambes, le bourgmestre fit signe à la silhouette filiforme du maître chasseur Anaïenk, véritable paternel du contrat, et celui-ci s'avança en souriant aussi amicalement que possible, exploit rendu malheureusement difficile par sa paralysie faciale partielle.
S'ensuivit une remise de prime exempte de toute grandiloquence, pour le plus grand bonheur de chacun.
Excepté le maire, visiblement grandement satisfait par ses précédentes actions, qui refusa de se débarrasser de son sourire d'illuminé, malgré le fait que la foule se soit dispersé depuis longtemps. Le petit bonhomme semblait d'ailleurs encore à deux doigts de l'extase au moment de rejoindre ses conseillers pour parler "de la réhabilitation des rescapés de la ville".
"-Bon. Voilà une bonne chose de faite." Grinça Gareth en soupesant le sac de pièce. "Allons-nous installer confortablement pour procéder au compte, voulez-vous?"
Le groupe s'empressa donc de rejoindre la taverne pour y réquisitionner une table. Bien entendu, l'heure étant encore relativement peu avancée, ils n'eurent pas besoin de jouer des coudes pour obtenir suffisamment de place, ce qui satisfit même les plus irritables, Tarik en tête. L'heure du paiement possédait ce pouvoir d'apaisement universel. Surtout dans les troupes très réduites.
Tout en se grattant l'occiput d'un air las, le Marche-Abysse finit de séparer les deux dernières parts après un énième recompte. Gherald, assit à gauche de Gareth pour l'occasion, se dépêcha de fourrer son pactole dans une espèce de besace puant la viande séchée.
"-Hé ben, j'vais peut-être enfin pouvoir sortir de cette putain de misère." S'exclama le jeune brigand, des étoiles plein les yeux.
Le Marche-Abysse acquiesça, avachit sur sa chaise. Sa part était encore sur la table.
"-Jusqu'à ce que vous ayez atteint une grande ville, méfiez-vous. Dans le coin, on sait qui a perçut la prime, et les nouvelles vont vite quand il s'agit d'or.
-Ouai." Gherald posa sa besace sur les genoux, se gratta nerveusement la tempe, puis reprit, sur le ton de la conversation :"Qu'est-ce que vous allez faire, maintenant?
-Je vais rejoindre mes lames." Répondit Gareth, avec un peu trop d'entrain à son goût. "Mes gars doivent s'inquiéter, depuis le temps. Et toi Gherald?
-'sais pas. Je vais peut-être m'engager dans le mercenariat aussi. Monter une petite troupe, quelque chose comme ça."
Le Marche-Abysse haussa un sourcil à l'entente du projet, mais sa capuche masqua en partie la réaction. Il était en effet difficile d'imaginer ce jeunot un peu benêt à la tête de quoique ce soit. Un léger sourire souleva les lèvres de Tarik, qui déclara à son tour :
"-Je vais faire une tombe...Pour mon frère."
Gherald pencha la tête sur le coté, dissimulant sa pitié sous un rictus tremblant de pseudo-impassibilité dans le but d'imiter Gareth. De son coté, le porteur de lame maudite s'étira longuement, puis se redressa suffisamment sur son siège pour pouvoir croiser le regard de la montagne de muscle assit face à lui.
"-Et toi Dumbark?"

Hrp => Voilà, petit poste de qualité moindre hélas... Je suis très très très très demandé jusqu'en fin janvier, après je devrais pouvoir reprendre mon rythme de poste de bourrin qu'on avait au début de ce rp Razz En espérant ne pas t'avoir fait trop attendre
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MessageSujet: Re: [Libre] Une arène en ville   Aujourd'hui à 13:00

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[Libre] Une arène en ville

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