''L’enfant voulait répondre. Mais sa gorge lui fit comprendre que ses mots ne seraient jamais à la hauteur du silence.''
               
Eto Hachiro
 
''La mort, c’est elle qui vous fait tenir debout. C’est elle qui dicte les actes. C’est elle qui peint le monde. Et elle vous emportera tous.''
               
Querel Sentencia
 
''Je ne ressens que soif et tristesse, la mort est futilité. Je la cherche, peut-être suis-je elle.''
               
Nagate Zetsubō
 
''Udyr, quand tu seras mort, on se souviendra de ton nom. Moi je n'en ai pas, car je ne mourrai pas aujourd'hui. Mais le tien restera gravé dans ma mémoire, et dans celle de tous ceux qui t'ont connu, comme celui d'un homme fort, et digne. Alors va, et éteins-toi avec grandeur, devant tous ces vautours.''
               
Darn Butcher
 
''La nature revivait là où les hommes mourraient, le cycle reprenait son cours normal grâce à l’albinos.''
               
Aikanaro Myrrhyn
 
''Ils ne se battaient pour rien qui n’en vaille la peine. Ils étaient incapables de distinguer ce qui avait de la valeur de ce qui n’en avait pas. Alors pourquoi tant de vigueur à la tâche ? Pourquoi risquer sa vie aussi vainement ?''
               
Alcofrybas Grincebrume
 
''Son regard, depuis toutes ces années, avait appris à parler.''
               
Etan Ystal
 
''Un monde de chaos, de destruction et de malheur, un monde impartial et magnifique, le seul en tout cas, où faire l’expérience de la vie prendrait un sens véritable.''
               
Edwin Gwendur
 
''L’enfer, ce doit être l’enfer : courir pour l’éternité dans un paysage sans fin, sans début. Sans possibilité de repos ou de mort.''
               
Tyrias Marchemonde
 
''Mais sans risque on n'obtient rien, voici ma devise mes amis. Il ne faut pas avoir peur de se salir les mains, il ne faut pas avoir peur de la mort…''
               
Dimitri Morteury
 
''Tomber... Ceci est si abstrait. L'on pourrait se relever plus grand que l'on était.''
               
Yozora Adragnis
 
''Il passa des semaines dans le cachot ayant décidé de s'y enfermer lui-même. Puis, au terme de trois semaines, vous êtes venu le voir et vous lui avez dit : «Les larmes ne sont qu'une faiblesse qu'il te faudra masquer... Si tu veux t'apitoyer, libre à toi, mais, si tu souhaites voir les choses changer, tu le peux toujours. Suis-moi... Mon ami.»''
               
Haar Wilder
 
''Le brin d'herbe ne se soucie guère de ce que font les feuilles des arbres. Mais à l'automne venu, les feuilles ne se suffisent plus entre elles. Elles s'assombrissent, se nourrissant des nuages noirs d'orage. Et alors, elles se laissent tomber sur nous.''
               
Le Peintre
 
''S'il y a bien quelque chose que l'on oublie, lorsqu'une personne est immobile, allongée, rigide, puante à en faire vomir, en décomposition, transportant des milliers de maladies, la peau arrachée et les os jaunes. S'il y a bien quelque chose que l'on oublie, lorsqu'une personne est à six pieds sous terre, devenue la proie des corbeaux, et ses yeux mangés par des fourmis... C'est qu'elle a un jour été orgueilleuse et avide. C'est qu'elle a un jour voulu devenir riche et grande, ou bien qu'elle l'est devenue. Cela ne change rien.''
               
Le Violoniste
 
''La pensée est la liberté, la liberté... Alors, le corps est la prison, le corps est la prison... Il faut casser les barreaux.''
               
Sill
 
''Nous croyons conduire le destin, mais c'est toujours lui qui nous mène.''
               
Setsuna Hendenmark
 
''Fais ce que tu veux avec ces villageois, sauf les laisser en vie.''
               
Kaull Hendenmark
 
''La fuite vers la religion peut être une réponse pour certains. Pour d'autres elle n'est que la simple évidence que l'homme est faible et instable.''
               
Astryl Panasdür
 
''La mort ne cherche pas à s’expliquer, elle ne fait qu’agir, monsieur. Les cadavres ne racontent pas grand-chose, mais vivant, un homme peut en avoir long à dire.''
               
Sanaki Hearthlight
 
''Alors, telle une marionnette cassée que l’on tente en vain d’animer, il se releva, restant digne malgré ses blessures.''
               
Dolven Melrak
 
''Quand le sang coule, il faut le boire. La mort ne frappera pas à votre porte mais s'invitera par vos fenêtres !''
               
Andreï Loknar
 
''Personne ne peut capturer une ombre, personne ne peut la dresser ni se l’approprier.''
               
Jazminsaa Alsan
 
''De la même façon, à l'idée qu'un abruti de scribe puisse teinter ses parchemins de calomnies religieuses, ou pire, me faire porter le titre de héros, je vais préférer m’occuper de l'écriture de ma propre histoire.''
               
Alexandre Ranald
 
''La mort... Si belle et terrible à la fois, elle l'appelait, et l'appelle toujours.''
               
Adam Moriharty
 
''Par nature, j’aime tout. Par conséquence, je me hais…''
               
Samaël Apelpisia
 
''C'est sordide et cruel, mais c'est hélas la réalité de ce monde.''
               
Liam Gil' Sayan
 
''Aujourd’hui sur les terres de Feleth les pensées ne sont plus les bienvenues. Le temps de la renaissance spirituelle est terminé. Le temps où les grands penseurs avaient aidé le monde est révolu.''
               
Héra Calliope
 
''La mort était séductrice ; elle ne montrait que ses bons côtés. La sérénité et le calme absolu : pour toujours et sans violence.''
               
Eurybie Pourrie
 
''J’ai atteint cette espèce de vanité qu’apporte l’ancienneté. Je ne crois plus qu’on puisse m’apprendre quelque chose, et si jamais quelqu’un essaye ou y arrive seulement, je me bloquerais et deviendrais hermétique à tout contact.''
               
Dante Waanig
 
''Je devrais t'attacher, tu deviens dangereux pour toi même !''
               
Jeyra Frozeñ
 
''La beauté des êtres n'était rien. La beauté des choses oui. Mais pas forcement celle que l'on voit avec une paire de rétines.''
               
Akira Satetsu
 
''Le noir. Une étendue sombre en perpétuel mouvement.''
               
Melpomène d'Ambre
 
''Il est des oreilles invisibles qui peuvent entendre jusqu'à nos moindres soupirs et des secrets aux allures anodines peuvent se révéler instruments de destruction et de tourments sans fin...''
               
Cassandre Ombrelune
 
''Le "rien" est tellement plus unique que la peur ou n'importe quel autre sentiment...''
               
Meryle Nightlander
 
''Ce n'est pas le nombre ni la force qui compte, c'est l'envie, la cause.''
               
Luyak Salamya
 
''L'innocence d'un enfant est la plus grande peur de l'homme.''
               
Clause Vaneslander
 
''Quand il lui manque une marionnette pour ses spectacles. Il verrait en vous la chose qu'il cherche.''
               
Jack D'enfer
 
''Il n'a pas de notion réelle du bien et du mal, personne ne lui ayant jamais défini ces mots.''
               
Jim Stocker
 
''Je n'ai vu aucune lumière, aucun goulet, pour sortir du boyau infini et obscur que nous empruntons tous, jusqu'à la promesse d'une nouvelle vie, de la transcendance et de la connaissance. Alors, mes yeux se sont adaptés aux ténèbres.''
               
Shaquîlah Dresdeïorth
 
''Le pouvoir ronge l'homme.''
               
Balthazar Bel
 
''Visiblement, la sérénité n'avait de valeur que si on connaissait également, en comparaison, des moments de troubles.''
               
Dranek Barth
 
''Le faible se faisait tuer, le fort vivait un jour de plus.''
               
Rodany Bleinzen
 
''Le soleil se couchait sur le monde du milieu. Les ténèbres se paraient de leurs plus somptueux apparats pour enfin faire leur entrée.''
               
Rin Mephisto
 
''Et alors il vit le chaos, la désolation, la souffrance le désespoir ambiant. Il rit.''
               
Elrog Aniec
 
''Perdu quelque part, marche vers nulle part.''
               
Kyle Wate
 
''La rose n'a d'épines que pour qui veut la cueillir.''
               
Karin Yzomel
 
''- Je peux vous prédire le genre d'homme qui vous convient !
- Je connais déjà mon genre d'homme.
- Vraiment... Et quel est-il ?
- Les hommes morts.''
               
Naladrial Delindel
 
''Utilise tes pouvoirs seulement quand le noir deviendra invivable.''
               
Zedd McTwist
 
''Tes cauchemars m'ont déjà donné l'encre... À présent, ta peau me donnera les pages !''
               
Conrart Crowlore
 
''Bien des gens se font enfermer dans un cercueil une fois mort, mais rares sont ceux qui naissent dedans.''
               
Dassyldroth Arphoss
 
''Le corbeau frénétique qui vous nargue de sa voix perchée, agite ses ailes damnées, où le reflet d'un mort se penche sur votre âme.''
               
Lust Aseliwin
 
''La vie est un mensonge, la destruction une délivrance.
Passent les marées, soufflent les vents, en vain...''
               
Le Passant
 
''Fauche, tranche et avale, gouffre des âmes. Que se dresse devant toi mille fléaux, et que l’enfer se glace devant ta noirceur.''
               
Lloyd Vilehearth
 
''Des charognards pour la plupart, comme ces corbeaux à deux têtes, venant dévorer le valeureux mort.''
               
Meneldil Tristelune
 
''Nous sommes les bourreaux de la justice et de la paix. Même si ce rôle n'est pas agréable à endosser, nous nous devons de le faire, pour le bien du peuple.''
               
Ezekiel Le Sage
 
''Il me tarde de retourner au combat pour finir empalé sur une pique.''
               
Karl Von Morlag
 
''Montre-moi le chemin de la victoire. Ou guide-moi alors dans les tréfonds de la mort...''
               
Aznan Lauréano
 
''Comment peux-tu supporter ça ? C'est assourdissant ! Tue-le ! Qu'est-ce que ça te coûte ? Tu ne l'entendras plus. Tu seras en paix... Tue-le !''
               
Aïden Sochlane
 
''- Faites taire votre cabot !
- Je ne suis pas votre servante !
- Alors je le ferai taire moi-même !''
               
Rosaly Von Gregorius
 
''Le seul présent que la justice a à vous offrir, est votre mort.''
               
Mirage Morteury
 
''Laissez-moi vous conduire aux carnages.... Tant d'âmes ne demandent qu'à succomber.''
               
Idryss Leeverwen
 
''Le soleil est un bourreau. D'une simple caresse, sa langue enflammée peut calciner n'importe quel être.''
               
Seïren Nepthys
 
''C'est une nuit sans lune. Ou bien était-ce un jour sans soleil ?''
               
ShuiLong Zhang
 
''La vie est un rouage lent et grinçant. Il ne tourne que dans un sens. Celui où tu tombes.''
               
Camelle Elwhang
 
''Et un jour, sur vos lits de mort, bien des années auront passé et peut-être regretterez-vous de ne pouvoir échanger toutes vos tristes vies épargnées à Feleth pour une chance, une petite chance de revenir ici et tuer nos ennemis, car ils peuvent nous ôter la vie mais ils ne nous ôteront jamais notre liberté !''
               
Edouard Neuman
 
''Le temps est la gangrène de l'homme, elle apparait puis vous ronge à petit feu. Pour finir il ne vous reste plus que le présent pour vivre ; le passé s'évapore peu à peu et le futur ne vous intéresse guère.''
               
Asgeïr Aslak
 
''Cueillir la fleur de la déchéance et croquer dans la pomme de la faucheuse, nos vies se résument à cela car après tout, nous finissons à une moment où un autre, tous sous terre.''
               
Violette Dellylas
 
''Le pire n'est pas de mourir, mais de se faire oublier.''
               
Erwan Daermon Do'Layde
 
''Tenter d'oublier, même si c'était impossible. Il aurait aimé se jeter à la mer avec la preuve de son acte immonde. Laver tout ce sang qu'il sentait sur lui. Peut-être même s'y noyer, simplement. Sombrer dans les abysses et les ténèbres, pour toujours.''
               
Mio Raeth
 
''La lumière montre l'ombre et la vérité le mystère.''
               
Aeli Seoriria
 
''Si la vie n'a qu'un temps, le souvenir n'a qu'une mesure. Le reste est silence.''
               
Valt Horn
 
''Dans le noir le plus complet, l'aveugle est la meilleure personne à suivre. Dans un monde de folie, qui mieux qu'un fou pour nous guider ?''
               
Ledha Borolev
 
''Je ne crois pas en la force d'un absent. Celle qui ferait de vos dieux ce que vous pensez qu'ils sont.''
               
Gigantus Corne
 
''Une limite qui n'a été créée que pour être dépassée ? C'est simple, imaginez !''
               
Goudwin Didrago
 
''Voir grouiller tous ces gens, connaître leurs désirs et leurs rêves, voir comment évoluent les sociétés, leurs aspirations et leurs défauts. Comprendre que donc rien n'est éternel, et que tous ces rêves et toutes ces folies disparaîtront de la surface du monde. Se laisser aller, indolent, parce que tout cela ne servira à rien, et qu'au bout du compte le monde reste le monde, seule éternité immuable.''
               
Uridan Sangried
 
''L'Inquisition vous remettra sur le droit chemin. Même s'il faut vous briser les jambes pour ça.''
               
Leevo Shellhorn
 
''N'oublie pas d'avoir peur des morts. Ils sont toujours plus nombreux que les vivants, et un jour, tu les rejoindras.''
               
Moira Brawl
 
''J'avais l'habitude avec ce genre d'individus... Moins vous bougerez, moins vous leur parlerez... et moins ils vous cogneront dessus.''
               
Aoi Haandar
 
''Je souhaite voir votre sang se répandre mollement à la surface d'une eau rendue trouble par les masses de cadavres vidés de leur substance, marcher dans les champs de vos ossements éparpillés, me remémorant à chaque pas votre mort absurde et pathétique, que vos noms ne soient pas contés, que votre souvenir s'éteigne comme s'éteint votre vie fade et misérable, qu'à travers les années, seuls subsistent vos ossements tels de tristes traces blanchâtres dans un paysage noir de guerre, de sang et de folie.
Et que telles cette phrase, vos morts n'aient aucune importance, aucune signification pour quiconque.''
               
Nargheil Eoss
 
''Bénie soit la haine que tu porteras à ton prochain, lave l'Homme des péchés qu'il a commis.
Sois l'épée du jugement qui s'abattra sur cette race impure, souillée par la vengeance et la corruption.''
               
Meiro Fuuchiuse
 
''Notre futur exprime nos actes passés.''
               
Terence Ripper
 
''Rencontre les ténèbres et tu admireras la lumière, dit le voyant.
Contemple la lumière et tu provoqueras les ténèbres, dit l'aveugle.''
               
Tekian Varis
 
''Un général courageux et fier, est celui qui exécute en premier l'ordre qu'il donne à ses hommes.''
               
Danarius Kyrarion
 
''L'art est le sentiment obscur de l'appropriation de l'étrange.''
               
Leroi-Gourhan
 
''La mort nous sourit à tous, et tout ce que nous pouvons faire, c'est lui sourire en retour.''
               
Marc-Aurèle
 
''L'art est la mystérieuse présence en nous, de ce qui devrait appartenir à la mort.''
               
Malraux
 
''L'art est une profondeur creusée dans le visage du monde.''
               
Weischedel
 
''Le néant après la mort ? N'est-ce pas l'état auquel nous étions habitués avant la vie ?''
               
Schopenhauer
 
''Les avocats d'un malfaiteur sont rarement assez artistes pour tourner à l'avantage de leur client la belle horreur de son acte.''
               
Nietzsche
 
''Ôte-toi de mon soleil.''
               
Diogène le cynique
 
''Il y a pas d’œuvre d'art sans collaboration du démon.''
               
André Gide
 
''Ce n'est pas le lieu mais son cœur qu'on habite.''
               
John Milton
 
''Nous sommes les histoires que nous vivons.''
               
Auteur inconnu
 
''La mort est terrible pour n'importe qui. Bons ou mauvais, anges ou démons, c'est la même chose. La mort est impartiale. Il n'y a pas de mort particulièrement horrible. C'est pourquoi la mort est effrayante. Les actes, l'âge, la personnalité, la richesse, la beauté... Tout ça n'a aucun sens face à la mort.''
               
Fuyumi Ono
 
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 [CLOS] Sooner or later {Aoi}

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Leevo

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[CLOS] Sooner or later {Aoi} _
MessageSujet: [CLOS] Sooner or later {Aoi}   [CLOS] Sooner or later {Aoi} EmptySam 29 Sep 2012 - 19:31

Leevo Shellhorn

« Ça m'aura finalement pris beaucoup de temps – DE SANG – et d'argent – DE DONS – mais j'ai finalement réussi. Tout est parfait – PARFAIT ! – et tu vas maintenant pouvoir t'infliger la – LA – souffrance suprême. Tu vas souffrir comme tu n'as jamais souffert, crois-moi – CROIS DIEU ! »

Ervin Shellhorn à propos de ce qui arrive tôt ou tard.


***

La lumière se déplace lentement sur le monde du milieu, qu'importe ce qu'en disent les philosophes.
Elle est lente, lourde et paresseuse ; elle met toute la nuit pour arriver et toute la journée pour partir.
Et encore, parfois elle semble n'être qu'à moitié-là lorsque les nuages parsèment sa route, comme si elle n'avait pas vraiment envie de venir et qu'on l'avait jeté de force hors de son lit pour accomplir son travail.
Un travail qui prenait énormément de temps.

Tout comme le réveil d'Aoi.

Cela faisait une semaine que le séraphin n'avait plus ouvert les yeux et n'offrait plus aucun signe de vie au monde qui l'entourait.
Rien autour de lui ne semblait l'intéresser plus que les rêves dans lesquels il était plongé.
Et ce bien malgré les efforts de Leevo pour y parvenir.

Celui-là avait tout fait – tout, sans exception aucune – pour le ramener auprès de lui.
Il avait fait chercher un médecin immédiatement après qu'Aoi ait de nouveau perdu conscience ; il avait immédiatement envoyé l'Inquisiteur Malveigne quérir le premier guérisseur qu'il trouverait, mais, comme il ne revint jamais, Leevo dut se résigner et comprit très vite que, cette fois-ci, la religion ne l'aiderait pas.
Dieu ne l'aiderait pas à sauver son ami des carcans du sommeil.

Alors il avait cherché de l'aide ailleurs, il s'était tourné vers l'unique personne capable de lui fournir toute l'assistance possible, qu'importe le prix et le temps imparti.

Il avait porté Aoi et ses grandes ailes décharnées à travers toute la capitale pour demander asile à Dame Sillae, laquelle, malgré l'heure, l'état et les conditions, leur avait offert une chambre, un abri et surtout des soins.

Elle avait fait réveiller sur-le-champs le maître guérisseur de la famille qui s'était sitôt empressé de tartiner la blessure du séraphin, de l'enrouler dans des tissus, s'efforçant au passage de ne faire aucun commentaire sur la nature de son malade, avant de lui prescrire de longues semaines de repos et de conseiller à Leevo d'être patient.
Et de se faire soigner, lui aussi.

L'elfe refusa bien évidemment de se faire prodiguer le minimum vital de soin, mais n'en fit rien pour Aoi.
Ce fut même tout le contraire ; malgré les conclusions du maître guérisseur, il fit venir à son chevet toutes les branches possibles de la médecine, si bien que la demeure de Dame Sillae reçut la visite d'herboristes, de physiciens, de drogueurs, d'ocultistes et même de quelques médicastres étrangers qui prônaient de nouvelles méthodes expérimentales.

Aoi reçut tous les soins possibles et imaginables – et même certains inimaginables, seulement praticables au fin fond d'une grotte lugubre – et eut même droit, en fin de compte, à la visite d'un mage blanc qui exerça ses dons sous l’œil attentif de Leevo.

Hélas ! Le diagnostic du bougre ne fut pas plus encourageant que ceux de ses prédécesseurs ; ses soins ne firent que rendre un peu de couleur au visage du séraphin, ce qui le conduisit sur le pallier de la porte, tout comme ses prédécesseurs, sans solde, bien sûr, mais avec la chance de garder la tête sur les épaules.

Puis Leevo, refusant d'accepter les conseils des professionnels et incapable de rester calmement là à regarder son ami sombrer chaque jour plus profondément dans le sommeil, changea littéralement de méthode ; il condamna la chambre dans laquelle dormait le séraphin à sa seule présence et combla chaque recoin de la pièce d'objets, de cadeaux, de pâtisseries, de tissus, de breloques et autres bagatelles de bijoux afin de l'intéresser à la vie.

Il passa ses journées et ses nuits à lui raconter ce qu'il se passait, ce qu'il faisait, ce qui l'attendait tout autour de lui...
Il passa l'intégralité de son temps à le supplier de revenir à ses côtés, il l'encouragea, il le questionna... et vécut exactement au même rythme que lui.

Un rythme lent, si lent que le temps ne semblait même plus pouvoir le compter, si bien que Leevo ne percevait les jours passant qu'en denrées qui pourrissent, qu'en bougies à changer et ne vivait plus que des respirations du séraphin.
Il ne se nourrissait plus que de questionnements et dormait de l'espoir de trouver un moyen de le réveiller.

Et malgré les souffrances, les cris de fatigue, de faim et de soif qu'il imposa à son être plus que jamais, rien de ce qu'il trouva ne lui parut être à la hauteur du séraphin.
Rien de ce qu'il put lui offrir ne suscita son intérêt.
Rien en ce monde ne valait un battement de ses paupières.

Alors il s'était une nouvelle fois résigné et, aujourd'hui, il avait repris ses démarches.
Il avait trouvé une prêtresse dans un sanctuaire bâti à la gloire du Dieu de l'Eau qui avait accepté de le suivre et de voir de quoi il en retournait.
Il l'avait alors guidé jusque dans les plus beaux quartiers de Madorass pour lui ouvrir la porte de la chambre poussiéreuse et obscure d'Aoi, sans se soucier des objections et des simagrées de Dame Sillae et de ses autres invités.

Puis il l'avait laissée observer le séraphin, commencer à psalmodier quelques prières et, lorsqu'il était venu le moment pour elle de toucher son ami, l'elfe avait tiqué si vigoureusement qu'il lui avait aimablement suggéré de faire très attention à ce qu'elle comptait lui faire.
Et puis finalement il l'avait obligé à le laisser faire ses gestes.

Il ne supportait plus l'idée que quelqu'un d'autre puisse le toucher ; il ne la supportait plus après avoir vu ce ballet d'incapables agiter son corps inerte dans tous les sens et lui souhaiter de continuer à dormir.
Il ne souhaitait plus voir personne poser ses mains sur lui pour faire changer la couleur de sa peau, si bien qu'il était prêt à parjurer sa propre religion pour être sûr que rien de magique ne venait aggraver l'état d'Aoi.

Et il ne put se détendre que lorsqu'il en fût sûr, que lorsqu'il eût fini d'appliquer l'eau bénite sur les plaies, le front et le torse de son ami.
Jusqu'à se retendre comme une corde d'arc fraîchement bandée dans l'attente de le voir rouvrir les yeux.

***


Les jours suivants passèrent sans qu'aucun chiffre ne puisse les compter.

Les prières prodiguées par la prêtresse n'eurent aucun effet, à croire que même le Dieu dans lequel Aoi croyait ne pouvait pas le récupérer.

Et les jours continuèrent à passer tandis que Leevo avait épuisé toutes les solutions possibles et ne pouvait plus rien faire d'autre qu'attendre.
Ce qu'il faisait d'ailleurs, sa tête posée sur les jambes d'Aoi, le reste du corps à moitié par terre.
Il n'avait plus de force et l'idée d'aller rejoindre son cher ami dans ses rêves sans retour accaparait la moindre de ses pensées.

Il était devenu presque aussi inerte que lui, si bien qu'il n'entendit même pas frapper à la porte.
La servante dut s'y reprendre à plusieurs fois avant de finalement ouvrir et poser ses yeux sur le lit.

- Monsieur Shellhorn ?

Il n'y eut aucune réponse.

- Monsieur Shellhorn ?

Il y eut un souffle inaudible.

- Monsieur, vous êtes... là ?

- Non, répéta-t-il plus fort, d'un semblant de voix caverneuse.

- Monsieur, navrée de vous déranger mais...

- Non.

- C'est important, monsieur.

- Non.

- Monsieur ?

Leevo faisait dos à la porte et fixait le visage d'Aoi, incapable d'en décoller ses yeux, incapable de concevoir que quelque-chose en ce monde puisse être plus important que lui.
Mais personne sur ce même monde ne semblait le comprendre.
Personne n'avait jamais semblé comprendre à quel point la magie était mauvaise et voilà où ils en étaient arrivés.
Car c'était de sa faute à elle si Aoi se retrouvait incapable de se réveiller.

Conscient alors que la servante ne le laisserait pas tranquille, il se redressa tant bien que mal, se releva sous la danse de l'unique bougie allumée pour embrasser tendrement le front du séraphin avant de se laisser tomber dans le siège juste à côté.

La flamme de la bougie n'était plus capable d'éclairer son visage ; elle ne pouvait que creuser ses traits fatigués d'ombres, si bien qu'on ne voyait de lui que des vallons de cernes peinées et désespérées.

Il appuya sa tête sur l'une de ses mains sans quitter le séraphin des yeux.


- Il ne veut toujours pas se réveiller, dit-il.

- Non, monsieur ?

- Rien n'a marché.

- Monsieur... Il y a quelq-...

- Je ne sais plus quoi faire.

- Il y a quelqu'un qui veut voir le malade, monsieur.

- Je voudrai juste qu'il me fasse un signe... souffla-t-il sans l'écouter. Juste un signe... Ce n'est pas grand-chose, un petit signe. Ce n'est pas beaucoup demander, hein ?

- Non, monsieur, mais...

- Alors pourquoi il ne veut pas le faire ?

- Je ne sais pas, monsieur.

- Il faut lui faire un bisou comme dans les contes, fit soudain une petite voix de l'autre côté du lit.

Leevo leva rapidement des yeux surpris sur la gamine qui mangeait de la brioche en face de lui et qui fixait avec émerveillement le visage endormi d'Aoi.
Il ne l'avait même pas vu entrer.


- C'est tout pareil que dans le conte. Mon papa il m'a dit que ça existait pas. Mais c'est une vraie princesse endormie ! C'est trop cool !!

La servante s'empressa d'entrer à son tour, de se confondre en excuse puis d'éloigner la gamine.
Leevo ne put s'empêcher de la retenir, alors, piqué au vif par ses propos.
Il lui demanda de s'expliquer.


- Beh ! Dans le conte, la princesse elle dort depuis très très longtemps, puis après le prince il arrive et il lui fait un bisou sur la bouche – beurk ! – et elle se réveille ! Après ils sont heureux.

- Après ils sont heureux ? Demanda l'elfe en se redressant sur son siège.

- Ouais. Jusqu'à la fin de leurs jours. C'est dans le conte.

- Quel conte ?

- Il est dans ma chambre. Y a des images qui montrent et tout.

Il ne lui en fallut pas plus pour se lever et suivre la gamine, à nouveau l’œil vif et l'espoir retrouvé.


Dernière édition par Leevo Shellhorn le Lun 11 Fév 2013 - 13:44, édité 1 fois
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Aoi Haandar

l'Alouette aux ailes brisées

________________

Aoi Haandar
________________


Race : Séraphin aux ailes coupées
Classe : Guérisseur
Métier : Esclave fugitif, chanteur de rue
Croyances : Divinités de la Pluie et de l'Air
Groupe : Solitaire

Âge : 17 ans physiquement (une cinquantaine d'année en vérité)

Messages : 306

Fiche de Personnage : Ils le paieront tous...


[CLOS] Sooner or later {Aoi} _
MessageSujet: Re: [CLOS] Sooner or later {Aoi}   [CLOS] Sooner or later {Aoi} EmptySam 29 Sep 2012 - 20:31

J’étais de retour dans cette salle baignée d’obscurité, là où aucune lumière ne trouvait refuge. Le noir total, le néant absolu. Mais, comme auparavant, j’étais très bien dans cette salle. Je me sentais… léger, apaisé, tranquille. J’entendais tout, je sentais, aussi. Pas toujours, c’était par phases, mais j’étais à moitié conscient de tout ce qui m’entourait. J’avais senti Leevo me porter, j’avais entendu la voix de Sillae… j’avais senti les soins qu’on m’avait prodigué, et ce depuis le tout début de mon sommeil prolongé. J’avais entendu Leevo me parler et j’avais essayé de lui répondre, mais je n’y étais pas parvenu. Il me racontait toutes sortes de choses, me faisait des promesses quant à ce que nous allions faire à mon retour parmi les « vivants » et me décrivait ce qu’il m’avait acheté. J’avais ouvert les yeux à peine quelques secondes, parfois. Et à chaque fois, j’oubliais tout ce que j’avais pu entendre dans mon inconscience.

C’est peut-être pour cela que je ne compris pas vraiment ce que faisais Kaai’to et Leevo dans la même pièce, à se hurler dessus et à se menacer l’un et l’autre. Enfin, je supposais qu’ils se menaçaient entre eux parce que leur discutions n’avait rien de calme… J’avais alors tenter de les appeler, de leur dire quelque chose. Mais aucun son ne sortit de ma bouche hormis :

- …i…o…


Je sombrais alors de nouveau dans l’inconscience, n’entendant que quelque chose à propos de deux princes pour une seule princesse, prononcé par une voix de petite fille. Qu’est-ce que c’était encore que cette histoire farfelue ?


C’était peut-être aussi pour cela que j’avais paniqué en me retrouvant seul dans une chambre vide de toute vie, hormis la mienne. J’étais encore un peu dans les vapes, mais assez réveillé que pour comprendre que je n’étais plus chez Leevo, que j’étais chez quelqu’un d’autre et que j’étais blessé, vu comme mon flanc me lançait affreusement. Je m’aperçus aussi que j’étais nu, ce qui n’ajouta rien de bien bon dans cette situation. Je m’étais alors levé, bien que la force de mes jambes ne suive pas. Je m’étais appuyé contre un mur afin d’arriver jusqu’à la porte, me moquant de ma plaie ouverte à nouveau.

Il fallait que je voie Leevo, il fallait que je sois certain qu’il ne m’ait pas abandonné. Dans un recoin de ma tête, je me disais qu’il m’avait laissé après un coup de folie, qu’il ne voulait plus de moi… mais je me refusais de croire la petite voix sournoise qui me sifflait ces dires à l’oreille.

C’est avec difficulté que j’arrivais enfin à ouvrir la porte, sous le regard ahuri d’une des servantes. Je voulus lui demander où nous étions mais… le sommeil et la fatigue me rattrapèrent. Je m’effondrais de tout mon long sur le sol dur. Je ne pus qu’entendre une femme appelant à l’aide.

La troisième fois que je repris conscience, je fus interpellé par une gamine qui mangeait une madeleine trempée dans une tasse de thé sucré à mon chevet. Elle me dit que c’était très mal de se réveiller sans que son prince ne soit pas là, parce qu’elle voulait savoir lequel des deux était le vrai. Elle ronchonna qu’elle était déçue que je ne me sois pas réveillé plus tôt parce qu’elle s’ennuie et qu’elle voulait jouer avec moi et mes jolies ailes. Mes ailes… ? Je n’avais pas ma broche ? Trop fatigué pour réfléchir, je m’effondrais à nouveau.

La quatrième fois fut la bonne. J’avais entendu fredonner, ou en tout cas je supposais qu’on fredonnait, à mon oreille. C’était une chanson que j’avais l’habitude de chanter en tant que ménestrel. C’était la chanson qui avait signé ma rencontre avec un certain elfe farfelu, une rencontre qui allait basculer ma vie à tout jamais. Je l’ignorais encore bien à l’époque, évidemment. Je souris en repensant à cette petite chanson et cette histoire de pièce… Je voulus m’assurer que c’était lui.
Ma main accepta de bouger pour moi, enfin. Elle accepta également de se poser sur la joue de quelqu’un, alors que mes doigts identifièrent les longues oreilles de l’homme qui avait veillé sur moi depuis tout ce temps.
Mes paupières acceptèrent alors de se lever, pour voir de mes propres yeux le visage de Leevo Shellhorn. De quelqu’un de spécial pour moi.

Je souris et caressais doucement sa joue. Ma respiration était plus courte que d'habitude, aussi fallut-il que je murmure mes paroles et que je les entrecoupe:

- ….pourquoi as-tu l’air… si triste… ? Je ne suis pas... encore mort .. !

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Leevo

Invité

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MessageSujet: Re: [CLOS] Sooner or later {Aoi}   [CLOS] Sooner or later {Aoi} EmptyLun 1 Oct 2012 - 19:03

Lorsque Leevo revint dans la chambre d'Aoi et qu'il parvint à décoller ses yeux de la représentation de la Magnifique aux vallées assoupies, allongée sur un duvet de plumes de cygne et surveillée de près par son prince charmant, il manqua de s'effondrer sur place tant les lueurs de ses tatouages se mirent à briller et tant sa peau fatiguée se mit à le tirailler de toute part.

Devant lui se tenait le mage.
Celui aux cheveux bleus.
Qui était penché au-dessus du lit.
Et qui tenait la main d'Aoi.
Exactement de la même façon que ce qu'imageait le conte.

L'illustration était la réplique exacte de ce qu'il voyait devant lui et, ce qu'il voyait devant lui, la réplique exactement de ce qu'il ne voulait absolument pas voir.

La gamine à côté de lui, qui d'ailleurs ne manqua pas l'occasion de s'immiscer activement dans cette drôle d'histoire, ne manqua pas non plus celle de le lui faire remarquer et de s'exclamer :


- Wohaw ! C'est le prince !

Ce qui fit relever la tête dudit prince dans leur direction.

Il était parvenu à s'immiscer dans la maison Sillae par d'affreux concours de circonstance de sa conception et avait profité de l'absence du cortège de majordomes pour venir s’insinuer auprès d'Aoi sans que personne ne trouve quelque-chose à redire ni veille à l'en empêcher.
Kaai'to, tel était son nom, était en fait parvenu à retrouver la trace de son cher ami et se retrouvait en cet instant confronté à la douloureuse réalité suivante : tourner le dos au séraphin et l'abandonner aux mains de l'elfe n'était pas, décidément, la meilleure chose qu'il ait fait dans sa vie ; l'état d'inertie dans lequel il le retrouvait en était la preuve irréfutable.
Et celui qui était à la base de son mal, celui qui avait provoqué toutes les disputes et qui l'avait conduis dans ce lit se tenait enfin devant lui.

Leevo ne fit pas attention, alors, au regard assassin et haineux que lui envoya l'intrus en pleine figure ; il ne vit pas non plus son mouvement de bras discret et se contenta seulement de claquer le livre entre ses mains, de le laisser tomber et de répondre en posant ses griffes sur son coutelas :

- Non. C'est la méchante marraine-bonne-fée...

… Ce qui lui valut de manquer se prendre un couteau droit dans la tête.

L'arme blanche fusa au ras de son oreille et alla se ficher dans le chambranle de la porte, nette, précise et vicieuse, du genre à rater volontairement sa cible.

Il ne fallut pas plus de temps, alors, pour que l'atmosphère se tende, se distorde et ne devienne électrique avant de coincer les deux hommes dans une rixe aussi courte qu'intense.

En deux mouvements presque symétriques, ils se retrouvèrent tous deux avec un coutelas sous la gorge, les coudes croisés l'un dans l'autre et les poignets près à exécuter une sentence irrévocable.

A côté d'eux se tenait le corps inerte d'Aoi, au chaud dans son lit, bouffé par des rêves qui le tenaient loin des hostilités présentes.

La gamine restait ébahie sur le pallier et fut bientôt rejointe par une servante qui s'empressa de lui cacher les yeux avant d'intervenir de la sorte :


- Oh ! Par toutes les divinités majeures et mineures ! Monsieur ! Je suis désolée, monsieur ! Je vais chercher de l'aide, monsieur !

Aucun des protagonistes ne lui offrit de réponse ni ne chercha à l'arrêter ; ils se fixaient droit dans les yeux et ne comptaient pas faiblir avant l'autre, ou avant de forcer l'autre à le faire, si bien que plus rien n'existait autour d'eux à part leurs lames qu'ils maintenaient droites sur les lignes de vie adverses, si bien que plus rien ne comptait plus à part prouver à son rival qu'ils n'avaient plus rien à perdre.

Alors ils se provoquaient en appuyant leurs gorges volontiers sur le fer ennemi.
Ils se jaugeaient en se saignant volontiers la peau.

Alors ils pensaient et pensèrent tous deux la même chose : le coupable, c'était l'autre.

Et bientôt tous les deux se mirent à vociférer à la tête de l'autre lorsqu'ils se rendirent compte que leurs couteaux ne suffiraient pas à démêler la situation.

Tous les deux se mirent à accuser l'autre de l'état d'Aoi, si fort et si sèchement que leurs voix résonnèrent dans toute la maison, que leurs mots se mélangèrent pour donner un tout indescriptible ; si brutalement et si amèrement que leurs rages respectives trouvèrent échos dans celle opposée pour ne laisser de compréhensible aux oreilles de ceux qui venaient s'entasser sur le pallier de la porte que quelques mots, insuffisants bien sûr pour décrire le mal profond qu'ils se vouaient mutuellement.

Il fallut que le cri aiguë, désagréable et strident d'une dame se mêle à leurs cris en les voyant de la sorte, puis fasse mine de s'évanouir en leur demandant de lâcher leurs armes pour les rappeler à la réalité.

Il fallut en outre que le petit chuchotement d'une voix familière perce leurs fureurs pour les faire lâcher toute emprise sur la vie de l'autre et les fasse se jeter tous deux comme un seul homme au chevet d'Aoi.

La seule voix qui resta alors fut le chœur des deux leurs qui se rassemblèrent pour assurer à leur seul point commun qu'ils étaient bien là, chacun de leur côté, bien sûr.
Chacun à sa façon, évidemment.

Ils restèrent penchés au-dessus du corps d'Aoi sans plus se soucier alors de la part de faute de l'autre, ne cherchant plus qu'à se persuader que le séraphin venait bien de parler.

Puis, comme il ne leur offrit aucune réponse, aucun signe, et que tout ne leur sembla être qu'une illusion, ils se mirent chacun, bien sûr, à se persuader que c'était eux et non pas l'autre qu'il avait cherché à appeler.

Ils se regardèrent une nouvelle fois dans le blanc des yeux, alors, avant que l'un, par son sang-chaud et son instinct vif, ne décoche finalement un coup de poing à la figure de son détestable opposé et ne le fasse valdinguer quelques mètres plus loin.

Leevo se rattrapa comme il put aux meubles qui l'entouraient mais ne parvint pas à empêcher sa chute.

Étalé sur un fauteuil bancal, il s'essuya le coin de la bouche qui le brûlait d'un revers métallique avant de s'insurger contre le mage bleu, scindé de toute part d'une lumière rouge, embourbé dans une voix sombre et tonitruante.

Il ordonna à ce qu'on le fiche dehors ; il exigea qu'on le fasse déguerpir, qu'on le fasse enfermer, qu'on le fasse disparaître de cette chambre, de cette maison, de ce monde, de sa vue.

Et comme l'assemblée tout autour de lui ne fit rien, il planta ses yeux troubles dans ceux de celui qu'il croyait être un mage, qui le fustigeait de toute sa haute taille humaine, qui laissait émaner de lui toute une prégnance obstinée, décidé à rester-là malgré tout, décidé à imposer au monde sa présence et ses torts d'unique coupable et psalmodia :

- Le coupable se défendra de toutes les accusations, l'innocent attendra toutes les preuves possibles mais tous deux devront répondre du jugement de leurs actes, qu'importe les raisons, le temps et le lieu.

Et en expirant une vapeur de magie furibonde, il se jura à lui-même de porter cet homme devant son jugement.
Il se jura de lui porter toutes les accusations et toutes les preuves possibles.
Il se jura de l'emporter dans le même néant disgracieux que celui dans lequel il avait emporté Aoi.


***

Leevo voua les jours qui suivirent à cette tâche.

Il disparut littéralement de la circulation, d'abord parce qu'il fallait qu'il cherche un moyen de lancer les travaux du manoir et, ensuite, parce que quelques autres menus problèmes liés à cette fameuse nuit qui avait scellé la vie d'Aoi dans le sommeil vinrent l'interrompre(*).

Par conséquent, il ne fut pas là lorsque le séraphin se réveilla une seconde fois.

Il ne fut pas là non plus lorsqu'il se réveilla une troisième fois.

Il veilla cependant à ce que le mage n'y soit pas non plus.
Et s'accapara ainsi le jour de son véritable réveil.
Du moins, crut-il.


***

- ….pourquoi as-tu l’air… si triste… ? Je ne suis pas... encore mort .. !

L'elfe planta des yeux tremblant dans ceux d'Aoi et osa à peine y croire.
Il sentait sa main contre sa joue, il avait clairement entendu ses paroles et le voyait parfaitement réveillé devant lui, mais il n'arrivait pas à y croire.

Cela faisait tellement longtemps qu'il attendait de réentendre sa voix, tellement longtemps qu'il espérait sentir à nouveau la chaleur de son corps et encore plus longtemps qu'il priait pour revoir la couleur de ses yeux qu'il avait énormément de mal à croire que le sommeil avait enfin accepté de lui rendre son cher ami et que la réalité, la vraie, l'unique, se jouait devant lui.

Elle n'était plus faite de questions et de recherches, alors.
Elle n'était plus faite de médecins ni de traitements.
Elle était faite d'Aoi, là, devant lui, réveillé.

Il n'était pas en train de rêver et il n'en prit que réellement conscience lorsqu'il attrapa la main du séraphin dans les siennes, qu'il la serra doucement avant de poser son front dessus.


- Tu t'es réveillé, chuchota-t-il comme pour s'en convaincre définitivement avant de reposer ses yeux sur lui et de lui baiser la main, tu es enfin réveillé...

Il s'approcha de lui jusqu'à s'accroupir par terre et venir poser sa tête au plus près de la sienne, puis, tenant toujours sa main fermement, il entreprit de lui caresser les cheveux avec tendresse avant d'observer ses yeux avec un émerveillement sans fin.

- Ne dors plus jamais, maintenant, s'il te plait...

Il continua à lui caresser la tête avec langueur tout en lui promettant qu'il s'occuperait bien de lui, à présent.
Il lui promit aussi qu'il n'aurait plus à travailler, jamais plus, et qu'il obtiendrait tout ce qu'il souhaitait.
Tout.
Incontestablement tout.

Et une voix qui avait fredonné plus tôt une chansonnette familière vint percer le champs de ces nouvelles promesses pour se présenter dans l'encadrement de la porte...

… et assurer à son tour qu'il ne travaillerait plus jamais.
Plus jamais pour cet elfe.
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Aoi Haandar

l'Alouette aux ailes brisées

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Aoi Haandar
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Race : Séraphin aux ailes coupées
Classe : Guérisseur
Métier : Esclave fugitif, chanteur de rue
Croyances : Divinités de la Pluie et de l'Air
Groupe : Solitaire

Âge : 17 ans physiquement (une cinquantaine d'année en vérité)

Messages : 306

Fiche de Personnage : Ils le paieront tous...


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MessageSujet: Re: [CLOS] Sooner or later {Aoi}   [CLOS] Sooner or later {Aoi} EmptyLun 8 Oct 2012 - 20:19

Ses oreilles restées basses se redressèrent, il semblait content. Je ne voyais plus là le « Leevo » qui m’avait fait tant de mal ces derniers temps. Je voyais devant moi le « Leevo » que j’avais quitté quatre années plus tôt, cet elfe plein de bonnes intentions veillant toujours sur moi. Car c’est ce qu’il semblait avoir fait, d’après ses cheveux d’avantage en bataille et son aspect livide. Depuis combien de temps ne s’était-il pas reposé ?
Il approcha sa tête de la mienne, glissant ses griffes de métal dans mes cheveux. Ses grands yeux brillaient de joie, heureux sans aucun doute de me revoir.

Il me demanda de ne plus jamais dormir, sans doute apeuré par l’idée de me perdre à nouveau. Je lui répondis d’un sourire, encore trop embrumé que pour vraiment donner une véritable réponse à cette demande incongrue.
Il me promit de prendre soin de moi, qu’il ne m’arriverait plus rien et qu’il s’occuperait bien de moi. Que je n’aurais plus jamais à travailler, qu’il m’offrirait tout ce que je désirais.

Oui. Leevo était de retour. Et moi aussi.
Il avait fallu que je frôle la mort pour que nous nous retrouvions… Mais l’elfe n’était pas le seul à être présent sur les lieux.

Quelqu’un d’autre me promit qu’il m’offrirait tout ce que je désire, que je n’aurais plus à travailler pour cet elfe.

Kaai’to.

Je me sentis apaisé. Il était là lui aussi et ça voulait donc dire qu’il m’avait peut-être pardonné pour ce que j’avais fait. Il s’approcha du lit et voulut déposer un baiser sur mon front mais fut arrêté dans son élan par Leevo, qui l’avait tiré en arrière. Ils se jaugèrent du regard avant de porter chacun leur main à leur ceinture. Ohoh. Il me fallait intervenir.
Je soupirais et, avec la force qu’il me restait, je me redressais doucement, interrompant ainsi cette petite joute de regards assassins. Je posais mes mains sur les leurs, les incitant à se calmer.

- Ne vous disputez pas, s’il vous plait… s’il vous plait.


Ils se jaugèrent une dernière fois avant que Kaai’to ne pose enfin un baiser sur mon front et aille s’asseoir dans un coin de la pièce. Leevo le surveilla un instant avant de me présenter la montagne de cadeaux et me fit savoir que tout était pour moi et me demanda si je voulais quelque chose. Je lui souris en lui faisant savoir que ça allait pour le moment et lui pris simplement la main avant d’aller me reposer. Une heure passa sans que personne ne dise quoi que ce soit. Kaai’to sortit finalement en me promettant qu’il reviendrait très vite, qu’il avait une affaire urgente à régler ; je hochais simplement la tête et tournais le regard vers Leevo.

L’elfe me caressa alors à nouveau les cheveux et alla chercher un petit paquet parmi tous ceux qui trônaient sur le monticule de présents. Il prit quelque chose à l’intérieur et le posa dans ma main. C’était un chocolat.
Ce genre de petites confiseries étaient réservées aux plus riches d’entre tous, étant très chers à la pièce. Il paraîtrait que les fèves avec lesquelles sont faites ces petites douceurs viennent de très loin ; une fois, alors que nous passions devant un chocolatier réputé, j’avais eu envie de demander à Leevo d’en acheter pour moi. Voyant que je les regardais et que j’avais passé mon temps à acheter toutes les babioles que je regardais, il demanda si il voulait que j’en achète. Je lui avais dit que non, qu’ils étaient trop chers.

Je le remerciais alors de ce geste et savourait cette petite bouchée de plaisir fondant. Je m’attardais alors sur les différents cadeaux. Il s’agissait là en fait de beaucoup de choses sur lesquelles je m’étais arrêté, que j’avais trouvée jolies ou originales. Il avait dû dépenser des sommes folles. Il avait fait ça pour moi…

Il me demanda alors si j’avais faim. Je lui souris et lui fit savoir qu’un petit bol de soupe et un peu de pain ne seraient effectivement pas de refus. Il héla alors une servante pour m’apporter tout ça et resta prêt de moi, à me regarder. Et moi aussi, je le regardais. Les mots n’avaient pas d’importance, nous avions juste envie d’être l’un prêt de l’autre après ces longues années de « séparation ».

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Mon sommeil fut agité cette nuit là, très agité même. Je ne parvenais pas à m’endormir et je m’étais retourné maintes et maintes fois dans tous les sens. Enfin, aussi bien que me le permettait ma blessure. Puis, quand je tombais enfin dans les bras de Morphée, ce ne fut que pour affronter mes pires cauchemars. Ces moments horribles qui me revenaient en tête.

Je me voyais attaché à une chaise sanglée, face à un de mes anciens maîtres. Un monstre assoiffé de sang, un demi-vampire. Alors que ses confrères n’appréciaient généralement pas le sang de « volaille », lui l’aimait particulièrement. Il y avait quelque chose de doux et de capiteux dedans, m’avait-il avoué.
Je me trouvais donc à nouveau sur cette chaise sanglée, alors que cet homme s’amusait à ouvrir la peau de mes avants bras avec un couteau effilé ; il léchait le pourtour des plaies avec une certaine excitation, une certaine impatience.. Puis, quand il voyait que je commençais à perdre en couleur, il m’ordonnait de me soigner, ce à quoi j’obéissais. Et cela continuais jusqu’à ce qu’il soit repu.

Le maître changea alors. Un petit potelé m’apparut. Potelé certes mais ses dents cassées et sales me rappelèrent à ses bons souvenis. Ce type avait été un horrible bourreau. Il s’amusait à me torturer et à m’obliger à me soigner ; il me retournait les ongles, me brisait les os et me délogeait les muscles. Chaque hurlement lui offrit plus de satisfaction encore.

Puis cela changea à nouveau et une nouvelle silhouette apparut. Elle était plus petite que les autres et encapuchonnée. Elle tendit vers moi un drôle d’objet, fait de cuir et de fer. Un objet horrible, qui n’inspirait rien de bon. Ce ne fut qu’au moment où il me le passa, me transperçant la gorge, que je vis le visage satisfait de Leevo se dessiner sous la capuche.

Et ce ne fut heureusement que mon hurlement fictif qui s’avéra également réel qui me sortir de cet horrible cauchemar.

Mon souffle était court et mes yeux peu habitués par l’obscurité cherchaient un point de repère suite à cette horrible vision. Mon cerveau encore embué par les mauvais souvenirs refusa la main tendue par le pauvre elfe qui avait veillé sur moi. Je m’étais recroquevillé à l’autre bout du lit et l’avait fixé comme si il ressemblait à un monstre. Un monstre horrible.

Je hais les cauchemars…

Deux bras puissants m’enlacèrent alors doucement et me murmurèrent des mots doux avant de me border à nouveau, me rassurant. Je reconnus la douce odeur de mon bleuté favoris. Il avait toujours su me calmer après mes mauvais rêves et cela ne semblait pas changer de sitôt.
Après quelques minutes, je m’endormis enfin, pour un long sommeil paisible.

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Ce que Aoi ignorait, ce fut sans doute que la nuit ne s’arrêta pas là. En effet, le dit Bleuté ne sembla pas d’accord pour laisser cette angoisse impunie. Parce qu’il le savais très bien, le responsable n’était autre que cet elfe arrogant qui se trouvait là, à attendre sans comprendre, prêt du lit. L’humain l’empoigna alors et le fit sortir avant de refermer la porte doucement.
Oui, il avait blessé son ami et avait éveillé en lui de biens mauvais souvenirs. Kaai’to avait pris l’habitude de ménager son ami avec ses propres soucis. Ho, le Aoi que vous connaissez tous aujourd’hui aurait certainement bien voulu l’aider dans ses problèmes, ce n’était pas là l’ennui. Le Aoi d’aujourd’hui n’a juste pas toujours été comme ça.

Cela remonte au début de leur relation. Aoi était venu se réfugier chez Kaai’ plusieurs fois depuis qu’ils étaient amants et n’avait pas la même joie de vivre qu’aujourd’hui. Chaque geste brusque dans la rue l’apeurait ; que ce soit une dame qui menace son enfant ou un forgeron frappant le fer. Chaque parole trop forte le faisait se confondre en excuses, habitués aux coups qu’il était. Oui, il était beaucoup moins fort que de nos jours. Et cela se confirma cette nuit là. Une nuit particulièrement agitée, particulièrement cauchemardesque.

Aoi s’était réveillé au beau milieu de la nuit dans un hurlement strident, en larmes et couvert de sueur froide. Son ami avait bien tenter de le réconforter mais il ne ferma plus l’œil jusqu’au matin. Aux environs de minuit, il se leva à l’insu du commerçant qui ne dormait qu’à moitié. Celui-ci ne s’en aperçut pas de suite. Il ne le remarqua que lorsque la place à ses côtés lui sembla bien vide et gelée. Il enfila en vitesse une veste et sortit, paniqué à l’idée que son amant ne se soit enfui. Mais il était juste là, dehors.

Immobile. Inerte. Sans vie. Sous un rideau de pluie et uniquement vétu de sa chemise de nuit.

Kaai’to lui avait demandé de rentrer, qu’il allait attraper froid et tomber malade. L’angelot lui répondit qu’il s’en fichait, qu’il ne savait même pas pourquoi il avait tant attendu pour se laisser mourir. Il ne voyait plus l’intérêt de fuir un sort qui lui collait à la peau. A quoi servait-il de lutter si c’était pour que les hommes de Gunar ne le retrouve ? A quoi cela servait-il si il devait vivre dans la peur de se voir enlever sa liberté à nouveau ? Tout n’était que provisoire, on finissait toujours par tout lui prendre ; on lui avait pris sa maison, sa famille, sa dignité, sa fierté, sa vie, ses droits… A quoi cela servait-il de lutter si de toute manière il ne récupèrerait rien ?

Kaai’to s’avança alors et lui dit simplement qu’il ne fallait pas qu’il pense à ce genre de choses, qu’il n’avait qu’à demander et il ferait ce que bon lui semble. Tuer Gunar ne lui prendrait même pas une après-midi. Il lui dit aussi qu’il pouvait etre fier de lui, que tout ce qu’il faisait c’était de survivre. Ce à quoi le séraphin rétorqua ceci ; « je ne veux pas survivre. Je veux vivre ! ».

Alors le bleuté lui passa doucement sa veste sur les épaules et le fit rentrer dans la petite boutique. Ils passèrent la nuit ensemble, chassant les mauvais rêves et se mêlant l’un à l’autre. Ce fut cette nuit là que Kaai’to lui jura que personne n’arrivera à le lui enlever, qu’il serait toujours là pour lui. Aoi lui promit la même chose.

Et ce n’était pas un elfe qui allait briser cette magnifique promesse. Cet elfe profiteur qui retournait le cerveau du séraphin dans tous les sens… Il lui fit savoir que si il arrivait quelque chose à Aoi de nouveau, il le tiendrait pour responsable. Et sur ce, il s’en alla.

Aoi ne voulait pas qu’ils se disputent alors il respecterait ses choix. Pour l’instant.


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Je me voyais dans une salle sombre illuminée par quelques lampions disséminés dans la pièce et des bougies. Beaucoup de bougies à moitié fondues. Un nouveau cauchemar, encore. Je m’attardais alors sur mes vêtements ; ils étaient étrangement féminins. Un de mes uniformes de prostitué. Derrière moi, le souffle chaud et pestilentiel d’un client impatient ; il avait déjà posé ses mains potelées sur mes hanches. Il n’avait certainement pu payer que pour quelques minutes et n’avait donc pas de temps à perdre. J’entendais déjà les cliquetis de sa ceinture qu’il défaisait impatiemment, maladroitement. J’avais remonté mes jupes, les sous-vêtements n’ayant aucune utilité dans ce genre de métiers.
Il n’y alla pas dans la dentelle et je m’étais forcé à retenir mes hurlements de douleur ; le temps me parut tellement long… Puis enfin, tout fut fini. Quelques larmes que je ne pus retenir coulèrent le long de mes joues, brisant tout mon joli maquillage en de longs traits noirs de khôl. Il était temps que cet homme me paie. Une main se tendit vers moi.
Une main enfermée dans un gant de métal, griffue.
Elle renfermait trois pièces d’or… et le corps entier du client apparut.
Un corps d’elfe, des cicatrices. C’était Leevo.

Je m’arrachais à nouveau de mes angoisses par un long cri, et des larmes. L’elfe qui me regardait dormir se recula, suite à ma première réaction à son égard lors d’un pareil réveil. Mais cette fois-ci je le rattrapais et l’attira vers moi. Je calmais doucement mes sanglots avant de planter mon regard dans le sien.

Je devais savoir.

- Je ne suis pas une catin pour toi… hein ? Je ne suis pas que ça ? Réponds moi, s’il te plait !
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Leevo

Invité

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[CLOS] Sooner or later {Aoi} _
MessageSujet: Re: [CLOS] Sooner or later {Aoi}   [CLOS] Sooner or later {Aoi} EmptyMer 26 Déc 2012 - 6:35

Leevo avait essayé de dormir. Réellement essayé pour la première fois de toute sa vie d'elfe.
D'ordinaire, il y parvenait assez bien : son esprit le faisait tout seul. C'était comme un automatisme ; dès lors qu'il atteignait le seuil critique de fatigue, c'était comme si l'interrupteur de ses pensées basculait sur un autre mode, éteignait toutes les lumières et alors, il dormait.
D'ordinaire.

D'ordinaire, il ne se trouvait pas au milieu d'allées-et-venues incessantes ; il n'était pas entouré d'agitation, de bruit, d'effervescence ininterrompue.
La maison de Dame Sillae était comme une fourmilière : il ne se passait pas une minute sans qu'un bruit ne se fasse entendre quelque-part.

Mais il n'y avait pas que ça qui troublait son repos.
Chaque fois qu'il fermait les yeux, il le voyait. C'était comme s'il avait accroché des tapisseries à son effigie pile à l’intérieur de ses paupières, comme pour lui rappeler qu'il était partout, qu'il pouvait arriver n'importe quand, qu'il avait le contrôle total de la maison.

C'est d'ailleurs l'impression qu'avait Leevo.
Celle-là n'avait fait que grandir et se conforter un peu plus chaque fois que le mage aux cheveux bleus débarquait. Chaque fois qu'il apparaissait, qu'il faisait ici comme s'il s'agissait de son chez-lui, chaque fois qu'il venait se planter au chevet d'Aoi... chaque fois, Leevo croyait – mais bien plus que ça, encore – qu'il exerçait sur les habitants de la maison ses talents de manipulateur.

L'elfe en fut sûr le jour où il le flanqua à la porte de la chambre qu'on LUI avait offerte depuis le drame du manoir.
Il en fut certain lorsque Aoi alla se réfugier dans ses bras plutôt que dans les SIENS la nuit passée.
Il n'en dormit plus lorsqu'il apprit que Dame Sillae, SON amie à LUI, lui avait proposé de rester loger chez elle, pour plus de commodité, soi-disant.

Ne leur avait-il pas dit, pourtant, que ce mage-là devait disparaître ? Ne leur avait-il pas juré qu'il l'emporterait vers son déclin s'il le revoyait ? N'avaient-ils pas vu à quel point il les manipulait... ?

Non, personne n'avait rien vu.
Personne ne savait.
Il n'y avait que lui pour voir, savoir et prévenir le mal.
C'est pour ça qu'il ne dormait plus et qu'il passait son temps à user les fauteuils de la chambre et du salon.

Pour ça, et aussi parce qu'il sentait son corps l'abandonner peu à peu.
Il n'était plus du tout aussi vigoureux que d'ordinaire, si compté qu'il l'avait été un jour. Il ne se déplaçait plus que lentement, il sentait ses reflex disparaître au fil des heures, des minutes, voire même des secondes durant la nuit.
Il n'entendait même plus très bien : un bourdonnement incessant lui tournait autour du crâne, lui interdisant jusqu'à la liberté de penser, seule chose qui lui restait pourtant.

Lorsque Aoi se réveilla, il était tête posée sur le lit et yeux rivés en direction de son visage, une attitude habituelle à présent.
Il se redressa et s'écarta à retardement, quelques secondes après l'avoir entendu crier.

Le voyant tout en larmes et en sueur, il craignit devoir revivre la même douleur en revoyant la peur qu'il suscitait dans la pupille de ses yeux.
Il voulut s'écarter, mais le pauvre convalescent le retint fermement, ce qui lui valut une autre douleur qui lui ébranla toute la masse osseuse encastrée sous sa prise.
Son visage se ferma aussitôt, trop fatigué lui aussi pour masquer ses maux et... sa surprise lorsque les questions d'Aoi parvinrent à ses oreilles, non sans un délais de mastication cérébrale pour en récupérer tout le contenu.

Leevo se releva malgré tout, attrapant au passage la main chaude posée sur son bras, pour s'asseoir sur le fauteuil tout proche duquel il avait justement choisi la position afin de pouvoir s'y glisser au-dehors sans bruit et venir poser sa tête au plus près de son très cher camarade lorsqu'il dormait.

Il fixa longuement la peau sous ses doigts de métal sans plus bouger ni rien dire. Il semblait perdu quelque-part dans les profondeurs de la réflexion lunaire.

Et puis, finalement, il glissa son autre main dans les replis intérieurs de sa tenue de cuir pour en sortir la broche tant aimée par le séraphin qu'il déposa avec douceur à la place de son bras, qu'il récupéra alors, non sans se sentir de suite plus à l'aise.
Elle lui permettait entre-autres de cacher ses ailes.
Leevo l'avait récupérée, de même que diverses autres affaires importantes, dont surtout les chats et leur panier, et avait attendu non sans impatience l'opportunité de la lui rendre.
Il espéra que cela lui ferait plaisir.

En attendant d'en avoir la confirmation, il se renfonça dans son fauteuil, laissant ses bras se poser sur les accoudoirs et sa tête se perdre contre le dossier.
Il fallait encore qu'il réponde.
Il ferma les yeux et essaya de réunir le fil distendu de sa pensée.

A ce moment précis, il ne fut pas certain qu'il puisse exister question plus compliquée en ce monde ; elle abordait des notions, des mots, des définitions qu'il ne maîtrisait pas du tout et qui, déjà, lorsqu'il était en pleine possession de ses moyens, lui apparaissaient comme flous et embrumés... Alors à présent...
Où s’arrêtait le mot « catin » et où commençait le « je ne suis pas que ça » dans la sphère du « pour toi » ?
Il était clair qu'il était une catin : il le lui avait dit. Aoi et « catin » étaient à jamais associés dans sa tête.
Il était également clair qu'il n'était pas que ça : il était tout pour lui.

Il rouvrit les yeux sur un Aoi en pleine expectative une longue minute plus tard et se pencha lentement vers lui.
Il admira l'expression de son visage et se nourrit encore plus longuement de celle de ses yeux avant de lui répéter les mots qui lui étaient naturellement venus en tête :


- Tu es tout pour moi. Il se pencha un peu plus vers lui, glissa le revers d'une de ses mains sur sa joue marquée par sa nuit agitée et en éprouva calmement la peau. Tu peux être tout ce que tu veux, ça m'est égal tant que tu restes quelqu'un de spécial...

Avant qu'il ne trouve quelque-chose à dire, Leevo se pencha encore pour venir prouver ses propos de la seule et unique façon qu'il connaisse : en posant ses lèvres sur les siennes.
« Les s'embrasser c'est pour les “quelqu'un de spécial ” » : ça aussi, c'était à jamais associé à Aoi pour lui.


- ... et tu le resteras toujours, susurra-t-il en lui rendant ses lèvres quelques instants. La volonté et l'assurance qui transparurent de ses mots pouvaient faire froid dans le dos : ils sonnaient comme un ordre, ou bien comme un impératif, comme quelque-chose d'inéluctable en tout cas.

Il mêla une nouvelle fois le geste à la parole et reprit leur calme échange sans chercher à l'approfondir, laissant simplement sa main encadrer la moitié de son visage, avec une fermeté tremblante.

Mais, hélas ! Comme trop souvent à présent, dès lors qu'il pouvait passer un peu de temps avec celui pour qui il détruirait le monde s'il fallait l'en sauver, quelqu'un s'immisça à nouveau dans leur cocon.


- HEY MAIS C'EST PAS TOI LE PRINCE DE LA PRINCESSE !!!!


Dernière édition par Leevo Shellhorn le Mer 2 Jan 2013 - 2:17, édité 3 fois
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Aoi Haandar

l'Alouette aux ailes brisées

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Aoi Haandar
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[CLOS] Sooner or later {Aoi} _
MessageSujet: Re: [CLOS] Sooner or later {Aoi}   [CLOS] Sooner or later {Aoi} EmptyMar 1 Jan 2013 - 13:10




Je l’avais fixé longtemps, terrifié à l’idée de ne rien n’être pour lui. Nous avions traverser beaucoup d’épreuves sans jamais se confier réellement à l’autre, sans savoir à quel point nous comptions l’un pour l’autre. Comptais-je seulement pour lui ? Cette idée m’avait taraudée bien longtemps, vous savez… Dans ma longue et pénible existence, j’avais enchaîné les amants, mais je n’eus jamais d’histoire sérieuse. Mes amants étaient mes amis. Rien de plus. Coucher avec eux avait été la seule solution qui m’avait parue logique pour les garder auprès de moi alors qu’ils m’avaient confié leurs sentiments. Sentiments que je ne pus jamais leur rendre. J’avais longtemps tenter d’aimer Kaai’to, je vous l’assure. Il est gentil, plein de bons sentiments. Mais je ne pus jamais voir autre chose en lui qu’un protecteur, un ami fidèle et une épaule sur laquelle je pouvais me reposer quand j’étais las de toute chose. Avec Leevo, tout est différent. Je ne sais pas si je l’aime, j’hésite encore. Mais une chose est certaine c’est que je ne veux pas le perdre, je voulais qu’il reste auprès de moi. Il m’était précieux mais moi je ne savais pas si j’étais précieux pour lui. J’arrivais souvent à comprendre ce qu’attendaient les gens de moi. Le regard triste que me lançait parfois Kaai’to quand il réalisait que je n’avais toujours pas de sentiments pour lui me déchirait, par exemple. Mais avec Leevo, je ne comprenais rien. Il ne comprenait pas non plus, je pense. Nous sommes trop différents pour nous comprendre correctement… Alors tenait-il à moi ? Ou n’étais-je qu’une curiosité qui lui enseignait ce qu’il y avait de beau dans ce monde qu’il ne connaissait pas ?

Leevo me terrifiait, oui. Il me faisait peur, parfois. Ses crises avaient manqué de me coûter la vie, après tout. Il était possessif aussi. Il avait des sautes d’humeur que je n’arrivais pas à appréhender. Il ne semblait pas comprendre certaines choses que je lui expliquais. Sans parler de ses drôles de croyances morbides. Dans la panique de mon réveil, je n’avais plus vraiment pensé à tout ça. Ce n’était plus lui qui m’effrayait, mais ce qu’il pouvait penser de moi, un pauvre ex-esclave sur qui pas mal de monde est passé, en échange d’argent. J’était un moins que rien alors… voulait-il vraiment de moi ?

Je m’étais calmé, un peu. Il m’avait pris la main, doucement, fermement. Pourtant il ne me répondit pas, il se contentait de fixer ma main, frottant parfois lentement son pouce de métal contre la peau tendre. Je n’attendais qu’une réponse, une seule, mais elle ne vint toujours pas. Réfléchissait-il à un moyen de me jeter ? N’arrivait-il pas à formuler une réponse qui ne me ferait pas de mal ? Il déposa dans ma paume un petit objet brillant. Je ne vis qu’après un instant qu’il s’agissait là de ma précieuse broche. C’est vrai, je ne l’avais pas sur moi ce jour là… Et mes ailes étaient donc restées apparentes tout ce temps. Ca ne me dérangeait pas tellement, j’espérais juste que ça ne m’attirerait pas de problème à cause des serviteurs à la langue trop pendue. Je n’avais pas tenté de les bouger depuis. J’avais peur. Peur qu’elles soient abîmées et que je ne puisse plus les étendre. Alors je les laissais comme elles étaient, redoutant le moment où j’aurais à les refermer.

Leevo restait pensif, il ne m’avait pas encore répondu. Qu’est-ce qu’il attendait pour mettre fin à cette attente interminable ? J’étais accroché à son visage, à ses lèvres, attendant qu’elles bougent afin de me donner une réponse qui, enfin, m’aurait apaisée. Quand, enfin, il rouvrit les yeux sur moi, je sentis mon cœur faire un bon, alors que mes oreilles étaient toutes ouïes pour absorber ses paroles. Se penchant vers moi, il me tint en haleine jusqu’à ce qu’enfin il prononce ce que j’attendais depuis tout à l’heure.

- Tu es tout pour moi. Prononça-t-il. Tu peux être tout ce que tu veux, ça m'est égal tant que tu restes quelqu'un de spécial...

Avant de finir sa phrase, il se pencha encore d’avantage vers moi, posant doucement, tendrement, ses lèvres contre les miennes. C’était un baiser simple et doux, sans aucunes arrière-pensées. C’était un vrai baiser.

- ... et tu le resteras toujours, me susurra-t-il.

Le baiser reprit alors, toujours aussi doux, toujours aussi tendre. Aucun de nous ne chercha à l’approfondir, cet échange, et nous restâmes quelques instants comme ça. Quelques instants seulement parce que la sale gamine ne tarda pas à se ramener.

- HEY MAIS C'EST PAS TOI LE PRINCE DE LA PRINCESSE !!!!


Avouez qu’il y a mieux pour des retrouvailles tendres et pleines de bons sentiments après tant de mois de disputes et de piques incessantes ? La sale gamine bourgeoise bien entendu ! Aaaah quelle petite peste, quelle merveilleuse petite peste… D’ailleurs, elle haussa de grands sourcils en voyant mon torse nu.

- HEEEEY ! MAIS T’ES MÊME PAS UNE PRINCESSE ! T’ES UN GARCON !


Je soupirais. Je n’avais pas du tout envie de me justifier en quoi que ce soit en ce moment. Je lui lançais un regard ennuyé et lui fit savoir qu’elle comprendrait quand elle sera plus grande. Ce qui se conclua par une crise de bouderie et d’incompréhension.

- NON ! Je veux savoir maintenant d’abord ! Pis d’abord vous avez pas à vous faire des bisoux si vous êtes deux garçons, d’abord ! Et pis d’abord… ben c’est beurk !

Je grommelais.

- Tu n’as pas envie d’aller jouer ailleurs pendant qu’on discute, mmmh ? Ton père est riche je suppose, t’as sûrement de quoi t’amuser, alors retourne dans ta chambre.

Elle me regarda avec de grands yeux ronds.

- OOOOOH ! LA FAUSSE PRINCESSE ME PARLE PAS BIEN !


Je roulais des yeux. Elle m’énerve, qu’elle m’énerve…

- Et si tu pouvais éviter de crier, aussi, ça pourrait être des plus agréables pour nos oreilles. Maintenant retourne dans ta chambre.


- Nan, pisque t’es pas gentil, je boude !


Elle se laissa tomber alors au sol, bien fixée sur le pas de la porte. Je souris, mauvais, et attrapait un balai posé à proximité pour lui claquer la porte au nez sans bouger de mon lit. Bien, ça c’est fait, un peu de tranquillité… Enfin, en dépit de la crise de larmes qu’elle faisait derrière la porte. Je souris à Leevo et déposais doucement un nouveau baiser sur ses lèvres.

- Pour moi aussi, tu es quelqu’un de très important.





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Leevo

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[CLOS] Sooner or later {Aoi} _
MessageSujet: Re: [CLOS] Sooner or later {Aoi}   [CLOS] Sooner or later {Aoi} EmptyJeu 3 Jan 2013 - 16:18

Il avait essayé de suivre l'échange entre la gamine et Aoi, ses yeux allant de l'un à l'autre sans trop comprendre cependant.
N'importe comment, même dans son état normal, il n'aura pas été capable d'y voir clair dans ce débat des plus intellectuels et, lorsqu'il voulut réagir à son tour, la porte s'était déjà refermée sur l'enfant tyran et Aoi avait déjà repris possession de lui.
Il garda alors pour lui son commentaire – « Mais... mais si ! C'est moi le prince ! » – et se jura d'éclaircir la chose plus tard.

Pour l'heure, il se rendait compte de la réponse du séraphin et remplaçait son hébétude par de la perplexité.
Celle-là ne faisait que montrer à quel point ce qu'il venait d'entendre ne lui convenait pas.

Défaisant le baiser, il appuya son front contre le sien et posa son pouce sur sa lèvre inférieure. Il voulait la lui arracher.
Il voulait tout arracher, si bien que son doigt, au contact pourtant doux, se crispait en suivant les lignes de sa peau.

Il voulait tout lui arracher, tout de cette souffrance, tout de cette magie qui rôdait quelque-part dans son être et qui l'empêchait d'être celui qu'il avait connu auparavant, qui l'empêchait de dire « tu es quelqu'un de spécial » au lieu de « tu es quelqu'un de très important » – car ce n'était pas pareil, n'importe comment – et, bien qu'il savait qu'il ne pouvait rien espérer de plus de sa part à cause de toutes les manipulations qu'exerçait le mage aux cheveux bleus sur lui, il voulait tout prendre.
Tout prendre de cette magie, tout lui retirer de ces sortilèges qui le changeaient ; il voulait tout attraper, tout extirper, tout avoir dans la paume de sa main, tout écraser au point de s'en faire blanchir les phalanges et tout sentir couler entre ses doigts jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien.

Il ne resta que quelques secondes appuyé contre lui de la sorte, mais ce fut suffisant pour sentir que tout son corps se contractait sous ses pensées au fil desquelles, en plus, sa respiration devint plus courte, plus haletante ; les doigts de son autre main en avaient même serré les draps d'une poigne de fer, comme s'il essayait de réprimer des instincts auxquels il n'avait pas le droit de se livrer, soit par respect, soit par décence envers la gamine toujours de l'autre côté de la porte...

Gamine qu'on entendait toujours pleurnicher des menaces entre deux scènes de sanglot, d'ailleurs, tandis que Leevo laissait Aoi.
L'elfe se redressa et fit le tour du lit pour se diriger vers la porte, sans lui accorder de regard. Ses yeux étaient rivés vers le sol, donnant à son visage un air de profond abattement.
Pourtant, il n'en était rien.

Il attrapa la poignée de porte et tourna la clé dans la serrure.
Le cliquetis fit vivement réagir l'enfant dragon de l'autre côté qui, en plus de constater qu'elle aurait pu entrer jusque-là, se mit à tambouriner comme un diable sur la cloison avant de gémir, de fulminer.

- Vous avez pas le droit de fermer la porte à clé ! Ce sera dit à tatie jeune-vieille ! Ce sera dit et redit ! En plus mon papa 'y dit que quand on ferme la porte après on se fait avoir des bébés ! AH OUH !!! Je vais le super dire à tatie jeune-vieille et elle sera pas contente contre vous si vous vous faîtes avoir des bébés ! TATIE JEUNE-VIEILLE !! ILS ONT FERME LA PORTE ET ILS (…)

Leevo ne put s'empêcher d'entendre la suite sans repenser à Jevetta, la fille de son Maître. Cette gamine se comportait exactement de la même façon qu'elle, à ceci près qu'évidemment elle y ajoutait des coups de pieds.
Il ne put pas non plus s'empêcher de croire que, si elle agissait comme ça, c'était aussi à cause du mage et qu'il faudrait qu'il la débarrasse, elle aussi mais, pour l'instant, il fallait qu'il puisse rester seul avec Aoi : il avait des choses à lui dire.

C'est dans un parfait silence pourtant qu'il s'approcha du meuble juste à côté de la porte et qu'il entreprit de servir de l'eau dans un verre déposé-là. Il tournait le dos à son ami et, tout en tenant la jarre, il chercha un moyen d'aborder les différents sujets qui l'occupaient.
Il ne chercha pas longtemps cependant, son esprit s’essouffla aussitôt qu'il en résuma la liste.


- Tiens, bois, dit-il finalement en lui tendant le verre. Une prêtresse du Dieu de l'eau a dit que tu devais beaucoup boire une fois réveillé... ça devrait t'aider à te rétablir plus vite...

Il lui laissa le récipient et attendit, tout en le surveillant du regard, qu'il s'exécute, après quoi il remonta ses yeux sur les flammes des bougies du chandelier entreposé-là aussi.

- … Et plusieurs médecins ont dit que tu ne pourrais pas bouger avant un bon moment... poursuivit-il en fuyant son regard. Mais tu devrais pouvoir retrouver tes capacités sans trop de dommages... bientôt...

Il commença à triturer les gravures du support, visiblement mal à l'aise.
Après tout, c'était normal : même s'il ne se souvenait pas exactement de ce qu'il s'était passé, il savait que c'était lui qui l'avait mis dans un tel état.
Enfin, non, ce n'était pas vraiment lui ; c'était la magie, mais elle l'avait utilisé lui pour s'en prendre à Aoi.
Il doutait que le séraphin puisse noter la différence.


- J'ai fais venir beaucoup de monde... mais personne n'a vraiment su savoir si... tu allais récupérer l'usage de tout ton corps... Il n'arrivait pas à se forcer à prononcer le nom des parties en question mais il parlait bien entendu de ses ailes. Aucun d'eux ne s'est réellement intéressé à... mais j'imagine que si tu prends le temps de te reposer, autant de temps que tu veux, le temps qu'il faudra... tout ira bien.

Leevo n'osa pas soutenir ses mots par le regard et resta totalement figé. Il ne quittait pas les flammes des yeux ; elles semblaient happer toute son attention et plus encore...

- Je suis sûr que Dame Sillae sera d'accord pour t'héberger autant de temps que tu le souhaites. Le manoir est en pleine reconstruction mais, lorsque ce sera fini, nous pourrons rentrer et si tu veux bien rester avec moi, je te promets, je te promets sur ma vie que tu ne souffriras plus de rien, tu auras tout ce que tu veux. Lorsque tu te sentiras mieux, je te promets de tout faire pour t'aider à ouvrir ton cabinet de médecin et...

Il garda le silence pour approcher sa main de la bougie ; il passa littéralement ses doigts dans la flamme la seconde d'après pour l'éteindre.

- … et comme je n'ai plus besoin de travailler pour l'inquisition, si tu veux, bien sûr, je pourrai t'aider à réaliser ton vœu, dit-il encore.
C'était bel et bien vrai : il n'avait plus besoin de travailler pour l'inquisition car c'était lui, à présent, l'Inquisition.

Il s'accouda au meuble et se retourna enfin pour faire face à son compagnon ; il le regardait avec un autre air à présent. Celui-là était moins sombre, moins fatigué. Il paraissait presque content.


- On pourra faire tout ça quand tu iras mieux ? Tu pourras enfin avoir la vie dont tu rêves. Mais pour ça, il faut que tu te remettes. Je ne suis pas sûr que cet endroit soit celui qui convient pour du repos... Dame Sillae reçoit beaucoup d'invité et...

On tambourina de nouveau à la porte ; le bruit étouffa la voix déjà faible de Leevo.

- VOUS ALLEZ VOIR QUAND LE PRINCE VA ARRIVER ET QU'IL VA SAVOIR ...

- … bleus qui …

- … TATIE JEUNE VIEILLE ELLE L'A …

- … invité à rester...

- … PRES DE LA CHAMBRE DE LA FAUSSE VRAIE PRINCESSE...

- … sais pas combien de temps exactement je vais...

- … TOUS VOUS TUER SANS PITIE...

- … j'espère que ça ira quand même ?

Soudain, Leevo sembla réaliser la présence de la gamine de l'autre côté de la porte. Il ne prit pas le temps de s'inquiéter de la réponse d'Aoi et tiqua nerveusement, regarda la poignée comme s'il lui était possible de la faire fondre avec les yeux puis s'y rendit finalement pour tambouriner à son tour. Et comme l'enfant tambourinait en adéquation de l'autre côté, il ouvrit la porte et se mit à l'invectiver.
Et comme l'enfant l'invectivait en adéquation, s'accordant avec lui dans un raisonnement à la logique enfantine, un chahut sans nom inonda toute la chambre et tout le couloir, promettant de rameuter toute la maisonnée.
Mais il n'y eut qu'une seule silhouette qui se distingua des autres et qu'Aoi, même depuis son lit, put très bien voir.
Elle ne se différencia non pas grâce à sa grandeur ou à sa grosseur, elle était d'ailleurs de taille moyenne et assez émaciée, voire carrément dégarnie au niveau du sommet du crâne.

Non, ce qui la différenciait du tas de servante qui venait de s'attrouper, c'est son regard braqué sur le séraphin. C'était un regard avide qui se léchait les paupières de désir comme un chien se lèche les babines.
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Aoi Haandar

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MessageSujet: Re: [CLOS] Sooner or later {Aoi}   [CLOS] Sooner or later {Aoi} EmptySam 26 Jan 2013 - 11:58




Je ne compris pas vraiment pourquoi, mais ce que j’avais dit n’avait pas plu à Leevo. Pas plu du tout. Avais-je dis quelque chose de mal, pour qu’il semble aussi chagriné ? Son visage était sombre, il semblait taraudé par une chose que j’avais dites, ou faites. Pourquoi ? Je n’en savais rien. J’avais pourtant déclaré qu’il était important pour moi, non ? Cela ne lui plaisait-il pas ? Il avait semblé vouloir m’embrasser plus tendrement, mais il s’était ravisé. Pourquoi ? Peut-être était-ce à cause de toutes les choses qu’il me dit, ensuite. Il avait la mine encore plus sombre, en cet instant là.

Je fus touché qu’il fasse appel à une prêtresse du Dieu de l’Eau, vraiment. Lui qui avait été plus que sceptique quand nous en avions parlé, une fois, avait été jusqu’à aller demander l’aide de personnes croyant en une autre divinité pour me sortir de mon coma ? J’avais vidé le verre d’eau sans prendre vraiment attention, j’avais soif. Il me regarda, tout ce temps. S’inquiétait-il ?
Il m’annonça aussi qu’il avait fait venir des médecins, des guérisseurs. C’en fut encore plus touchant. Il avait semblé réticent à la magie douce, il y a quelques années. Enfin, à la magie tout court. Même les plantes, c’était magique de son point de vue. Pourtant il n’avait pas hésité à faire appel à eux quand j’étais au plus mal.

Malgré tout, il semblait mal à l’aise. Comme si il avait quelque chose à me dire, mais qu’il ne savait pas comment faire pour me l’annoncer. Devait-il me ménager ? Devait-il tout me dire franchement ? Ces questionnements semblaient courir dans son regard, afin de gagner une course. Il m’annonça que bien qu’il ait fait venir beaucoup de monde, aucun d’entre eux ne s’était vraiment attardé sur mes ailes. Il ne prononça pas le mot « aile » mais je le devinais bien. Après tout, j’ignorais moi-même comment soigner une aile. Reformer complètement une aile est une chose difficile, certes. Driana avait fait un miracle en recréant les miennes. Mais les soigner quand l’os et les muscles, tendons et ligaments ont été atrophiés, ce n’en était pas plus facile. Surtout après deux semaines sans soins, quand tout a déjà repris une place plus ou moins définitive. Je ne m’étais pas fait d’illusion, je sentais bien que quelque chose clochait à ce niveau de mon dos. Je n’avais simplement pas oser bouger ces membres, de peur d’inquiéter Leevo ou de m’inquiéter moi-même. Je ne saurais prévoir ma réaction face à lui. Si je lui en voulais ? Evidemment. Mais j’étais quelque peu fautif moi aussi, après tout.

Les mots me manquèrent quand je l’entendis parler de mon cabinet. Il voulait m’aider à le construire, à réaliser mon rêve. Ce cabinet était le symbole de mon autonomie, et un trait radical sur mon passé. J’allais pouvoir avoir un endroit où travailler honnêtement, je gagnerais mon argent moi-même en sauvant des vies. Plus besoin de faire la manche, de fuir, ou de se vendre au plus offrant. J’allais être moi, simplement moi. Un guérisseur honnête, qui gagne sa vie lui-même. Et, peut-être, étudierais-je quelques maladies pour écrire des livres dessus ? Laisser ma trace dans les écrits des guérisseurs ?

Toujours aussi sans voix face à cette révélation, je ne pus que me détendre en voyant le regard chaleureux que me lançait mon cher ami. Il semblait content, apaisé d’avoir dit tout cela. Je lui souris, mais n’entendit pas vraiment ce qu’il vint à me dire. La gamine s’était remise à frapper à la porte. Je soupirais et retournais dans mes couvertures, un peu fatigué de l’entendre crier. D’après ce que je compris entre deux répliques, Kaai’to était logé au manoir de Sillae et Leevo se demandait quand il allait lui taper dessus. Quant à la gamine, elle était persuadée que j’étais la princesse et le prince était Kaai’to. Quel fouillis…

L’elfe, à bout de nerf, ouvrit la porte pour se disputer avec le petit démon en robes. Une vraie dispute de gamins s’enchaîna alors, sous les yeux de nombreux serviteurs qui s’étaient regroupé là. Des servantes tentaient de calmer la gamine, d’autres se taisaient et regardaient en murmurant entre elles. Pourtant, au milieu de toute cette foule de domestique, seule une silhouette ne regardait pas la scène, me regardant moi. Un drôle de coco au crâne dégarni et à la moustache cirée me fixait, tel un vieux pervers qu’il était sûrement. Je soutins son regard, au détail prêt que le mien se voulu meurtrier. Ce type était un nid à problèmes, ça se sentait de loin. Notre duel dura quelques instants, jusqu’à ce que Leevo referme la porte avec fracas. Je soupirais.

- Quelle agitation ici…
déclarais-je avec un sourire.

Un des chatons sauta sur mon lit. Je ne les avais même pas remarqué, ces petits bouts de chou. Je le caressais doucement derrière les oreilles alors qu’il se roulait en boule sur ma couette, cherchant sûrement une quelconque chaleur. Je souris à Leevo, qui était revenu s’asseoir à mes côtés.

- Tu m’as beaucoup manqué … Celui que tu étais quand je t’ai connu me manquais, vraiment ; je suis content de te revoir tel que tu étais …


Je baillais doucement et, voyant cela, mon cher ami insista pour que je me repose, que je dorme un petit peu. Je m’exécutais volontiers, partant dès lors pour une petite sieste de quelques heures. M’enfin, avant tout, j’enfilais tout de même une robe de chambre. Marre d’être nu comme un ver.



Je m’éveillais quelques heures plus tard donc, bien retapé. J’eus même envie d’aller faire une petite balade dans les couloirs pour me dégourdir les jambes. J’en avais assez de tenir le lit. Mais si Leevo me voyait hors de ma couche, je pouvais être sûr de recevoir un bon sermon. J’attendrais alors son retour. Pour m’occuper, j’attrapais un livre de contes posé sur la table de nuit, alors que deux autres chatons avaient rejoint leur petit frère dormeur. Ca parlait d’un prince, d’une princesse endormie et d’une sorcière. Un conte pour enfant, en somme. Rien de très intéressant. Je me surpris à chanter une berceuse aux enfants. Puis, la porte s’ouvrit. Je m’attendais à voir Kaai’to ou Leevo, mais ce ne fut aucun des deux. Une servante peut-être ? Non.

C’était le vieux de tout à l’heure. Qui semblait se croire assez important que pour entrer sans frapper dans la chambre d’un malade. Je sentais de suite que j’allais grandement l’apprécier celui-là.

Il avait tout d’un bon gros dandy. Le visage émacié, une carrure peu imposante, il aurait pu être mince. Seulement, l’énorme panse tombante qu’il se tapait rayait cette possibilité de la liste ; certainement le résultat de bon nombre de banquets. Il portait une tenue couleur crème avec un pantalon gris, parsemée de touches de vert olive comme des rubans, des broches, des nœuds… Un jabot ornait son cou, décoré par une broche couteuse. Là ça pouvait encore passer. Mais niveau visage, pardonnez moi, mais on dirait une vieille pute des quartiers défavorisés : une grosse mouche posée près du nez, du fond de teint blanchâtre mal réparti, du khol et du mascara sur les yeux, un peu de rouge à lèvre clair pour donner un air pulpeux à ses lèvres, du fard à joues… Et encore ! Il avait le sommet du crâne dégarni, seule une mèche revenait par-dessus pour tenter de cacher son toupet manquant. Investis dans la moumoute très cher, c’est un conseil que je te donne. Quant à sa moustache gominée et recourbée, je ne vous dis que ça… Il me sourit.

- Voilà donc la servante étrange de ce cher Shellhorn !


Je ne répondis rien, même si j’avais une forte envie de lui envoyer un chaton au visage, qu’il lui refasse le portrait à coups de griffes. Servante ?! SERVANTE ?! Je suis un homme ! Il s’avança, l’air important qu’il se donnait m’horripilait.

- Vous êtes un petit trésor bien étrange… Tout le monde ne parle plus que de la créature ailée qui sommeille dans cette chambre ! Vous êtes une belle petite attraction. Pourtant, je n’ai jamais réussi à passer cette porte, votre maître monte bien la garde…

Aller, c’est parti, un vieux fou vient m’emmerder. Ne puis-je donc pas me reposer en paix dans cette maisonnée ? Il lança un air perplexe à mes ailes et, avec un air professoral, tenta de les toucher. Je fronçais les sourcils, mauvais, ce qui l’en dissuada.

- Mmh… vous êtes encore bien farouche, Shellhorn a-t-il été trop doux ?
Ria-t-il. Vous parlez notre langue ? Parce que vous n’avez pas l’air de comprendre le moindre de mes mots !

Si je les comprends, idiot. Je n’ai juste pas envie de vous faire le plaisir d’entendre ma mélodieuse voix. Et encore moins si vous me traitez comme un serviteur de bas étage, ou comme un animal. Je ne pouvais en prendre qu’à moi-même après tout. Il n’était pas bien vu par la société d’aimer les hommes, quand on est nous même un homme, même si c’était toléré tant que c’était fait en cachette. Je n’étais donc qu’un serviteur aux yeux du monde, pas l’amant de Leevo. Pourtant, il m’a sauvé, alors qu’un maître normal aurait simplement changé de valet. Ce détail allait sûrement faire jaser les mauvaises langues. D’ailleurs ça ne tarda pas.

- Bon, vous ne semblez pas parler énormément. Muette peut-être ?
Plaisanta-t-il. Ou incroyablement mal élevée. Mais dites moi… Pourquoi Shellhorn a-t-il prit la peine de vous sauver alors que vous n’êtes qu’un simple valet ? Y aurait-il une aventure des plus controversée entre vous.

Je ne tins plus.

- … Je n’ai pas à répondre à vos questions. Et vous n’avez pas à être ici. Quant à la raison qui a poussé Maitre Shellhorn à m’emmener ici ne vous regarde absolument pas.







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Leevo

Invité

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[CLOS] Sooner or later {Aoi} _
MessageSujet: Re: [CLOS] Sooner or later {Aoi}   [CLOS] Sooner or later {Aoi} EmptySam 2 Fév 2013 - 20:40

Au même moment, à quelques portes et couloirs de tout ça, là où les tapisseries murales étaient parfumées tous les quinze jours et où les murs se paraient des plus glorieuses représentations de la maîtresse des lieux...

- … mais c'est lui le méchant... C'est lui ! Je reconnais les méchants. Je reconnais les mages. Les mages, ce sont les méchants. Et lui, c'est un mage !

- Ah bon ?! Mais... mais il a pas de barbe ! Les mages ont tous des barbes. Je l'ai vu dans un livre. Les livres, ils se trompent jamais. Les mages, ils ont des barbes et des chapeaux. Et même des robes.

Leevo avisa la réflexion de son vis-à-vis. Après un temps durant lequel il la mit à l'épreuve de ses méninges, il se prit le front dans une main et sonna la charge sur le bois de la coiffeuse de l'autre.
Il regarda le reflet de Leontine dans le miroir, non sans froncer les sourcils en voyant sa propre image, essayant de se rappeler qu'il s'agissait bien de lui et non pas d'un double maléfique, comme il avait pu le penser la première fois qu'il avait fait face à un miroir.

La vraie Leontine se tenait derrière lui, agenouillée sur une chaise plus grande et lui brossait les cheveux, ou en tout cas essayait.
La gamine geignarde qu'elle était tout à l'heure avait cédé le pas à une Leontine plus calme et plus sérieuse, attentive et pseudo-professionnelle dans les arts de la brosse à cheveux, comme il était prévu que ça soit le cas dans le jeu : « on fait comme si moi j'étais coiffeuse et toi t'es le client ».
Leontine était la coiffeuse et Leevo le client.

Il avait profité de la sieste d'Aoi pour venir la voir et remettre au clair la discussion de tout à l'heure.


- Vous avez les cheveux drôlement abîmés, messires. Ils sont secs et rêches et cassants. Ils me donnent beaucoup de travail, dit Leontine, parfaite dans son rôle de composition.

- S'il n'a pas de barbe ni de chapeau ni de robe, c'est parce qu'il ne veut pas qu'on sache qu'il est un mage. Mais moi je le sais. Je l'ai su de suite. Il a les cheveux bleus. Ce n'est pas normal, les cheveux bleus. Tu... vous êtes coiffeuse, vous savez que ce n'est pas normal.

- Cheveux bleus, oui, pas normal. Cheveux bleus, pas normal du tout. Exactement pas normal, même, approuva Leontine tout en changeant de brosse.

- Ah ! Vous voyez ! Donc c'est un mage. J'avais raison ! Explosa un Leevo qui ne faisait plus tellement la différence entre le jeu et la réalité.
De toute façon, ça n'avait pas d'importance : le mage aux cheveux bleus restait un mage aux cheveux bleus, qu'importe les réalités.

Il s'attrapa le front des deux mains et se pencha en avant sur le meuble pour s'observer plus intensément dans le miroir.
Il regarda ses yeux, qui le regardaient en retour, qui lui renvoyaient l'image réverbérée de lui-même en train de se regarder dans une infinité de pupilles toutes contenues dans une infinité d'yeux, et ainsi de suite jusqu'à l'infinie infinité.
Il se sentait s’épancher en lui-même par l'entremise des reflets, qui rétrécissaient au fur et à mesure qu'ils se multipliaient, qu'ils s'approfondissaient dans son être.
Il n'y voyait pas vraiment que des yeux, mais le malaise et le mal de tête qui en résultèrent firent tout comme lorsqu'il se tourna vers Leontine qui avait cessé de le coiffer.
Elle semblait avoir senti que l'heure n'était plus au jeu et arborait un air inquiet, enfantin au possible.


- Mais alors c'est pas le prince, dit-elle.

Leevo fit « non » de la tête.
La gamine s'affaissa totalement sur sa chaise, dépitée. L'instant d'après, elle jeta sa brosse par terre.


- Je comprends rien ! Il est gentil, il fait tout comme un prince ! Et puis la princesse, c'en est même pas une pour de vraie ! Et elle, elle est méchante. Alors, c'est qui, les gentils ?

Leevo haussa les épaules ; c'était une question à laquelle il n'avait jamais trouvé de réponse. Aujourd'hui, il n'en cherchait même plus. Il restait cependant certain d'une chose :

- Il faut protéger les gens des mages. Qu'ils soient gentils ou méchants, peu importe. Leontine pesa la gravité de ses mots.

- Mais dans les livres-...

- Non.

-... la petite souris magicienne...

- Non.

-... gentille, elle !

- Non, répéta Leevo, plus sévèrement. Les souris, ça ne fait pas de magie. Les souris, c'est des joue-... des souris.

Il se leva du petit tabouret minuscule et jaugea l'incompréhension de Leontine. Il n'y a pas si longtemps, il avait la même sur le visage.
Puis il avait appris à ne pas croire tout ce qu'il lisait, ce qui l'avait emmené à ne plus lire du tout.


- Il faut arrêter de lire, dit-il. Il suffit de regarder les gens pour savoir et...

- D'accord ! Fit Leontine en l'interrompant, sautant de sa chaise et se dirigeant vers un placard de sa chambre.

Leevo resta idiot un instant, ravalant avec difficulté la fin de sa phrase. Il lui demanda ce qu'elle comptait faire avec sa robe de chambre, sa couette, son coussin sous le bras et le tabouret qu'elle lui demanda de prendre pour elle tandis qu'elle se dirigeait d'un pas vaillant vers la porte.


- Je vais regarder cette fausse princesse jusqu'à tout savoir ! Et même si elle veut pas, je le ferai. J'ai le droit. Pas vrai que j'ai le droit ? Personne peut m'interdire de regarder !

Il n'eut pas le temps de répondre ni de vraiment comprendre, Leontine avait déjà disparu dans le couloir et lorsqu'il se mit à sa suite, le tabouret dans la main, elle était déjà arrivée dans la chambre d'Aoi.
La porte de la chambre était déjà ouverte, ce qui inquiéta l'elfe au point de le faire fulminer de lumière magique : sur l'instant, il crut avoir à croiser une nouvelle fois le mage aux cheveux bleus. Celui-là aurait pu profiter de sa sieste pour... exercer sa folie sur lui.
Il fut à peine rassuré de constater que ça n'était pas lui mais un invité de dame Sillae.
Ses stries lumineuses s'éteignirent tandis qu'il le questionnait d'un regard mauvais tout en posant le tabouret dans un coin. Leontine avait déjà posé ses affaires sur le lit.


- Qui... commença-t-il par dire, avant d'être interrompu par la gamine.

- Pôpa ! Vous ne travaillez pas aujourd'hui ? On peut allez jouer dehors ensemble ? Hein ?

- Ah, fit ledit père en tapotant la tête blonde accrochée à sa cuisse, non sans rendre à Leevo la pareille. Si, si, je dois d'ailleurs y retourner. Vous vous faîtes de nouveaux amis, Leontine, c'est bien. Vous n'embêtez pas trop ces jeunes... gens, n'est-ce pas ?

- Non, père ! Je vais faire juste que regarder !

La paupière maquillée du père tiqua. Suite aux insinuations qu'il venait de faire au malade, il lui était difficile de comprendre correctement les propos de sa fille.
Il tapota encore sa tête.

Leevo garda silence. Il se tenait en chien de fusil et ne quittait pas des yeux l'homme. Il lui paraissait louche. Notez que n'importe qui lui paraissait louche à partir du moment où n'importe qui traînait un peu trop près d'Aoi, ou de son lit, ou de la poignée de sa porte, ou du couloir de sa chambre, ou de la maison du couloir de sa chambre.


- Pardonnez-moi, je suis Barthold Sillae, le frère de madame, dit le père en tendant une main à l'elfe qui la regarda comme une gamelle empoisonnée. Je vois... Ma... sœur m'a envoyé m'enquérir de l'état de santé de mademoiselle. Mais je dois m'en aller, à présent. Je vais appeler une servante pour récupérer ma fille, elle ne vous... dérangera plus. Excusez-la.

- Ouuuuuaaaawww pôpaaaaaa ! Je les dérange même pas, c'est lui qui m'a dit de regarder d'abord !
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Aoi Haandar

l'Alouette aux ailes brisées

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Aoi Haandar
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Race : Séraphin aux ailes coupées
Classe : Guérisseur
Métier : Esclave fugitif, chanteur de rue
Croyances : Divinités de la Pluie et de l'Air
Groupe : Solitaire

Âge : 17 ans physiquement (une cinquantaine d'année en vérité)

Messages : 306

Fiche de Personnage : Ils le paieront tous...


[CLOS] Sooner or later {Aoi} _
MessageSujet: Re: [CLOS] Sooner or later {Aoi}   [CLOS] Sooner or later {Aoi} EmptyDim 3 Fév 2013 - 13:59





Je restais ébahi face à de détachement. Cet homme se croyait-il tout permis pour se prendre de haut de la sorte ? Je le fusillais du regard, agacé de sa présence. Mais il ne tarda pas, expliquant qu’il avait à faire. Seulement, la gamine resta, elle. Elle sembla même décidée à me pourrir la vie car elle alla s’installer sur une chaise et me fixa avec insistance. Elle avait posé à ses pieds une couette, un oreiller et paraissait prête à s’installer au pied de mon lit. Je haussais doucement les sourcils.

- … Et bien quoi ?


- Je t’observe pour savoir si t’es vraiment une fausse princesse ! Et pis je veux comprendre, je vais pas attendre très longtemps d’être grande !

Je soupirais avant de jeter un regard à Leevo. Il semblait inquiet et lançait des regards meurtriers dans le couloir, comme cherchant à faire fuir quelqu’un ou quelque chose. Il s’installa sur la chaise à côté de moi et la gamine se hissa sur ses genoux. Je compris que je ne pourrais l’indécider sur ses recherches, alors je la pris sur mes genoux et lui expliqua en très gros la relation qui m’unissait à Leevo. Elle ne sembla pas tout comprendre mais retint « c’est comme un prince et une princesse avec deux garçons » ce qui fut le principal. Elle bifurqua alors sur le sujet de « comment vous faites les bébés alors ? » que je dérivais bien vite sur les chatons qui se chamaillaient dans un coin.

La pluie battait contre les vitres de ma chambre et la mélodie qu’elle joua me semblait beaucoup moins jolie qu’avant. Elle était même agaçante. Je m’ennuyais à force de rester couché à ne rien faire. J’aurais voulu remercier Leevo. Remercier de m’avoir porté secours alors qu’il aurait pu me laisser mourir. Rien ne l’obligeait à me sauver. Pourtant il l’avait fait, alors que j’avais moi-même voulu mettre fin à ses jours. Il l’ignorait, évidemment, mais je me sentais redevable. J’aurais bien aimé lui offrir un cadeau. Mais quoi ? Perdu dans mes pensées et n’écoutant en rien les conversations étranges de l’elfe et de la petite Léontine, je fus soudain captivé par les petits chatons. Pourquoi ne pas simplement lui offrir un livre ? Un livre… avec des chats. Un livre … que j’aurais fait moi-même.

Les jours qui suivirent furent plus que banals. Je me levais enfin de temps à autre pour me promener dans le couloir. La cicatrice était encore fraîche mais je n’avais maintenant plus besoin de bandages. Leevo m’accompagnait la plupart du temps. Il était toujours aux aguets, je le sentais nerveux quand nous nous promenions. Il était inquiet, aussi, ça se sentait. Parfois, c’était avec Kaai’to que je me baladais. Lui aussi, était inquiet. Il semblait triste, et je ne savais que faire pour le rendre aussi souriant qu’avant. Il me disait qu’il s’en voulait de ne pas m’avoir retenu. Je lui dis simplement que ce n’était pas sa faute. Et nous continuions notre balade sans un mot.

Quand Leevo n’était pas là, je dessinais et j’écrivais le livre en cachette, seul dans ma chambre. C’était une jolie histoire que j’écrivais : la nôtre. L’histoire de deux petits chats qui se rencontrèrent dans une situation plus qu’étrange et se lièrent d’amitié. Ils se disputèrent, peut-être, mais ils finirent bien par se retrouver. Notre douce relation avait commencé autour d’un livre où l’on contait l’amour de deux petits chats, et de leur baiser. Il me semblait alors normal de transposer la nôtre en la présence de deux petits chats pour héros.

Je trempais à nouveau ma plume dans l’encre et continuais à écrire ou à dessiner. Pinçant mes lèvres, je cherchais la plus belle et la plus simple des tournures pour ce recueil. J’en étais arrivé à la fois où je partis. « Le petit chat blond, agacé, laissa le petit chat gris, seul dans cette grande maison. » J’eus un pincement au cœur en pensant à la réaction de Leevo. Je l’avais laissé complètement seul. Tout ça pour des ailes qui, à présent, ne me serviraient plus à rien. Un juste retour du sort peut-être ? Certainement.

J’entendis des pas dans le couloir. Je cachais alors mes travaux dans un tiroir du bureau. Qui que ce soit, jamais il ne verrait le cadeau que je préparais à mon cher ami. Mais ce ne fut pas Leevo qui entra. Ce fut Kaai’to. Il tenait en sa main un petit paquet magnifiquement emballé. Le genre de paquets cadeaux qu’on fait dans les boutiques où les prix ne sont pas au dessous de trois chiffres. Qu’avait-il donc acheté ? Avec un petit sourire gêné, il déposa le paquet dans ma main, sans un mot. Il me fixait avec appréhension, attendant que j’ouvre la petite boite. Je tirai doucement sur le ruban doré qui l’enroulait, avant d’en soulever le couvercle ; s’y trouvait six petites pralines de chocolat, estampillée du sceau d’un fabriquant de chocolats reconnus. Un fabricant très cher aussi. J’en fus plus que gêné. Tout ceci devait lui avoir coûté les yeux de la tête et sa carriole avait besoin de quelques réparations. Il aurait mieux fait de garder son or pour lui… mais le geste me toucha beaucoup. Tout aussi silencieusement, je posais doucement mes lèvres sur les siennes. Je pus sentir le fin sourire qui courba sa lèvre. Souriant toujours, je le remerciais d’un murmure avant de glisser une des pralines dans ma bouche.

Ce que je ne prédis pas, c’est que la petite Léontine qui nous épiait à cet instant avait la langue bien pendue.




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[CLOS] Sooner or later {Aoi} _
MessageSujet: Re: [CLOS] Sooner or later {Aoi}   [CLOS] Sooner or later {Aoi} EmptyDim 10 Fév 2013 - 17:54

Leontine ne savait pas très bien écrire mais ça n'avait pas d'importance pour son rôle de « Grande Espiyosnne » envoyée observer la princesse.
Elle passait ses journées dans la chambre de sa cible, se cachait derrière sa porte ou un coin de mur quand elle se baladait. Aucun des faits et gestes de la cible ne lui échappaient puisqu'elle était la plus grande des « Zespiyosnnes » du royaume, voire du monde entier en général, plus modestement.
C'était une princesse assez étrange, elle en convenait, mais si on l'avait mise sur ce coup, il fallait bien que ce soit pour quelque chose et, en grande professionnelle, elle s'interdisait d'émettre le moindre jugement de valeur sur ses clients.
En outre, elle s'était donnée pour conditions de faire un rapport détaillé de dessins et de schémas tous les jours à son boss, le Capitaine Heiffe – on vous l'a dit qu'elle n'écrivait pas très bien. Malheureusement, elle n'avait pas prévu que les dessins lui prendraient autant de temps.

Aussi, après avoir assisté à ce qu'elle titra plus tard « Lackete Bé », elle passa trois jours à dessiner la scène du baiser entre le mage aux cheveux bleus et la princesse qui-n'en-était-pas-vraiment-une-mais-tout-comme.
La nouvelle, tout logiquement, mit trois jours à atterrir entre les mains du Capitaine.

Celui-là avait enfin succombé au sommeil dans l'un des salons qui se trouvait par le fait être le plus calme et donc le plus rare des salons de la maisonnée. Le sommeil lui était tombé dessus totalement par hasard alors qu'il buvait un verre de vin, confortablement assis sur un canapé face à une cheminée éteinte.
Il avait toujours son verre en main tandis qu'il récupérait l'énergie perdue de ces dernières semaines. De temps en temps, ses lèvres répétaient un vieux mécanisme de succion ; il tapait quelques fois du doigt sur le verre, agité par ses rêves.
Même en dormant il paraissait stressé et soucieux.

- Psst ! Capitaine !

Leevo se réveilla en sursaut et, en jugea la Grande Espiyosnne malgré son professionnalisme, miaula de surprise. Elle vit un liquide rouge se renverser pile devant elle dans un « splatch ! » nauséabond. Puis, après quelques secondes pesantes, elle sentit la bosse apparue au-dessus d'elle comme par enchantement disparaître ; les pieds de son boss reprendre appuis sur le tapis où ils se tenaient l'instant d'avant.

- Vous êtes seul, Capitaine ?

Leevo fit des yeux une observation rapide mais minutieuse des alentours. Il ne voyait personne et pourtant, il entendait des voix.
Ou plutôt, une voix.
Encore barbouillé, il se rassit doucement, avisa le vin qu'il venait de se renverser dessus et reposa son verre silencieusement sur la table basse.

- Capitaine ?

Il tourna la tête d'un coup sur sa gauche, vérifia les directions Ouest, Nord, Est, Sud, en une fraction de secondes, à l’affût, et fixa son attention devant lui. Il n'y avait personne. Il porta sa main dégoulinante de vin au manche de son coutelas.

- Capitaine Heif...le...fe ? Elefe ?

Cette fois-ci, il tiqua carrément. Il se leva en silence, d'une lenteur toute féline et fit glisser sa lame hors de son fourreau, les yeux toujours braqués sur sa gauche. La voix lui paraissait venir de là. Et pourtant il n'y avait personne.

- Elfe, oui. Capitaine, non, dit-il d'une voix tout aussi suspicieuse que son regard.

Alors qu'il commençait à se dire qu'une magie étrange avait envahi les lieux durant son sommeil et se jouait de lui, la voix râla :

- Mais siii... Dans le jeu vous êtes le capitaine et moi l'espionne !

- Le j... Leontine ?

La Grande Espiyosnne devait faire ses rapports dans le plus grand secret, à l’abri de tous les yeux, tout en veillant à garder son identité secrète, bien sûr.
C'est dans le soucis de satisfaire ces contraintes professionnelles-là qu'elle se tenait présentement sous le canapé.
Leevo l'y découvrit en se mettant à quatre pattes. Elle lui fit signe de faire comme si elle n'était pas là.


- D'accord.

- « Matte l'eau ».

- Quoi ?

- Vous devez dire « matte l'eau » à la fin de vos phrases. Les capitaines font ça tout le temps.

- D'accord. Un silence réprobateur suivit. Matte l'eau. Qu'est-ce que je dois faire maintenant ? Matte l'eau.

- Rasseyez vous, capitaine. Et continuez ce que vous faisiez, chuchota Leontine, étalée de tout son long dans la poussière du canapé. Surtout faites comme si je n'étais pas là. Je vais vous communiquer mes informations.


- De quoi ? Matte l'eau.

Même dans le noir et la poussière, l'elfe sentit le regard assassin que lui lança la gamine. Il se releva donc et se rassit dans le canapé, moins confortablement qu'auparavant cependant. Il hésita également à continuer à faire ce qu'il faisait, doutant que la gamine apprécie qu'il se rendorme pendant qu'elle lui communiquait ses informations.


- Ça y est. Matte l'eau,annonça-t-il au bout d'un moment, mal à l'aise. Il n'avait jamais parlé avec quelqu'un par l'intermédiaire d'un canapé. Il avait déjà du mal à accepter l'idée d'une communication par pigeon voyageur...

Il resta assis droit comme un i dans son coin. Il n'osa même pas se resservir en vin malgré sa bouche sèche tant la situation lui paraissait bizarre.
Il se demandait en outre de quelles informations Leontine parlait et depuis quand il était devenu capitaine. Il se demandait surtout pourquoi les capitaines se sentaient toujours obligés de dire « matte l'eau », même quand il n'y avait pas d'eau dans les environs.


- Comme vous me l'avez demandé, reprit la petite voix étouffée au niveau de ses chevilles, j'ai observé la princesse qui-n'en-est-pas-une-mais-tout-comme...

- J'ai demandé ça, moi ?

-

- Matte l'eau.

- Non, mais on dit que si.

- Matte l'eau, approuva Leevo tout en hochant solennellement la tête, buvant l'information au passage.

- Il y a trois jours, ce mage aux ch... – à la seconde même où elle prononça le mot « mage », la Grande Espiyosnne sentit le canapé se raidir – ...eveux bleu est venu lui rendre visite et il lui a offert une boite de très bons chocolats dont voici le dessin.

Un parchemin apparut à côté des pieds de Leevo. Il se pencha pour l'attraper et l'observa avec beaucoup d'attention. Un rectangle aux traits fiévreux et aux angles inégaux se trouvait couché sur le papier.
On avait visiblement fait des efforts pour représenter la boite de la façon la plus réaliste possible mais une lutte acharnée entre l'encre, la plume baveuse et le papier imbibé semblait s'être mise de la partie. Il y avait des pâtés partout et sans l'inscription « Chaucola » en plein milieu, il était quasiment impossible d'en déterminer le sens.
Leevo approuva du chef en silence plusieurs fois, machinalement.
Un serpent de lumière sortit de ses gantelets et remonta les sillons de sa peau jusqu'à sa mâchoire par ailleurs crispée de colère. Il froissa le papier entre ses doigts.


- Du chocolat, dit-il d'un souffle. Il lui a offert du chocolat. Aoi adore le chocolat... Matte l'eau.

- Oui. Il adore ça, même. Il était très content, regardez.

Une autre feuille glissa hors de l'obscurité du canapé. Leevo n'osa même pas la regarder, c'est pour ça d'ailleurs qu'il détourna la tête et ferma les yeux.


- Très content, répéta-t-il, mauvais. Je m'en doute... Matte l'eau.

- Et après, voilà ce qu'il s'est passé, capitaine.

La Grande Espiyosnne fit glisser une troisième feuille sur le tapis. Elle vit la main de son boss la prendre délicatement.

Elle était plutôt fière de son dessin, elle devait l'avouer. Elle avait eu du mal à reproduire les perspectives mais le résultat restait bon. Pas parfait, juste bon. Suffisamment bon, disons, pour être compris par le plus abruti des paysans. Elle avait même rajouté des détails superflus pour plus d'effets dramatiques. Elle ne doutait pas que son boss serait chamboulé par son chef d’œuvre et, d'ailleurs, le long silence qui suivit ne fit que le confirmer.

Elle eut soudainement une impression de forte chaleur dégagée ; la pièce, assombrie par l'absence de fenêtre mais éclairée par des chandeliers allumés de-ci de-là, lui parut plus lumineuse d'un coup. Elle crut entendre des crépitements venir des coussins du canapé ; une forte odeur d’alcool lui parvint de la tâche de vin sur le tapis. Le pied de son boss s'y trouvait et les tatouages effrayants – mais qu'elle avait aussi trouvé trop cool – qui lui zébraient la cheville semblaient plus... brillants que tout à l'heure.
La tâche de vin commença à s'évaporer. La Grande Espiyosnne écarta les yeux.

- Euh... capitaine ?

Aucune réponse du capitaine. Il était pourtant toujours là, elle le sentait au-dessus d'elle, bien qu'elle ne l'entendait plus ni respirer ni s'agiter. Elle commença à se demander s'il était toujours au bout de son pied...


- Capitaine... ?

- Oui ? Matte l'eau.

C'est une tout autre voix que celle de son capitaine qui lui répondit. Celle-là paraissait à la limite de la normalité, surtout parce qu'elle ne donnait pas l'impression de passer par ses oreilles pour atterrir dans sa tête.


- Euh... c'est toujours vous capitaine ?

- Oui. Matte l'eau.

- Euh... vous... vous allez bien capitaine ? Les larmes lui montèrent aux yeux sans qu'elle ne puisse les en empêcher.

- Oui. Matte l'eau.

Elle sentit le canapé se retendre et, en jugea-t-elle malgré son professionnalisme, couiner de peur. Elle vit les pieds du capitaine se mettre en marche. C'était la marche la plus impériale qu'elle ait jamais vu ; le genre de marche capable d'ouvrir tous les sceaux de toutes les portes, à commencer par ceux de sa vessie.

- C'était il y a trois jours, c'est ça ? Matte l'eau.

- Euh... oui, matt... capitaine !

- Où étais-je il y a trois jours ? Matte l'eau.

- Euh... je... matte... euh...

- Qu'est-ce que je faisais, il y a trois jours ? Matte l'eau.

- Euh... s'il vous plaît... ne me faîtes pas de mal... s'il vous plaît... je... toilettes...

- Quoi ?

- Maman...

Leevo gardait les yeux sur le bout de chiffon entre ses doigts. Le dessin, même si les lignes maladroites donnaient l'impression de vouloir s'échapper du papier, lui paraissait très explicite. Un peu trop explicite peut-être puisqu'il lui avait provoqué une si grande émotion que ça l'avait rendu capable de contrôler sa charge de magie.
C'était un évènement rare dans sa vie. C'était un évènement tellement rare que lorsqu'il était capable de contrôler sa magie de façon consciente, généralement, il ne savait pas trop quoi en faire et ça donnait des choses comme ça.
Présentement, alors, il restait debout, son bout de parchemin entre les mains, les yeux mitraillant toutes les lignes et tous les détails superflus du dessin pour s'en accaparer toutes les propriétés.
Plus il l'observait, plus il se sentait bouillonner de rage.


- Ce mage... Il continue. Il continuera encore. Il faut que je trouve... une solution. Il fit quelques pas dans la pièce. Sans s'en rendre compte, en une enjambée, il passa au travers du canapé. Sans l'escalader. Il entendit quelque chose gémir sur son passage. Je ne peux pas... l'affronter maintenant. Je suis trop... fatigué pour l'instant. Mais je vais... réfléchir et... trouver... une... solution.

Et, l'instant d'après, un « badaboum ! » fit trembler le sol. Leontine, quand elle osa enfin se retourner, vit son boss, sans lumière cette fois-ci, étalé par terre, les yeux fermés et la respiration lente. Il dormait, la main pressant quelque-fois son dessin, son premier dessin d'un baiser entre une princesse et un mage, moitié carbonisé, moitié papier glacé.

***

La seule solution que Leevo trouva fut de ramener Aoi au manoir. C'était la plus simple et la meilleure des solutions, primo parce qu'il était à peu près sûr que personne n'inviterait le mage à venir vivre chez lui, secundo parce que c'était la seule des solutions qu'il parvint à formuler sans s'endormir en plein milieu.

Lorsqu'il annonça la nouvelle à son ami, il avait déjà fait boucler leurs bagages et jeté l'ingrate boite de chocolat. Il avait fait passer la chose pour une bonne nouvelle, ce qu'il croyait que c'était d'ailleurs et qui l'était donc, par évidence.
Aoi allait mieux, il parvenait à marcher sur quelques mètres, alors pourquoi rester dans un environnement aussi néfaste ?

Ainsi, quelques heures à peine après le lui avoir annoncé, les deux camarades se retrouvèrent sur le pallier de la maison Sillae. Toute la famille s'était réunie pour mimer la tristesse et recevoir de leurs parts les remerciements et la gratitude tant attendus.
Leevo n'en fit rien, trop pressé de mettre les voiles et de retourner là où il savait le séraphin en sécurité, à savoir, sous son entière et unique responsabilité.

Les travaux du manoir n'étaient pas totalement terminés mais l'essentiel des gravats et des trous avaient été déblayés et bouchés. Il pleuvrait quelques fois dans le salon, mais ce n'était pas grave puisqu'il y avait bon nombre de chambre où se calfeutrer en cas de tempête.
Et Leevo avait déjà tout prévu : apparemment, il avait engagé quelqu'un pour faire le travail d'Aoi, si bien que celui-ci, lui assura-t-il, n'aurait plus rien d'autre à faire que se reposer dans le coin le plus sûr, le plus douillet – et assurément le plus clos – de toute la bâtisse.
Il était pressé de le lui présenter, lui promettant une certaine surprise dès son arrivée.

Dame Sillae, dans son ultime geste de bonté, leur affréta une voiture et une armée de servants qui s'empressèrent de charger leurs bagages.
Leevo voulut partir dès lors que les chats furent chargés, aussi prit-on la bonne initiative de les installer en dernier dans le véhicule.
Et ce n'est qu'une fois que celui-ci dépassa les jardins et cahota sur les pavés de la ruelle adjacente qu'il se calma. Même pas les nausées provoquées par le voyages n'entamèrent sa bonne humeur.


- On pourra les inviter à la maison, père ? Demanda Leontine, tandis que la voiture avançait dans l'allée.

- Oui, si vous voulez.

- Je me suis bien amusée avec eux ! Ils étaient rigolos. Il faisait un bon capitaine, l'elfe bizarre.

- Ah ? Oui. Oui, j'imagine. Tenez, en parlant de s'amuser... est-ce que vous voudriez jouer à l'Espionne et au Lieutenant-colonel avec moi ?

- Oui ! Oh oui ! D'accord !

Leontine regarda la voiture disparaître dans un coin de rue.

- Père ?

- Oui ?

- C'est quoi un Lieutenant-colonel ?

- C'est le chef du capitaine.
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